INNOCENTE
Puisque , par le vouloir de Dieu, Vous habitez encor ce lieu Plein pour tous d'un respect extresme, Je deviens mon courier moy-mesme ,
s Et me rens dans vôtre parloir.
Où, si jen'ay l'honneur de voir Vôtre Altesse à travers la grille, • Je verray du moins quelque fille, Qui , prenant avec un souris
10 La lettre que je vous écris, Vous la portera tout-à-l'heure Dans vôtre secrète demeure ; Puis, la lizant sans faire bruit, Vous y verrez ce qui s'ensuk.
1 5 L'autre jour l'Altesse Royale ,
Ayant oûy dire dans sa sale
Que le sieur duc de Richelieu
Etoit party sans dire adieu ,
Fut fâché de cette nouvelle , *> Et cela le mit en cervelle ,
Croyant qu'il allât tenir fort
Dans quelque ville ou château fort.
De ce duc la fuite soudeine
Luy donnoit donc beaucoup de peine;
Mais enfin il sceut d'un courier
Qu'il n'étoit que chez la Durier, 05 tant luy que sa chère épouze Se réjoûissoient plus que douze, Ne se soucians nulement
jo Des abus du gouvernement, Et n'ayans tous deux autre envie Que de faire très-bien la vie; Ce que l'Altesse ayant apris, Sa frayeur fut changée en ris.
3$ C'est ce que j'oubhay de mettre Dedans ma pénultième lettre.
Depuis, les gens de Mazarin Ont pris le faux-bourg Saint-Surin ; Mais on dit qu'après, par Saint-George, 40 Ces messieurs-là rendirent gorge, Et qu'on leur fit, à cet éfet,
Plus de mal çu'fls n'en avoient fait»
[Genlis futpnzoïmier de guerre, Dont il renia ciel et terre ;
4$ Captif aussi fut Saint-Maigrin, Dont il eut beaucoup de chagrin.} Je ne sçay si cette nouvelle Est bien certaine et bien rèelk.
Pluzieurs gens le di2ent ainsi ^
50 D'autres que non , d'autres que si ; Mais ce qui rend vray tesmoignage Qu'ils ont eu du dezavantage, C'est qu'on voit bien que sur ce point Les gazettes ne parlent point.
5 $ Quelques gens bons et pacifiques, Touchez des mizères pubbques, De Bordeaux sont encor sortis, Au gré des grands et des petits, Pour parler de paix à la Reine.
éo Plaize à la bonté souvereine Que les chozes aillent si bien Qu'il en arive à tous du bien !
Pour dom Gabriel de Tolède, Dont la mine n'est pas trop léde,
65 Ny trop noirs le teint et le col, Encor qu'il soit franc Espagnol, Je ne sçay pas si son voyage Nous cauzera bien ou dommage ; Mais je sçay aue les Espagnols
70 Ne sont pas des gens assez fols Pour s'aaoucir durant nos itoizes Et nos dissentions françoizes.
Quoy ! s'acommoder en un temps Où l'on voit tant de mal-contens !
7$ Je connois leurs vieilles rubriques : Ils sont, ma-foy, trop politiques.
On dit aue du côté du Roy On y marche de bonne foy.
D'A vaux, le nonce de PEgiize, 80 Et l'ambassadeur de Vemze, Vont aussi trouver l'archiduc ; Et l'on croit qu'avant la Saint-Luc
Septed&re iS$©*<
La paix sera bien avancée, Ou la guerre recomraancée.
%i Par-cy , par-là , quelque brait court, Mais ce n'est encor qu'un bruit sourd , Ignoré mesme à la campagne , Que monseigneur le roy d'Espagne, Dans Madrid , sa bonne cité ,
90 Est malade à l'extrémité.
Certes , je ne voudrois pas dire Qu'il fût décédé, le bon sire ; On le dk pourtant sourdement, Mais peut-être sans fondement,
91 Car on ne le tient <jue d'un homme Qui dit qu'on le dizoh à Rome.
Le conseil de monsieur Gaston N'est pas bien d'accord, ce dit-on.
Le premier auteur de la fronde,
100 Ce grand cadet à teste blonde, Puis monsieur le coadjuteur, Son dogmatiste et précepteur, Et cinq ou six de leur cabale, Dizent que r Altesse Royale,
io( Sans de la cour se soucier.
Peut, de son chef, négocier; D'autres dizent , tout au contraire , Que Monsieur serait téméraire De rézoudre aucun point chez soy
no Sans de nouveaux ordres du Roy.
La Chevreuze, avec véhémence, Conseille cette déférence , Monsieur le vice-chancelier, Et monsieur aussi le Telier ;
u$ Et leur brigue est si rézolûe Que la Reine soit absolue, Que ceux, dit-on, de leur côté, Sur les frondeurs l'ont emporté.
Mercredy, la mort mit par terre no Ranssau, ce grand homme de guerre, Dont l'aimable et chère moitié , Sans mentir, me fait grand pitié.
On dit oue cette chaste blonde, Pour subsister dedans le monde "f Selon son rang et qualité, N'a pas des biens en quantité ; Mais Dieu luy sera favorable, Car eHe est bonne et charitable , Et les cœurs qui sont ainsi faits , >*> Dieu ne les délaisse jamais.
Voicy quelque histoire pour rire Qu'aujourd'huy l'on m'est venu dire.