CLAUSTRALE
Samedy j'ûs quelque espérance
De yous faire la révérance ;
J 'atendis fort , mais je ne pu ,
Vous étiez avec la Vertu * ; 5 Dont j'inféray lors , ce me semble,
Que les vertus étoient ensemble ,
Et qu'il n'êtoit pas à psopos
D'interompre leurs beaux propos.
Saint-Laurens , cette dame sage , 10 Me fit tout-à-fait bon visage ,
Et d'un acûeil doux et courtois
Receut les vers que je portois ;
Et j'aperceus à côté d5elle
Une çracieuze pucelle, 1 $ Dont la jeunesse et la beauté
Brilloient parmy l'obscurité ,
Qui, je croy, voulut s'entremettre
De prendre et vous porter ma lettre :
Et voicy ce que j'ay depuis *> Pu ramasser de nouveaux bruits,
Dont je fais part à Vôtre Altesse,
En ayant de vous charge expresse.
Certains nobles ou peu s'en faut Du duc de la Rochefoucaut,
aj Grands détrousseurs de marchandizes, De paauets, hardes et valizes , Ont volé , sans dire pourquoy, Des habits qu'on portoit au Roy, Parmy lesquels, sans menterie,
jo Se trouva force pierrerie Apartenant au Mazarin , Dont ils firent un gros butin, Et jurent qu'ils se laîront pendre Cent fois plutôt que de le rendre.
x. Mademobelle de Vertu.
h Monseigneur le comte d'Avaux, Dans un carosse à six chevaux, Le nonce et l'agent de Venize, Nonobstant un grand vent de bizc [Car il est vrav que ce jour là
40 Le vent terriblement soufla, Mais chacun ayant bonne tête Et ne craignant vent ni tempête], Sortirent tous, lundy matin, Par la porte de Saint-Martin ,
4$ Pour aller au camp de Bazoche , A la guerre donner taloche ; C'est-à-dire, plus clairement, Pour aller sérieuzement Avec harangue longue ou brève ,
jo Persuader la paix ou trêve , Sans déguizement et sans dol , Ai| sieur archiduc Léopol.
Notre bon Dieu permette et vûeille Qu'il n'y fasse la sourde oreille !
n Car ils ont beau faire les fous, Us en ont bezoin comme nous.
Les trois plénipotentiaires Que je vous ay nommez naguère* Sont encor logez à Nanteûil,
éo Pleins de défiance et de deuil , Voyans n'être pas satisfaites Les promesses qu'on avoit fûtes De leur envoyer passe-ports , Pour aller finir les discords
é$ Ou plutôt les guerres félonnes Qui sont entre les deux couronnes, Que ces messieurs à plein pouvoir Dévoient dés mardy recevoir.
Je ne scay d'où vient cet obstacle,
70 Mais il faudrait crier miracle
Septembre 1650. —Livre I. Lettre XIX.
Sî l'Espagnol, dans un traité, Avoit gardé fidélité ; Mesmes, je viens encor d'aprendre Qu'à la paix on ne doit prétendre;
7$ Que Parchiduc a fait sçavoir Quil n'en avoit aucun (pouvoir, Et qu'ainsi tous ces vains tangages N'êtoient que frivdles langages Pour gagner le cœur des badauts
*o Pendant que l'on est à Bordeaux.
Un bout Mardy courut les rues , Que nouvelles étoient venues (Dont Dieu fut fort remercié) Qu'on avoit tant négocié
s $ Que la trêve êtoit acordée, Ainsi au'on Pavent demandée, Entre la cité de Bordeaux Et les mazarins ou royaux ; Mais cette trêve doit s'entendre
90 Tam que six jours pouroient s'étendre, Durant lesquels on traiterait , Et la paix possible on feroit , • La paix en mille biens féconde , Et le souhait de tout le monde.
9$ On m'a dit que dedans Stené La Parque avoit assassiné L'épouze au sieur de Barbeziére, Cadette de la Baziniére ; Mais , avant aue. trancher le cours
100 De ses trop déplorables jours, Elle luy ravit , la cruelle , * Les beautez qu'on voyoh en elle , Avec ce mal contagieux Qui càte le teint et les yeux,
ioî Apeflé petite vérole.
Hâ! si son mary s'en console, On doit juger assurément Qu'il n'a guéres d'entendement :
Car, outre que cette mignonne
no Etoit une aimable personne, Elle avoit des biens à foizon Pour faire une bonne maizon , Et sa mort, qui le dévalize, Le rend gueux comme un rat d'églize.
1 1 s Puis que je suis sur ce propos, Cette mesme fiére Atropos A rendu pâle, froid et blesme, Le corps de monsieur d'Angoulesme, C'est-à-dire, en mots plus exprés,
110 Son ame est allée ad patres; Et si ce terme assez n'exprime (Que j'avois choizy pour la rime),
Je dis, et cecy c'est assez, Qu'il est au rang des trespassez.
12$ Le colonel Roze et ses troupes, Qui sont grands avaleurs de soupes, Ont pris leurs mal-heureux quartiers Aux environs de Colommiers, Et, voire, dans Colommiers mesmes,
130 Dontj'ay des déplaizirs extresmes, Voyant vos fidelles sujets Etre maintenant les objets Des licences et des pillages De ces gens brutaux et sauvages
135 Qui del'Estat sont détracteurs Beaucoup plus que conservateurs.
[On dit que monsieur le grand-maître, Sans pourtant le faire paraître, [Hait grandement le Cardinal.
140 Miossens aussi lui veut du mal , Et de la cour a fait retraite Ayant Pâme mal satisfaite?
Quantité d'autres courtizans, D'ordinaire un peu médizans, 145 N'en parlent que par vitupère, * Et, dans son chétrf ministère Le voyant si mal gouverner, Dizent qu'il le faudroit berner.]
Un homme, qu'un chacun acoste, 1 $0 Arivé. mais non pas en poste, Sans héziter aucunement Maintient que trés-assùrément La paix de Bordeaux est jurée, Mais-possible une paix fourée, in Honteuse, dit-on, pour la cour Qui s'en revient au premier jour.
On m'a dit , pour nouvelle expresse, Que certaine jeune princesse " , La meilleure que nous ayons,
160 Sent couler parmy les rayons De sa belle et claire prunelle Une défluxion cruelle, Qui, par son cours malicieux, Incommode fort ses beaux yeux.
iéj Si c'est vous, illustre Marie, En soyez-vous bien-tôt guérie !
Car, parlant avecque raizon (Mais pourtant sans comparaizon), Si quelque longue maladie
170 Etoit si sote et si hardie Que d'ataquer votre santé,
î 1 . Mademoiselle de Longueville.
Je proteste avec vérité Que, remply d'un chagrin extresme, Je soufrirois beaucoup moy-mesme, i7j Tarn je révère avec ardeur Vos vertus et votre grandeur,
La Muzb historique. — Octobre 1650.
Et croyez cecy, je vous prie, Car ce n'est point cajollerie.
Fait et compozé dans ma chambre 180 Le vingt-quatnéme de septambfe.
LETTRE VINTIÉME
Du [samedi] i« Octobre.
MIXIONNÉE.
Illustre et charmante reduze, Puis qu'il est permis k ma muze , A travers des grilles et trous, De parvenir jusques à vous ; s Elle, qui du tiltre se vante De vôtre trés-hurable servante, Persévérant dans son devoir, Vient encore aujourd'huy vous voir.
En prenant la peine de Ere, 10 Vous verrez ce qu'elle veut dire.
Lundy, le bon Père Sénaut , Avec un ton de voix fort haut, Fit sortir du plat de sa langue Une belle et docte harangue
15 Pour madame de Mainelé, Dont l'esprit est au ciel volé.
Il eut un fort grand auditoire, Et ce fat dédains l'Oratoire Oue cette harangue de prix
*> Charma pluzieurs rares esprits.
La dame Princesse douairière Peste d'une étrange manière Contre Saint-Simon et Rohan, Et jure saint Pierre et saint Jean 25 Qu'elle aura toujours en mémoire
Se d'une ingratitude noire sont ateints au premier chef, Et que , voyant dans le méchef Son incomparable famille, 50 Sçavoir, ses deux fils et sa fille, Ils dévoient secours leur donner, Et non pas les abandonner ; Qu'au heu d'imiter tant de braves, Ils n'ont agy que comme esclaves,
if Pour gratifier une cour Qui se rira d'eux quelque jour..
S Madame de la Meilleraye, jours charmante et toujours gaye,
Avec son teint incamadin 40 S'est acquis ce jeune blondin
Qu'on nomme le duc deCandale,
Et de Saint-Loup est la rivale.
Pour ne point manquer de chaland,
Elle soufre ce beau galant, 45 Et mesme on dit qu'elle est ravie
De s'en voir aimée et servie,
Et qu'elle le conservera
Attendant que l'époux moura,
En cette action importante 50 Imitant la belle géante
Qui conserve un autre blondin
Pour quand son mary prendra fin.]
Saint-Maigrin, fille de la Reine, Avec sa belle gorge pleine
. $5 Et son acûeil doux et bénin, S'est fort acquis monsieur Janin, Dont l'on dit qu'elle est adorée Tant le matin que la soirée.
Je ne croy pas oue cet amant ,
60 Dans son nouvel embrazemant, Luy fasse faire aussi grand' chère Comme Gaston luy faizoit faire, Lors qu'amoureux de ses apas, Il luy donnoit maint grand repas.
*s Quoy que remply d'amour extresme, Cetuy-cy ne fait pas de mesme ; Mais il est très-fort assidu Prés de ce cher individu.
Octobre 1650, — Livrb
Le fils de monsieur d'Aiguebonne,
70 De mine fort belle et fort bonne, Et n'ayant que vingt-et-deux ans, Voyant bien que les courrizans Des rais et des grands de la terre, Tant en temps de paix que de guerre,
7$ Neconquètent le plus souvent, En les servant, qu\m peu de vent, Et prétendant, par un saint zélé, A la récompense immortelle Que Dieu prépare aux bien-heureux,
80 Se va bientôt rendre chartreux; Pluzieurs filles qui le connoissent Avec regret s'en intéressent, Alleguans que ce jouvenceau Est riche, jeune, aimable et beau,
Bf Très-propre pour le mariage, Et qu'ainsi c'est perte et dommage.
Monsieur l'archevesque d'Ambrun, Dont l'esprit est plus blanc que brun, Plus ccmrtizan que casuiste, Et trente fois plus gay que triste, Avec titre de aéputé S'en va trouver Sa Majesté Pour remontrer, par remontrances,
Sue, nonobstant les ordonnances 2 trois ou quatre de nos rois , En pluzieurs et divers endroits, Les parpaillots, fiers et revêches, Ont érigé plus de cent prêches, Depuis que le sieur Cardinal
100 Gouverne l'Estat bien ou mal, Ont batu des cûeilleurs de dîmes, Et mesmes ont chassé de Nîmes, Avec impudence et hauteur, Leurévesque et propre pasteur,
105 Pour avoir fait d'un hérétique Un trés-honnête catholique; Et ce prélat doit faire voir Qu'il faut promptement y pourvoir, Et montrer de ces insolences
1 10 Quelles seraient les conséquences.
Mais moy, sans demander congé, Je dis cecy, que le Clergé Autre saizon devoh atendre , Et que ce n'est pas bien l'entendre,
us Pendant que l'on a sur les bras Mille gros et grands embaras, D'exciter de nouvelles noizes Dedans les régions françoizes, Qui s'en vont c'en-dessus dessoas,
t*> Tant la France est pleine de fous, Si par une paix générale
IJO