SINCÈRE
Princesse tendrement chérie
Des filles de Sainte-Marie,
Je n'ûs point l'honneur de vous voir,
Samedy, dans vôtre parloir ; j Mais i'apris avec joye extresme
Que dans ma lettre pénultiesme
Vous aviez trouvé quelques mots
Qui ne vous sembloient point trop sots.
Quant ma muze ignorante et plate 10 Epanouit vôtre noble rate
(Comme c'est-là sa passion),
J'en ay tant d'exultation ,
Que renfant qui mange du sucre,
Le marchand qui fait un grand lucre, 15 Et le sujet qui devient roy,
Ne sont pas si ravis que moy.
Ce qui cauze mon allégresse,
C'est au'on tient par tout Vôtre Altesse
Etre fille , certainement, *> De rare et grand entendement :
Ainsi par ses écrits vous plaire
N'est pas une petite afaire.
J'ay sujet d'en louer les Dieux,
Et j'en deviendrais glorieux, 2; Je vous le jure et vous proteste,
Si je n'êtois beaucoup modeste.
Octobre i6jo. — Livre I. Lettre XXIII
Mais il faut ce discours finir, Et d'autres vous entretenir.
JV
En suite . donc , de ce prélude, §0 Scachez qu'à la belle du Lude , Objet jeune , joly , charmant , Gévre se donne pour amant », Et que Vassé fait tout de mesmes A mademoizeile de Tresmes.
95 Cette princesse de renom1 Réduite dans un Châtillon, Quoy que digne d'un grand empire!
En ce lieu-là , dit-on , respire Un air si malin , que ses cents
4» En perdent , quazi tous , Tes dents ; Mesmes deux de ses demoizelles , Qu'on m'a dépeint jeunes et belles, En crians presque les hauts cris, Ont voyagé jusqu'à Paris ,
45 Avec dessein, sans rien rabatre, D'en faire aracher trois ou quatre.
Mercredy, l'on me dit, tout net, Que dans un certain cabinet , Ainsi qu'on parloit d'une femme,
s 0 A qui r on donnoit quelque blâme Tendant à la scandalizer, Quelqu'une vint à Pexcuzer, En protestant qu'elle êtoit telle Qu'on n'avoit jamais parlé d'elle :
5j La Montbazon, qui s'y trouva, Cette excuse dezaprouva, Et dit au nez des autres dames Que toutes femmes étoient femmes.
0 fort et subtil argument !
*> Hé quoy ! par ce raizonnement Nos femmes, sœurs, tantes et mères, Seraient donc autant de commères ?
L'Estat, ou je n'y connois rien, Ne va point encore trop bien.
t $ On prône assez parmy la ville Qu'on a déconfit LigneviUe , Mais l'Espagnol , s'il prend Mouzon, N'en tirera que trop raizon.
Pour raoy, je tiens pis que damnée
fi Cette nation bazanée , Qui n'a jamais logé chez soy Honneur, sincérité ny foy :
Ils dizent et puis se dedizent , Leur sermens comme verre ils brizent ;
1. On en paric4t,lniais cela ne réussit pas. a. Fenc madame la Princesse.
7$ Us propozent un bon acord , Puis ils s'en éloignent très-fort ; Au lieu d'être droits , ils sont courbes; Jamais loyaux, et toujours fourbes, Ils sont pires que des Nérons ;
80 Enfin, puis-que ces fanfarons Sont venus piller nos provinces, Sans avoir nen fait pour les Princes , Et qu'ils ont refuzé la paix , Je ne les aimeray jamais.
8s La Reine régente de France , Dézirant une conférance Avec la Chevreuze, qu'on dit Avoir en cour un grand crédit, Luy mande qu'à Blois elle vienne ,
90 Pour, au retour de la Guyenne, S'éclaircir d'elle, en dévizant, Tant du passé que du prézant.
Un exempt , chose trés-certeine , De la part de ladite Reine,
95 A dit au duc de Richelieu
Qu'on le prioit, au nom de Dieu, Qu'il n'allât point à la campagne En Anjou, Poitou, ny Bretagne, Ains de demeurera Paris,
100 Vray séjour des jeux et des ris ; Ou , si, de peur d'être malade, Il souhaitoit la promenade, Ou bien par divertissement, -. Il pouvoit aller librement
105 A Saint-Denis, au Bourg-la-Reine, A Boulogne, Saint-Cloud, Sureine, Meudon, Montmartre, et cetera, Mais non point passer plus ultra.
Enfin , le renommé Champagne , 1 10 Ayant fait quatre ans de campagne
En un pais assez lointain,
Est de retour entier et sain ;
Déjà dans Paris il exerce
Son talent, science ou commerce ; 115 Quoy qu'il soit sec , maigre et menu,
Ilest par tout le bien-venu ,
Et quantité de belles fées
En ont été déjà coifées.
Dimanche, ou le lundy d'après, iso Quelqu'un me dit, en mots exprés , Que , par bénigne tollérance , Les trois prizonniers d'importance Pouvoient aller au promenoir Jusques à cinq heures du soir ;
$2 La Muzb historique. — Octobre 1650
12s Mais j'ay sceu d'un noble de Beausse i&> Que cette nouvelle étoit fausse , Et c'est pourquoy, sans dilayer, Vôtre Altesse la peut rayer.
On dit que Monseigneur le Prince 1)0 Durant le repas les dents grince ,
Et fait grandement le mutin ,
Parce au'il boit de mauvais vin.
« Fy ! dit-il , quelle ripopée !
Faudrait bailler cent coups d'épée ils Au traître cornard d'échanson
Qui me sert de cette boisson.
Monsieur de Bar est admirable !
Puis qu'il sçait que c'est pour ma table,
Que ne le fait-il essayer?
On me le fait si bien payer ! »
Les ducs de Joyeuze et Candale , Autrefois de mesme cabale , Animez d'un dépit cruel , Ont pensé se batre en duel ;
145 Et le sujet de leur querelle Venoit d'une cauze fort belle , Sçavoir la charmante Guerchy ; Mais , à la fin , ils ont fléchy Aux prières qu'on leur a faites
iso De vouloir rengaîgner leurs brétes.
Bordeaux, la guerrière cité, Nonobstant son aversité Et qu'elle n'ût sujet de rire , A traité le Roy nôtre Sire ijj Avec assez d'afection ; Toutesfois, la cotation, Qui fut le treizième d'octobre , Etoit maigre , petite et sobre ; En suite , on fit jouer un feu
Qui parût et dura bien peu , N'ayant pas beaucoup d'artifice Tant en luy qu'en son édifice , Dont la Cour, en faizant des ris , Dit : « Ce n'est pas icy Paris , Et pour régaler un grand Prince Tout cecy nous semble bien mince. *>
C'est bien tout-de-bon que l'on tient Qu'à grands pas la Reine revient , Et que Monsieur Gaston la presse Par mainte lettre bien expresse De venir reprendre le bail Qu'elle luy fit du gouvernail.
Quand ledit sieur rendra son compte, On y verra quelque méconte , Car, encor qu'il ait bien agi Durant le temps qu'il a régi, On a rainé quelque terre ; Mais que voulez-vous? c'est la guerre.
Cette femme d'un grand Bourbon Qui dans Bordeaux a tenu bon Dedans Mont-rond a fait retraite , Atendant qu'on l'ait satisfaite.
Elle publie et dit à tous Que l'on luy rendra son époux, Suivant qu'elle en a fait demande, Si la Reine n'est point Normande.
C'est pour ce jour, en bonne foy, Tout ce que peut sçavoir de moy Vôtre Altesse, que Dieu bénie.
Adieu donc, sans cérémonie.
En octobre , le vingt-et-deux , N'ayant mangé qu'un couple d'oeufs.
LETTRE VINT-QUATRIÉME
Du [samedi] 29 Octobre.