ENJOLIVÉE
Excellente et charmante Fille , ,
Enfin vous étiez à la grille
Dimanche , lors qu'un peu croté,
Ma gazette je vous porté :
5 J'ûs, cette fois, le privilège
Devoir ce teint blanc comme nége,
De mille atraits environné,
Que Nature vous a donné ;
Et cette dame grasse et blanche 10 Que ce mesme jour de dimanche
raperceus à cAté de vous,
Quov que fort belle aux yeux de tous ,
Ne raizoit que donner du lustre
A vfttre extérieur illustre , 15 Qui, tout négligé qu'il êtoit,
A mon gré très-fort éclatoit.
Mais revenons à la Gazette:
La voilà hors de ma pochette-
Puisqu'à la voir vous vous plaizez, *> Tenez, prenez, voyez, lizez.
Du sieur Gaston la grande fille,
Qui tient elle-mesme famille,
Est fort en exultation
De se voir en possession a; De son riche et grand patrimoine ;
Son père , sans se rendre moine ,
Mais d'autres biens ayant assez,
Le luy remit ces jours passez, .
Ce qui l'a fait sauter et rire , jo Comme ayant bien plus dequoy frire.
Celle qui luy fit ce ton tour, Ce fut Saugeon, dame d'atour, Dont l'adresse et l'intelligence, Par une espèce de régence, H Ont très-grand pouvoir, ce dit-on , Sur l'esprit dudit sieur Gaston.
Mercredy, lettre bien dictée Au Parlement fut prézentée De la part des princes captifs ,
40 Dont les discours assez plaintifs ' Aportez par le sieur de Roche Pouroient toucher des cœurs de roche.
Quelaues momens auparavant t L'aimable hfttesse d'un convant ,
4( La princesse de Longjueville, Autre requête fort civile Audit Parlement prézenta, Qu'avec respect on écouta, Touchant la prizon et mizére
(o De son illustre et sage père :
Plaize à Dieu d'inspirer si bien Les vrais François et gens-de-bien, Qu'ils fassent cesser la soufrance Des trois Princes et de la France,*
$$ Et que ces Espagnols maudits,
Décembre i6$o. — LivftB I. LsttRE XXX.
Que nos maux rendent ébaudis
Et contre nous bien plus aliènes,
Ne trionfent plus de nos pertes l
Ces gens-là n'ont barre sur nous 60 Que d'autant que nous sommes fous;
Acordons-nous, devenons sages,
Apaîzons nos civiles rases,
On les verra , bien ébahis ,
Retourner vtte en leur pais , *s De crainte que sur nos frontières
On leur taille force croupières.
On dit que le duc de Beaufort, Pour se rendre un petit plus fort, Plus que jamais flate et pratique
70 Les gens de halle et de boutique : Ils ont de luy maint doux regard , Maint salut et maint Dieu-vous-gard !
Puis , se metant sur la harangue ,
Il leur tient, en sa propre langue,
71 Dont le françois n'est pas trop bon, A peu prés un pareil jargon.
« Messieurs mes amis, je vous aime;
Mais Mazarin n'est pas de meame ,
Car il a grande aversité h Pour vous et pour vôtre cité.
D'ailleurs, il est tout manifeste
Que luy, qui me hait et m'ateste,
Proclame toujours contre moy
Auprès de la Reine et du Roy.
i) Il seroh donc bon, ce me semble,
De nous associer ensemble,
Pour tâcher à le ruiner,
Puis au*il nous veut déterminer. »
Voilà la belle rhetoriaue f Dont ce sert ce grand politique
Pour ranger les cœurs sous ses loix
Dans le pais du Badaudois.
Le fils du feu duc d'AngouIesme , Que l'on apelle ainsi luy-mesme ,
9) C?de , par acommodement , Son trés-scabreux gouvernement A son gendre, duc de Joyeuse, Dont la Provence est fort joyeuze, Et cehiy d'Auvergne il aura ,
100 Puis quelque argent, et cetera.
Noinnoutier, jadis de la Fronde (Mais c'est ainsi que va le monde), S'acorde avec le Cardinal , Ayans été tous deux si mal, iof Et recevant de luy promesse Que sa femme seroit duchesse,
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Luy, par conséquent, duc aussi (Car le brevet le dit ainsi) , Luy remet , pour sortir d'afaire ,
no Prenant en échange la Fére, La ville et château de renom Dont le Mont-Olympe est le nom ; Et Fabert, homme de fortune, Pour quelques sacs pleins de pécune,
1 1 5 Sans regretter ville ni mur, Luy baille Sedan pour Saumur, Et le Cardinal, en sa place , Par recompense, ou bien par grâce, Ou pour la garder comme il faut ,
iao Y met Comminges et Guitaut ' .
On parle d'une conférence Entre la susdite Eminence Et monsieur le duc de Bouillon , Qui , malgré le Qu'en dira-t'on , En France, aussi bien qu'en Espagne, Se sont abouchez en Champagne; D'autres dizent qu'il n'en est nen , Et qu'ils reconnoissent fort bien Que ce bruit qui court par le monde N'est que pour alarmer la Fronde.
L'autre-jour, en plein parlement, On parla sérieuzement Que deux conseillers de leur classe Iroient dans le Havre-de-Grace Les trois princes interroger (Sans, pourtant les dezobliger) Si leur missive tant prônée Etoit d'eux écrite et signée.
Mais on crût que ces députez Seroient sans doute rebutez, Que l'on riroit de leur voyage, Et que, quand mesme ils feroient rage De dire : Attolite portas !
Les portes ne s'ouvriraient pas.
145 Quand ledit Parlement s'assemble, Dans le Palais- Royal tout tremble ; Et , dés que l'on sceut, vendredy, Quelques heures devant midy, Qu'on y faizoit grande assemblée ,
t (o La Reine , étant un peu troublée , Envoya, comme chacun scait, Tout soudain lettre de cachet, Dizant que, comme la maltresse, Elle faizoit défense expresse
in De délibérer ce jour-là.