DÉLICATE
Si dans ma dernière écriture J'amplifiay trop l'avanture Où , d'un langage un peu hardy , Je parfois en franc êtourdy,
5 Ma Muse , A Princesse aaorable !
Vous en fait amende-honorable Et vous ofre encor cet écrit , Fabriqué par lemesme esprit, Mais qui sera, je vous proteste,
10 Plus innocent et plus modeste.
Mercœur, assez civilement Faizant dire par compliment Au duc de Nemours, son beau -frère, Qu'ayant en Cour souvent afaire,
i; Rarement il le vizitoit, Dont trés-déplaizant il êtoit , Du complimenté la réponce Fut piquante comme une ronce :
« Je fais , dit-il , fort peu de cas
» S'il me voit ou ne me voit pas; Ses vizites me sont peu chères , Car elles ne me plaizent guéres. »
Le complimenteur, tout défait, S'en retourna mat-satisfait.
a$ Le duc de Nemours n'est pas grue, Mais sa réponce est un peu crue ; Et cette excessive froideur Fait soupçonner qu'il est frondeur.
Il ne faut plus dans la Bastille jo Traverser pont, herse ny grille, Pour, dans un repaire si laid , Voir monsieur de Carnavalet :
Il est sortv cette semeine Par la volonté de la Reine.
M Ainsi l'on diroit que la Cour Se r'adouch de jour en jour, Car de ce changement insigne Ce qui suit est encore un signe.
Par Paris on fait mention 40 D'une négociation Qui les trois prizonniers regarde
Dont monsieur de Bar à la garde:
Monsieur de Grammont, maréchal , Et piuzieurs du Conseil royal,
4j Ont eu pour cela conférence, Et l'on conçoit quelque espérance D'un heureux acommodement.
Je fais vœu , si l'événement Est tel que mon cœur le dézire ,
$0 Qu'à Nôtre-Dame j'yrai dire Trois fois Te Deum laudamus, Et, pour le moins, trente Oremus.
Cette illustre pucelle Reine Qui de Suéde est souvereine
$$ A mal-traité terriblemant Le Palatin , son pauvre amant, Car, comme il êtoit à la veille De posséder cette merveille , Et voir dessus son chef guerrier,
60 Non pas un chapeau de laurier, Mais un riche et beau diadème, Symbole du pouvoir suprême, Il se vit tout-à-coup décheoir De ce noble et charmant espoir.
6$ Il voyoit toute choze preste Pour cette çlorieuze teste; On avoit déjà fait les bans, Acheté force beaux rubans, Commandé la pâtisserie,
70 Tendu mainte tapisserie, Dressé tentes et pavillons Et retenu les violons; Sa rate , son cœur et son foye Etoient plongez dedans la joye,
7$ Amour doucement le flatoit, L'ambition le transportoit, Et de sa maîtresse charmante, Qu'il croyoit être son amante, L'esprit, la beauté, la grandeur,
80 L'emplissoient de flâme et d'ardeur; Mais , las ! qu'il devint froid et pâle Quand cette mignonne royale Vint à ses oreille crier :
« Je ne me veux point marier. »
La Muze historique. — Janvier i6ji.
8; Hâ! quel mot! quel coup de tonnerre! Il en tut renversé par terre j Son cœur, ses sens et sa raizon En tombèrent en pâmoison ; Mais une goûte de vinaigre
90 Le rendit un peu plus alïaigre , Et Ton le remena chez soy Sans être marié ny roy, [ches,
Ses deux blanches mains dans ses po- Plus chagrin qu'un fondçur de cloches.
95 D'Ambrun, prélat docte et sçavant, La semaine de cy-devant, Fit au Roy grave remontrance Touchant les huguenots de France, Qui, sans crainte d'être pendus,
100 Font un peu trop les entendus Et s'érigent en réfractaires, Perturbateurs et téméraires, Par pluzieurs contraventions Aux dernières conventions;
10$ Il étendit ses doléances
Sur tout plein d'autres circonstances; Enfin, il harangua fort bien , Mais on ne luy répondit rien.
Depuis le Nil jusques au Gange
110 II court un bruit assez étrange :
Le Grand Turc, dit-on, est sanglé, Ses propres gens l'ont étranglé , Puis après, sur toute sa race Ces carnaciers ont fait main-basse »,
115 Et de ce grand et large état, Après un si noir atentat, Leur diablesse de politique En veut faire une république.
Pour cet éfet, ces enragez
120 Dedans le sang se sont plongez, Et massacré d'étrange sorte La pluspart des grands de la Porte, En traitans comme renégats Ceux du Divan et les Agas.
ia$ En suite leur damnable rage Est allée faire un grand ravage Au sérail , lieu de volupté De sa défunte Majesté.
J'ay tort, il faut aire Hautesse ,
ijo Mot aprochantfort de l'Altesse.
Mais pour revenir au sérail , Sans trop m'amuzer au détail , Ses chambres êtoient lors remplies De trois cens beautez acomplies,