MODESTE
Princesse , enfin le cruel sort Ne vous oprime plus si fort; Sa rigueur vers vous est fléchie , Et Vôtre Altesse est afranchie
5 De l'étroite captivité Où vous avez cinq mois été.
Au simple tokt d'un monastère , Pour vous trop sombre et trop austère, Vous avez enfin préféré
10 Un logis pompeux et doré:
C'est donc en ce beau domicile , Sage et charmante Longueville , Qu'à prézent je prens le soucy De vous porter ces vers-icy ;
n Mais vous n'y verrez autre choze Que ce qu'on vous a dit en proze.
Le Cardinal , lundy, la nuit, Fit sa retraite à petit-bruit , Et sortit par l'huis de derrière ,
20 La lune servant de lumière , Qui belle , malgré la saizon , Brilioh alors sur l'horizon.
On dit qu'en sortant de la porte Il fit ses regrets de la sorte:
2$ « Adieu , plaizant Palais-Royal , Qui me servoh d'Escurial , Jadis ouvrage et rézidence De la très-défunte Eminence, Et que , de peur des accidents ,
1© Il faut quher , malgré mes dents :
O Richelieu ! (par parentatze) Qui maintenant es à ton aize
Mille et mille fois plus que moy, Qui suis en piteux dezaroy,
jj Si, devenant fier comme Hérode, J'ûsse un peu suivy ta méthode , Beaucoup qui font les entendus Eussent sans doute été pendus, Et d'autres qui font tant les bestes
40 A prézent n'auroient plus de testes; Mais d'être bon rien ne me sert , C'est bien plutôt ce qui me pert , Ma bonté seule est mon ofence ; Toutefois, prenons patience. »
4$ H en ût davantage dit ,
Sans quelque bruit qu'il entendit, Qui luy ferma soudain la bouche , Et ne sceut plus dire que : « Touche. » Lors son cocher toucha soudain,
î© Et tira droit à Saint-Germain.
Le lendemain, en toute place , Bourgeois, Mestiers et populace, Montraient par des ris redoublez L'aize dont ils étoient comblez :
sj Car à moins de rien la nouvelle Fut par Paris universelle , Et l'on remarqua maint courtaut Qui tournoit levizage en haut, Croyant qu'après cette sortie,
*> L'afoûéte toute rôtie,
Sans rien faire et sortir d'illec , Luy tomberait dedans le bec.
Princesse, si sans rien obmettre Je vouiois dire en cette lettre
é; Les chiens de propos et raizons Des Nicoles, des Alizons , Des Denizes, des Guillemettes , Des Ragondes, des Simonettes, Des servantes de chaircuitiers,
70 Et des femmes de savetiers , Quand j'aurais uzé trente plumes A faire deux ou trois volumes, Ecrits menu de bout en bout, Je n'aurais pas encor dit tout ;
7$ D'ailleurs, ce sont chozes si plates, Que vos oreilles délicates N'en recevraient plaizir aucun :
Ainsi, de peur d'être importun , Je les sacrifie au silence,
80 Et je fais fort bien, que je pense.
Le Parlement, deux jours après, A grands coups d'aréts sur aréts (Qui sont de furieuzes pièces) Fit sortir ses trois chères nièces
La Muze historique. —Février 165 1 .
îj Tant de Paris que de la Cour; Mais le généreux d'Hoquincour, Ayant l'ame obligeante et bonne , Les reçoit, dit-on, dans Péronne.
Monsieur le duc d'Elbeuf, dit-on, 90 Receut l'autre jour de Gaston Un picquant et cruel insulte, Qui cauza dézordre et tumulte Au cœur de ce prince Lorrain , Car le discours un peu hautain 9j Que luy fit l'Altesse Royale, Le rendit tout blême et tout pâle.
Jeudy s'éleva fort grand bruit, A deux heures après minuit, Par gens oui se tûoient de dire
100 Qu'on vouloit le Roy nôtre Sire Enlever du Palais-Royal , Par quelque projet déloyal.
Le duc de Scnonberg ût la peine De se transporter chez la Reine,
10$ De par Monseigneur d'Orléans, Et, quand il fut venu léans, Luy dit ainsi : « Monsieur, Madame, Vous conjure de cœur et d'ame Que par vous il soit défendu
1 10 Que le Roy sorte en temps indu , D'autant aue, s'il sort en ténèbres, Il n'aviendra que maux funèbres , Dont le plus certain rézultat Sera la perte de l'Estat ;
ut Monsieur, ayant l'ame fort bonne, Ce salutaire avis vous donne , Et comme étant de tout son cœur Vôtre trés-humble serviteur. »
La Reine, dans son lit couchée,
110 Quoy qu'elle fût un peu fâchée , Ayant avec tranquihté Monsieur de Schonberg écouté, Jura qu'elle êtoit innocente De cette rumeur insolente ,
ia$ Et que le Roy dans ce moment Dormoit au lit paiziblement.
Pour mov, quand une Reine jure, Je suis si simple créature Que je ferais voir n'être pas
1 30 De la race des saint Thomas ; Mais ceux du party de la Fronde, Soit pour duper un peu le monde, Ou au'ils sceussent mieux leur leçon, En discouraient d'autre façon.
1 j 5 Le lendemain , gens bas et rustres
Février 1651, — Liv
(Car des nobles et des illustres Se seraient montrez plus discrets) Pressèrent Espernon de prés, Et, pleins d'une fureur atroce , 140 Mirent en pièces son carosse, En danger de l'y mettre aussi (Au moins on me l'a dit ainsi), Si ce bon seigneur, par prudence, N'ût esquivé leur violence.
us Touchant les Princes , vendredy,
re II. Lettre VIII.
Quelaues heures après midy, Leur liberté fut rézolùe, Signée, arêtée et conclue, Et que quelques gens partiraient, i$o Qui vers le Havre s'en iraient Leur annoncer cette nouvelle , Que je trouve fort bonne et belle.
Fait en février, l'onze du mois, Ayant bien eu du froid aux doigts.
LETTRE HUITIÈME
Du [dimanche] 19 Février.