‹ La muze historique;Chapitre 51 sur 221 · FIDELLE · texte numérisé non relu

FIDELLE

Belle Princesse Orléahnoize, Et tnesme à demy Bourbonnoize, Vous verrez , comme en racourcy, Dans ce nouveau discours-icjr, S Tous les bruits de cette semeine, S'il vous plaît en prendre la peine, Ou si vous en avez loizir, Dedans vôtre prézent plaizir.

Lundy, mourut en cette ville

10 La dame duchesse d'Anville, Dont les apas et les trézors Etoient au cofre, et non au corps.

Son cher époux, étant personne Qu'on tient avoir Pâme assez bonne

15 (Car messeigneurs les Ventadours Ont eu ce renom-là toujours), Voulant montrer quelque tendresse En ce grand sujet de tristesse , Fit comme les tons compagnons

jo Qui se frottent les yeux a'oignons; Mais il ne pût , dans ce vacarme , Jamais répandre aucune larme.

Ce n'est pas qu'il ait le cœur dur Comme un rocher ou comme un mur ;

jj Mais il fait rézerve, possible, De tout ce qu'il a de sensible , Comme de pleurs , larmes , soupirs , Yeuxmourans, sanglots, dêplaizirs, Piteux accens , tristes fleurétes ,

50 Pour tout plein d'autres amourétes, Dont on dit qu'il a quantité Aussi bien l'hyver que l'esté.

La comtesse d'Orval , de mesme , Dont le vizage étoh si blesme ,

jj A ses parens a dit adieu, Et son ame est allée à Dieu.

Son mary fit tout son possible Pour ne pas paraître insensible; Il a tant soit peu soupiré,

40 Mais au diable s'il a pleuré.

Mardy , par quelques gens de ville Fut conduit en l'Htoel-de-Ville Un téméraire, et des plus francs, Qu'avec deux ou trois mille francs

45 On avoit tâché de séduire Pour la Reine et le Roy conduire, Dedans un bateau , vers Saint-Clou , Justement entre chien-et-lou.

Mais on ne sçait pas bien encore

jo Si cet audacieux pécore , En faizant la déauction De ladite séduction, Parle ou non comme homme sincère, Car telles gens ne le sont guère.

îj Aux Portes l'on voit nos bourgeois (Remplis d'ire et de feu-grégeois

La Muze historique. — Février 165 1.

De ce qu'en quelqu'autre province On veut mener leur jeune prince), Tambour bâtant, la garde asseoir

60 Quand il est six heures du soir; Et font démasquer aux chandelles Tant les dames que demoizelles , Que, de crainte de quelque abus, Ils regardent tout razibus;

es Mesmes, pour n'être pris pour dupes, Sont insolents jusques aux jupes.

C'est ainsi que fait maint fripon Qui mériteroit, tout-de-bon, Qu'avec sa belle bandoliére

70 On le jetât dans la rivière , Ou du moins d'avoir pour tel cas Le morion de dix-en-bas.

Mercredy, la Royale Altesse, Escorté de quelque noblesse,

7j Vit la Reine au Palais-Royal, Qui se portoit tant soit peu mal.

Malgré l'humeur dure et cruelle Qu'il ayoit témoigné pour elle , La Reine , sans montrer d'orgueil ,

80 Luy fit un gracieux acueïl ; Le Roy , comme prudent et sage , Luy fit aussi fort bon vizage ; Mais le second des trois Guizards Receut d'assez mauvais regards

85 Dudit jeune Roy nôtre sire.

Mais tout cela ne veut rien dire, Car dans les cours, en moins de rien , Aujourd'huy mal et demain bien.

Escortez d'une compagnie 90 De noblesse presque infinie ,

Jeudy, comme bien vous sçavez,

Les trois princes sont arivez.

Dieux! au'on rendit, en toutes places,

Au grand Dieu d'action de grâces!

95 Et que l'on trouva beau le jour

D'un si souhaitable retour!

Qu'on ferma ce jour de boutiques !

Que déclamations publiques!

Que de blindes et de santez 100 Retentirent de tous cotez!

J'étois avec des demoizelles

Et joûois à prime avec elles;

Mais, par-ma-foy, je quittay-là

Demoizelles et quinola, ioj Pour aller voir parmy les rués

Les trois Altesses revenues,

Q^avec des yeux d'aize ravis

Passer en carosse je vis.

Tout le monde sortoit en foule

no Des cabarets et jeux de boule:

Pluzieurs descendoient à grands tas Des chambres et des galetas , Et jusqu'à l'heure de Complies Les fenêtres furent remplies

1 1 $ De maints vizages de renom , Les uns beaux et les autres non.

Quand la nuit, reine des étoiles , Eut étendu ses sombres voiles, Avec festins, chansons et ris,

no On mit le feu dans tout Paris ; On entendit clairons, trompettes, Pistolets, mousquets, escopettes, Enfin , et cela n'est pas peu, Plus de cent mille coups de feu.

i2j Princes vaillans et magnanimes !

Cœurs généreux! esprits sublimes!

Sçachez que tous les bons François Crièrent plus de cinq cens fois, Aussi bien les gros que les minces :

ijo « Vive le Roy! vive les Princes! » Chacun croit l'Estat restauré Par ce retour tant déziré, Et l'on conçoit grande espérance Qu'on reverra bientôt en France,

135 Après tant de brouillars épais, Une aimable et durable paix.

Arivez que les princes furent, Chez la Reine droit ils coururent, Qui leur montra des yeux bénins,

140 Et leur dit : « Messieurs mes cousins, Considéré vôtre innocence, Je m'ennuyois de vôtre absence , Et suis trés-aize , en vérité , De vous voir en bonne santé. »

14 j Civilement ils répondirent, Et dirent fort bien ce qu'ils dirent.

Le mesme soir de ce jour-là Monsieur Gaston les régala D'un bal , comédie ou muzique , 150 Et d'un souper trés-magnifique, Lequel, quoy que fait in-promptu, Etoit à bouche que veux-tu?

Le lendemain, chez lapucelle Que l'on nommé Mademoizelle 155 Les trois princes firent leur cour, Et leurs complimens de retour ; Maintes considérables dames, Chacune ayant deux ou trois femmes 1 Se rendirent-là tout exprés

Février 165 1. — Livre

i*> Pour les considérer de prés,

Et pouvoir dire à leurs voizines,

A leurs tantes , à leurs couzines ,

Etant de retour de ce lieu :

« Je les ay veus, ma-foy-de-Dieu ! »

té; Des hommes curieux la bande

Etoh aussi nombreuze et grande,

Sçavoir marquis , comtes , barons,

Tant éfectifs que fanfarons.

Bref, dans Pans, tant femme qu'homme 170 Ne sçauroit dormir de bon somme

Jusqu'à tant qu'il ait regardé

Longueville, Conty, Condé.

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