‹ La muze historique;Chapitre 55 sur 221 · CONSIDÉRABLE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRABLE

Si j'avais la moindre étincelle De la galté perpétuelle Qui fait voir ce que vous valiez Dans tous les lieux où vous allez ,

$ Les épttres par qui j'essaye De contenter vôtre humeur gaye Auraient indubitablement Cent et cent fois plus d'agrément ; Mais, encore que nôtre lyre

10 Ne vous fasse pas toujours rire, Mes vers , bien ou mal fagotez , Ne sont point par vous rebutez; Us ont la gloire toute franche De toucher à vôtre main blanche.

15 Or voky ceux que mon cerveau Vous a produits tout de nouveau.

La duchesse de Longueville, Presque aux yeux de toute la ville, En son hôtel lundy revint

*> Avec carosses plus de vingt,

Et des gentils-hommes sans nombre , Dont , d'autant qu'il faizoit fort sombre , Par moy ny les noms ny les nez Ne furent pas bien discernez.

>j Dés qu'on eutapris la nouvelle Que cette dame êtoit chez elle, On acourut de tous cotez Luy faire des civilitez, Mais avec si grande aflûance ,

*> Que quelques dames d'importance Pensèrent s'y rompre le cou, Et se casser jambe et genou.

De Schonberc la noble duchesse, Ayant vizhé la princesse,

if Témoigné trés-sincérement Sa joye et son contentement,

Pris congé, fait la révérence, Redescendant en diligence, Faillit à tomber tout de bon;

40 Mais Monsieur Louis de Bourbon, Autrement Monseigneur le Prince, Honoré par toute province, La soutint si bien de son bras Que la dame ne tomba pas.

4j Elle , étant un peu revenue , Luy dit de façon ingénue :

« Monsieur, je voy bien aujourdTiuy Qu'il fait bon avoir vôtre apuy, J'en viens de faire expérience. »

jo Ce mot valoit une sentence; Et le prince à ce compliment Répondit trés-obligeamment :

Car ce rare et grand personnage, Encor que son fameux courage

jj L'ait rendu mille fois vainqueur, N'a pas moins d'esprit que de cœur.

La belle Princesse susdite , Faizant sa première vizite , Chez la Reine se transporta,

60 Où son aîné la prézenta;

L'une et l'autre , sans hiperboles , Se dirent de douces paroles.

Elle fut, après, au taux-bourg, Au palais jadis Luxembourg,

<s Etae-là chez Mademoizelle, Qui s'ébaudit fort avec .elle.

Madame la Princesse aussy S'en venoh à grands pas icy, Pour voir en son plus brillant lustre 70 Son prince et raary trés-illustre ; Mais un mal de gorge soudein ,

S'opozant à son beau dessein, A mis obstacle à ce voyage , Qu'elle faizoit d'un grand courage, 75 Toutesfois , je viens de sçavoir Qu'on atendoit, hier au soir, Son aimable et chère prézence, Et mesme avec impatience.

La Muze historique. — Mars 1651.

Qui feraient êtoufer de rire.

Pour les prélats qui s'y sont joints, Il me semble que leurs vrais soins Et fonctions plus ordinaires Seroient de dire leurs bréviaires Et d'aller dans leurs éveschez Haranguer contre les péchez.

Par la volonté du Destin, 80 Gévre êpouza, jeudy matin, Fontenay, la riche héritière, Et je croy qu'on fit chère entière , Le soir suivant, dans sa maizon, Nonobstant la maigre saizon , 85 Car ce sacrement, que je pence, Ne commande point l'abstinence.

L'autre jour, messieurs du Clergé, Sans en avoir du Roy congé (Ce c}ui n'est pas grande sagesse),

90 S'unirent avec la Noblesse Pour, contre le Gouvernement, Piailler comme eux hautement ; Mais tant nobles que sens d'Églize Vont avoir la gueule démize ,

M Car on leur promet les Estats, Et voilà rassemblée à bas.

Les gentils-hommes, s'ils sont sages, Retoumeronr dans leurs villages Dire à leur compère Bertin,

100 A Blaize, Jean, Pierre, Martin, Les beaux avis et préambules, Quelque-fois un peu ridicules, De quelques-uns des assemblez, Plus propres à semer des blez ,

iof Ou bien à ramasser du chaume, Qu'à raizonner sur le royaume.

Souvent, dans certaines maizons, On leur débite leurs raizons; J'en entens mille chozes dire,

Princesse, j'ay cette semaine Un peu couru la prétantaine, • Et n'ayant pas, en vérité,

i2o En nôtre hôtel souvent été Depuis mardy que vous y vîntes, Ces lignes seront plus suçantes.

Je croyoisles conclure icy, Mais vous aurez encor cecy,

125 Qui pourra servir d'apostille.

Ecoutez donc, 6 rare fille!

La Foire finit en ce jour.

Le Parlement est pour la Cour;

La France n'est plus Mazarine; ho La Reine n'est plus si chagrine;

Le cercle est quelque-fois fort beau,

Mais non pas monsieur de Nouveau;

Les bourgeois vont toujours en garde;

Cloris toujours d'humeur gaillarde, i3j Grammont adroit, Villeroy fin.

Monsieur de Reims tire à la fin ,

Aussi fait le comte du Lude ;

Château-neuf est sevére et rude,

Le Tellier se tient toujours bien ; 140 Pour de Maizons, je n'en sçay rien;

Les Espagnols ont manaué Prade;

Vendredy Gaston fut malade ;

Le Roy danse un nouveau balet,

Et moy je suis votre valet.

145 Ecrit en mars, le dix-neufiesme, Trois jours après la my-caresme.

Mare i6ji. — Livre II. Lettre XIII.

ioj

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] 25 Mars.

EHBARASSANTE.

HÊquov donc ! ce mal-heureux temps Où tant d'humains sont mal-contents , Menaçant la France totale De subversion générale 1 Et d'un mortel embrazement, Doit-il durer incessamment ?

Faut-il que tant de braves hommes , En ce maudit siècle où nous sommes, D'ailleurs bien intentionnez ,

» Se laissent mener par le nez Dans des contentions funestes , Pires , mille fois , que des pestes ?

Ce discours , triste au dernier point, Peut-être ne vous plaira point;

>f Mais , par cette harangue expresse, J'entens montrer à Vôtre Altesse Qu'on ne peut en ce temps fâcheux Etre écrivain facétieux , Et que , si les lignes suivantes

» Ne sont pas tout-à-fait plaizantes , Vous en acuziez la saizon , Où certain enragé poizon, Qui corompt la plus-part des âmes, Ne promet que feux et que fiâmes.

>j Dimanche , la Reine et Gaston , Sans songer au qu'en-dira-t-on, Au lieu <run paizible commerce, Se mirent sur la controverse Touchant des Nobles l'union,

*o Dont c'est-là mon opinion Qu'on la commença sous un astre Qui peut cauzer bien du dezastre.

L'archévesque d'Ambrun , lundy, Lundy, j'ay tort, ce fut mardy,

»! Harangua devant la Régente, Pour La prier d'être indulgente Aux prélats, jusques à ce point Que l'on ne les rebutât point, Par un arest rude et sevére ,

40 Du conseil ny du ministère.

La Reine, à ce que l'on m'a dit, Modestement luy répondit Que son Conseil avant la feste Ordonnerait sur sa requeste.

45 La réponse le satisfit,

Ou du moins semblant il en fit.

Chez Mémont, grand academiste, Lundy dernier, à l'improviste , Un fâcheux accident survint,

jo Lequel fit peur à plus de vingt, En un lieu plus étroit que vague, Où l'on couroit alors la bague; D'un êchafaut qui sucomba Le monde de dessus tomba.

\s C'êtoient (autant laides que belles) Pluzieurs dames et demoizelles, Qui se virent soudain à bas, ÀSlativo tout en un tas.

Quelqu'une receut cette frasque

60 Que l'on luy déroba son masque; Une autre sa coife perdit, Mais , par bon-heur, on luy rendit; L'une, faizant piteuze moue, Fut un peu blessée à la joué ;

6$ Une sentit craquer ses os ;

Trois ou quatre crioient : « Le dos! » Et , ce qui n'ôtoit pas honneste , L'une : «Le cul! » Vautre : «La teste ! » Une pesta, pleura, saigna,

70 Un clou quelqu'autre ègratigna; Pluzieurs mignonnes bien coifées Furent un peu dezatifées, Et sur leurs vizages pâlis Les rozes cédèrent aux lis.

7$ Mais ce qui succéda de pire (Car cecy n'êtoit que pour rire), Deux laquais furent êcrazez , Et leurs corps , à demy brizez , Etans avec grande vitesse

80 Retirez de aessous la presse , Parurent sanglans et hideux ,

La Muze historique. — Mars 1651.

Et surtout le plus grand des deux, A qui , pour conserver sa vie , On fit prendre un peu d'eau-de-vie , 85 Et si bien on le secourut Que je ne sçay s'il en mourut Mais pour le reste de l'afaire , J'en étois témoin oculaire.

Jeudy, Messieurs du Parlement

90 S'assemblèrent expressément Afin d'ordonner que les nobles Retourneraient dans leurs vignobles , C'est-à-dire dans leurs maizons, Pour cinq cens sortes de raizons ;

9S Mais Gaston leur fit quelque instance De sursoir un peu l'ordonnance, Leur proraétant que dans lundy, Pour le plus tard , après midy , Ces nobles , qui faizoient vacarmes

100 Aux Cordeliers , et non aux Carmes, Ne s'assembleroient plus du tout, Ou qu'il les pousserait à bout, Jurant foy d'Altesse Royale Que, si chacun d'eux ne détale,

io; Luy-mesme sera toujours prest A faire exécuter l'arest.

Dans ce lieu mesme eurent querelle Monsieur de Maizons et Brousselle.

Brousselle dit à de Maizons

no Qu'il avoit de belles maizons, Qu'en vins, potages et viandes, Sa table étoit des plus friandes ,.

Et qu'ayant la bource du Roy Il faizoït bien du quant-à-moy.

1 1 } L'autre le traita de pauvre homme Qui ne dinoit que d'une pomme, Ou d'un chetif mets , aprété Bien souvent avec saleté.

Or, raizonnant sur leur critique,

iao Moy, qui suis un peu politique, L'un étant pauvre et vertueux, L'autre opulent et somptueux , Je pense en ces deux personnages Voir encor les vives images,

1 2 j Quoy que sur terre ils ne soient plus , De Caton et de Lucullus.

Lors-que j'alégue ainsi l'histoire , Ce n'est pas faute de mémoire, Mais j'apréhende étrangement

130 Que ce n'en soit de jugement.

On dit encor que ce jour mesme , Huitième après La my-caresme,

Mole , ce renommé vieillard ,

Quelque-fois tant soit peu gaillard , 135 Mais qui voit clair dans les afaires,

Dit hautement à ses confrères .

u Messieurs , après avoir tout net

Eloigné le Rouge-Bonnet ,

Il faut encore avoir la gloire 140 De chasser la Calote-Noire » ,

Discours qui ne fut pas plaizant

Au Coadjuteur, là prézent,

Qui vit bien que cette sentence

S'adressoità sa Révérence.

14$ On dit de maizon en maizon Que madame de Montbazon Hait aussi plus qu'homme du monde Ce fameux supost de la Fronde, L'acuzant d'avoir sourdement

150 Empêché, contre son serment, Que les lis du teint de sa fille , Trés-ravissante et très-gentille, Ne fussent mêlez tout de bon Avec ceux d'Armand de Bourbon,

ijj Qui n'est point lezé dans ce change : Elle est aussi belle qu'un ange:

Mais ses charmes, quoy que plaizans ; Ne seront bons que dans trois ans, , Au lieu que cette beauté rare

iéo Que pour épouze on luy prépare Pouroit sans tarder un moment Obéir au doux sacrement.

Princesse à qui vouloir complaire Est ma passion ordinaire ,

165 Lizez encor quelques revers En ces douze ou quatorze vers.

On dit que monsieur Senetére , D'un guerrier fort hardy le père , La Neûillan et son cher époux ,

170 Dignes tous deux d'un sort plus doux, La prézidente Moteville , Aimable, prudente et civille, Monsieur Servient, homme excélent Qui possède maint beau talent;

17J De Lyonne et le Telier mesme, Qui de chagrin en est tout blesme , Vont éprouver, au premier jour, L'instabilité de la Cour, Vray théâtre de l'inconstance.

180 Je finis par cette sentance.

Ecrit le vingt-et-cinq de mars, Ayant mangé des épinars.

Apostille.

Comme j'ètois à la taverne Avec un écrivain moderne, •8s J'apris hier au soir, tout tard , Qu'enfin se faizoit le départ,

Avril 1651. — Livre II. — Lettre XIV. 105

A Pinstance de Son Altesse, De cet escadron de noblesse Qui s'assembloit aux Cordeliers : 190 Adieu donc, braves cavaliers,

Puisque chez vous, à grandes troupes , Vous retournez manger vos soupes , Sachez qu'au partir de ce lieu Je vous dis de bon cœur adieu.

LETTRE- QUATORZIÈME

Du [samedi] i« Avril.

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