FROIDE
Princesse des plus importantes.
Comme aussi des plus éclatantes, Et qui , presque , allez tous les jours Augmenter les pompes du Cours ,
j A vôtre retour de la messe J'ofre ces vers à Voue Altesse , - Suivant l'ordinaire devoir; Et si vous dézirez sçavoir Ce qu'à peu prés ils veulent dire ,
10 Lizez-les , ou les faites lire.
Le Destin n'a pas trouvé boa Que monsieur Armand de Bourbon S'unit d'une étreinte amoureuze Avec la pucelle Chévreuze.
i; Amour a fait ce qu'il a pu, Mais pourtant l'hymen est rompu.
Quoy qu'il eût obtenu de Rome La dispense d'être son homme , Nôtre Cour, pour raizond'Estat,
*> Pour l'intérêt du Potentat ,
Ou pour quelque autre conséquence, L'a dispensé de sa dispence.
Monsieur le prince de Condé, Lequel maintenant a le dé,
15 Avec des messieurs, trois ou quatre, Est allé quelque-temps s'èbatre En sa maizon de Chantilly, Plus belle, dit-on, que cirilly, A chasser et faire des niches
;o A lièvres, daims, loups, cerfs et biches, A prézent ne craignant plus rien Touchant son fils, monsieur d'Anguien, Dont la fièvre ardante et soudeine L'avoh mis en étrange peine ,
H Juttu'à faire pour luy aesvœux, •Et raracher quelques cheveux.
On m'a dit que cette semeine Le frète du Roy, chez la Reine (Sçachant déjà du compliment
40 S'escrimer agréablement), Dizoit d'une façon gentille Des douceurs à Testu la fille , Allégant depuis pour raizons Qu'elle voit monsieur de Maizons, Et qu'ainsi la chose est bien claire Qu'on en pouroit avoir afaire»
L'autre jour, un je ne sçay qui Des gens de l'hôtel de Créqui, Dit à madame de Canaple
jo Qu'on le traitoit de roy de Naple, Et qu'en cette belle até Tout êtoit encor révolté.
Je ne sçay pas si la nouvelle Est bien croyable et bien formelle,
jj Mais je sçay bien que Renaudot N'a pas manqué d'en dire un mot Dedans la Gazette dernière, Laquelle je lus toute entière.
Mardy, le temps n'étant pas laid,
60 Ce prince fut à Bagnolet Faire un tour en grande liesse, Et de Carignan la princesse, Quand il fut retourné le soir, Le fit, chez die, à table seoir,
éj Où l'on servit avec grand ordre Dequoy friper, brifer et mordre ; Ensuite on dansa, l'on balla, Et puis après on s'en alla.
Ce jour, le Roy fut à Vertaille, 70 Où la Cour fit aussi ripaille, Car le Capitaine du lieu (Et Sur-Intendant, de par-Dieu), Qui se pique d'être honorable, Et tient tout-à-fait bonne table , 7* Fut somptueux autant ou plus Que jadis monsieur Lucullus Quand il traitoit chez-hiy Pompée, Autrefois grand homme d'êpée.
Après ce régal de mardy, 80 On le recommença jeudy :
Car le Roy, la Reine et leur suite, S'en allèrent dîner bien vite En la plus belle des maizons Dudit prézidentde Maizons, 85 Où l'on fit immense crapule, Dût-il après fèrer la mule.
Illec, on servit des ragoûts Très-précieux et de grands coûts , De très-délicates viandes , 90 Avec des sausses fort friandes , Maint poulet et maint pigeonneau , Dont trois ne faizoient cju'un morceau ; D'excélentes et rares bisques , Des massepains en obélisques, *j Force pois-ramez, pois-cossus. Chacun y but tanquam sponsas , Etpluzieurs remplirent leurs poches D'orengeades faites en roches.
Grande y fut la profuzion ,
100 Mais pourtant sans confuzion, Et l'on y compta , de bon compte , Au moins j'en entendis le conte D'un certain baigneur ou barbier, Dix-huit cens pièces de gibier,
jof Cent cinquante-et-quatre bouteilles De vin excélent à merveilles, Environ cinq cens pains-molets, Tant pour maîtres que pour valets, Et cent paniers de fleurs diverses ,
no Jaunes , blanches, rouges et perses, Qu'on fit en maints lieux disperser Par où le Roy devok passer, Et les plus belles sur les tables , Pour les rendre plus délectables.
115 On y vit du fruit tout nouveau , Dont le Roy mangea bien et beau, Et les belles mains de la Reine Prirent assez souvent la peine De porter à son rouge bec
ito (Cecy soit dk avec respect) Maintes savoureuzes pâtures , Tant de chair que de confitures.
Enfin , le susdit prézident Récala mainte illustre dent, Et m voir sa magnificence ,
uj Ayant ce don par excélence, Aux financiers assez fatal , De traiter bien et payer mal.
Amarante, chose certeine,
Vendredy, fut avec la Reine,
1* Toujours parlant et discourant
Avril 1651. — Livre II. Lettrb XVI.
tu
Plus d'une grosse heure durant.
Mais, ma foy, pour leur conférance, Je prétens cauze d'ignorance De ce qui fut entr'elîes dit, 35 Car aucun ne les entendit.
Cette conversation faite, Ainsi qu'elle faizoit retraite, Elle trouva sur le degré Confjr, leguel de son bon gré,
140 Et d'une façon fort civille, Prézenta la main à sa fille Et retourna dessus ses pas; Cette belle ne voulut pas , En ce rencontre, reconduire,
14$ Et se laissa, par luy, conduire Avec la mesme égalité, Comme si de rien n'ût été.
Bref, sans se montrer ofensée Touchant la rupture passée ,
ijo Très-discrètement elle agit, Et ne pâlit ny ne rougit, Nonobstant sa douleur amére :
C'est ainsi que le dit sa mère, Qui regréte fort cet hymen.
15 j Le bon Dieu la console! Amen.
On s'éjoûit fort par la ville Que monseigneur de Longueville Aille avec monseigneur Gaston, Pour traiter de la paix , dit-on ,
160 Ayans tous deux Servient pour aide, Lequel , certainement, possède Un sufizant entendement, Pour éluder adroitement, Tant par écrits que par paroles,
i*5 Les subtilitez espagnoles.
L'agréable et belle d'Uxd, Qui, par le charme universel Des mérites dont elle abonde, Gaigne les cœurs de tout le monde ,
170 Est à prézent malade au lit, ?
Où son aimable teint ç&lit , Et devient toute languissante Par une fièvre intermitante, Dont déjà cinq ou six accez
17$ L'ont tourmentée avec excez.
De son bon gré , Mademoizeile, Action assez bonne et belle , Acorda , dit-on? l'autre-jour, A la befie Remenecour, tSo D'humeur gaye; ei; jouée et franche, De couleur et peau belle et blanche,
De co\y* 6aaiset et potelé,
D'espnt tout-à-fait éveillé ,
De complexion drue et saine, ta* De race et naissance Loraine,
El noble enfin d'extraction,
Mille livres de pension;
Et madame de Longueville
(Au moins c'est ie bruit de la ville) 190 Aux deux Haucourt, qu'on pfize tant,
Environ quatre fois autant.
Je croy que les soins ordinaires si $
De ces belles pensionnaires
Sont de parler toujours en bien 19; De celles qui leur font du bien;
Et moy qui suis aussi le vôtre , •
Sans compter mainte Patenôtre
Qu'avec ardante afection
Je dis à vôtre intention , 200 J'ay vos vertus en telle estime
Que, soit en çroze ou soit en rime,
Ou soit de nuit ou soit de jour,
Soit au Palais, soit à la Cour,
Soit le matin ou soit à Nonne, *>f Soit au printemps , soit en autonne,
. — Avril 1651.
Soit en hyver, soit en e.
Soit un peu, soit en quantité, Soit dans la rué ou les ruelles, Soit aux mâles, soit aux femelles, Soit à quelqu'un ou soit à tous, Je dis toujours du bien de Vous, Et maintiens, tant je vous admire, Qu'on n'en sçauroit jamais trop dire.
Ayant calculé par mes doigts, Fait en avril le vingt-et-trois.
APOSTILLE
Depuis cette lettre achevée , Autre nouvelle est arivée, Au grand regret de tout Paris, Que le dessein cju'on avoit pris De traiter la paix générale Est, par quelque sourde cabale, Trés-maHieureuzement changé, Dont beaucoup de dêplaizir j'ay.
LETTRE DIX-SEPTIÉME
Du [dimanche] 30 Avril.
variée.
J'écris par fois dans mes Gazettes De si fines historiettes , Que de quelques endroits triez De trés-bon cœur vous en riez ;
I Et lors-que mon épttre est telle Qu'elle vous semble bonne et belle , Quand j'aurois contenté les Dieux, Je n'en serois pas plus joyeux.
Mais ce serait trop de merveilles
to Qu'elles fussent toutes pareilles, Et l'on y voit , malgré mes soins , Tantôt du plus, tantôt du moins, Selon l'humeur ou la matière, Et la grande ou mdtndre lumière
ij Dont on est du Ciel assisté En semblable nécessité.
Mais, nonobstant leur diférence ,
Et souvent leur peu de science , Vous les lisez , vous les goûtez ,
10 Et jamais ne les rebutez.* Ainsi, belle et sage Marie, La Muze à jointes mains vous prie, Si la prézente est sans apas Et qu'elle ne vous plaize pas,
ij De ne luy point faire la moue.
Je ne suis pas, je vous l'avoué, Trop satisfait de celle-cy ; Mais telle qu'elle est , la voicy .
L'autre-jour le Roy nôtre sire, $0 Tant pour repaître que pour rire, Alla faire au Palais-Bnon Un souper ou colation Avec Monsieur, son frère unique,
Avril 1651. — Livre II. Lettre XVII.
Ht
Qui d'être fort galand se pique , h Et tout plein de jeunes messieurs, Assez petits, mais grands rieurs, Et mesme aussi quelques mignonnes, Un peu moins simples que des nonnes ; Car enfin , à n'en point mentir,
40 Quand on se veut bien divertir, Ordinairement la partie Doit être toujours assortie De ces objets doux et bénins Que l'on apelle féminins.
4j Aux lieux où ce beau sexe éclate, Cela délecte un peu la rate:
Ne songer qu'à friper des plats Sont des contentemens bien plats , Et, sans doute, un charmant vizage
p Plaît quatre cens fois davantage.
Or donc ètoient à ce festin (Ayans des jupes de satin, Et mesmemenr de fort beau linge) La Gourdon, Neuïllan et Cominge,
u Et la belle Iris, aux yeux bruns, Qui fit murmurer quelques-uns De la voir, par galanterie , Par gajure ou par raillerie , Et sans luy demander pardon,
fc Assize au dessus de Gourdon , A qui la fortune cruelle En a, de vray, donné dans l'aisle, Mais qu'on asseure être d'un sang Qui méritoit un meilleur rang.
*s Comme cette fille excélente N'a pas dix mille écus de rente, Quelques courtizans goguenards Luy vouloient dire des brocards Quand ils furent soûls comme grives ;
70 Mais Monsieur de leurs invectives Arêtale flusetreflus, Et leur dit : « Ne la raillez plus.
Le petit Papa le peut faire, Et moy , qui suis monsieur son frère ;
7t Mais, ma foy, mes petits amis, Il ne vous est dû ny permis De railler une demoizelle Qui se dh , outre qu'elle est belle, De meilleure Maizon que vous. *
fe Les courtizans filèrent dous , Cessèrent de railler et rire, Et pas un n'ût le mot à dire.
La populace de Saumur Trouvant le joug un peu trop dur, «1 Et menaçant d'être rebelle Touchant les droits de la gabelle,
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