NOUVELLISTE
Fille plus sage que Minerve, Pour qui tous les jours je conserve Un respectueux souvenir, Faut encor vous entretenir $ Des bruits qui courent par la ville , Tendans presque à guerre civille, Mal le plus grand de tous les maux, Tant pour gens que pour animaux.
Or donc, pour première nouvelle, 10 Stenay met la cour en cervelle ; Les personnes qui sont dedans Font à pluzieurs grincer les dents, Et dire avec rancœur et haine :
Peste de monsieur de Turaine!
15 Peste de monsieur de Bouillon, Grand politique et grand brouillon, Qui maintenant dans la Gascogne Taille aussi bien de la bezogne !
Il a gens de guerre à miliers, ao Qui sont preux et bons cavaliers, Et l'on craint fort que le grand maître , Encor au'il ait le renom d'être Fort araent et fort hazardeux, Ne soit pas enfin maître d'eux.
25 Une mauvaize intelligence Entre la Fronde et l'Eminence Cauza , ces jours passez , en cour,* Quelque chagrin, mais qui fut court:
Car la duchesse de Chévreuze,
90 Qui des frondeurs est procureuse, Leurs plus grands diférens vûida, Et promotement r'acommoda Les froideurs et noizes fatales De ces deux jalouzes cabales.
»s Les Suisses , ces vaillants hardos, Qui n'ont jamais tourné le dos Quand pour la couronne défandre lia fallu leur sang répandre,
Des trézoriers estant fourbez , 40 Et d'ailleurs se voyans tombez En des pauvretez éfroyables, Se donnent à cent mille diables Ou'ils s'en iront absolument S*ils n'ont bientôt contentement.
On a donné quelque espérance Au sieur garde des sceaux de France, Autrement nommé Châteauneuf , D'un beau chapeau rouge tout neuf.
Les bourgeois, quand ils ont bû pinte»
Dizent que monsieur de Corinte L'a deux cens fois mieux mérité ; Mais que ce soit la vérité, Au sens commun je m'en raporte, Et cîest choze qui peu m'importe.
j 5 Ordre exprès mardy l'on porta A Fonterailles et Mata, Pour des raizons particulières, De s'en aller dans leurs chaumières.
Fonterailles a délogé,
60 Mais l'autre encor n'a point bougé.
On dizoit que Saint-Loup la belle , Et madame, aussi, de Bonnette, Avoient mesme commandement ; Mais ce bruit n'a de fondement 6$ Sinon qu'on dit que ces déesses Faîzoient un peu trop les princesses.
Par un accident sans pareil, Le secrétaire du conseil , Qu'on nommoit le sieur des Fontaines, 70 Est mort, non de fièvres quartaines, Mais en un seul petit instant, Sur la chaire percée étant.
On dit, et c'est choze assurée, Que la paix est fort désirée
75 Par Monseigneur l'oncle du roy, Et qu'il voudroit de bonne foy Qu'on la fît ferme et générale ; Mais la faction cardinale , Pour qui la guerre a des apas ,
80 A ce qu'on dit, n'y consent pas.
La vôtre tante maternelle Traita monsieur d'Anjou chez elle, C'est-à-dire dans Bagnolet.
On y servit beaucoup de let,
85 Quantité de crème foùétée , Mainte sausse bien apprêtée, Des trufes et des champignons Assaisonnez d'aux et d'oignons; Par-cy, par-là, des amelettes,
90 Des échaudez, des tartelettes, Pigeons rôtis à petit feu ; Des perdreaux, il s'en trouva peu ; Des Dons jambons et quelques langues Qui n'avoient jamais fait harangues,
9 j Deux ou trois plats de fruit nouveau, Farce d'oysons et ris de veau , De bons dindons, de bon potage, Et quelque choze davantage ; Puis l'on bût très-bien les santez
100 De toutes les deux Majestez.
Cette magnifique traiteuse Fut l'autre jour si malheureuse (Je le sceus tout des fins premiers)
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IJO
— Mai 1650.
Su'en revenant de Coulommiers, âizon si pompeuze et si chère , Où vous luy fîtes si çrand'chére, Son carosse en chemin versa, Qui son trés-noble corps blessa.
[Quelqu'une ût la fesse écorchée, L'autre ût la prunelle pochée, Une autre sentit quelque clou Qui Pégratigna par le cou.] Je croy bien que cette nouvelle N'est pour vous ny bonne, ny belle, Et qu'étant d'un bon naturel Vous blâmerez le sort cruel De n'avoir, en cette ocurrence, Porté respect ny révérence A vôtre trés-illustre sang, Qui tient en France un si haut rang.
Voilà, Princesse sans seconde, Des bruits du grand et petit monde.
Si quelques-uns sont trouvez faux Et si mes vers ont des défaux , Vôtre Altesse est une personne Si judicieuze et si bonne Qu'elle excuzera volontiers Un qui se mettroit par quartiers Et voudroit mille fois mieux faire Pour mieux vous servir et vous plaire .
Le prézent discours je rimay Le vingtième du mois de may.
LETTRE TROISIÈME
Du [dimanche] 29 May.