‹ La muze historique;Chapitre 5 sur 221 · FONDAMENTALE · texte numérisé non relu

FONDAMENTALE

Princesse blanche comme yvoire , Qui dans mon cœur et ma mémoire Avez un grand apartement, Depuis le glorieux moment

5 Où j'ûs l'honneur et l'allégresse D'être logé chez Vôtre Altesse, Pour complaire à vos volontez Et mieux mériter vos bontez, Puis-que vôtre cœur le dézire,

10 Je fais dessein de vous écrire Les bruits qui courent quelquefois Parmy la cour et le bourgeois ; Mais Horwysoit cfiii mai y pense, Et voicy par où je commence :

15 Les gens hantans le cabinet Assurent et dizent tout net Que souverain et souveraine, <?est-à-dire le Roy, la Reine, Ne transporteront point la cour

10 Hors du lutécien séjour »

Sans choizir quelqu'un d'importance Propre pour la sur-intendance, Charge qui vaque, ou vaquera

t. Paris.

Le jour que d'Hémery mourà.

aj Pluzieurs pensent qu'après ce tigre On y mettra monsieur d'Aligre; D'autres dizent par les maizons Que le président de Maizons Sera pourvu de cette charge,

*o Qui peut rendre obligeant et large Le plus grand chichard des humains, Puis que l'argent entre ses mains (Quoy que bien pauvre soit la France) Coule toujours en abondance.

h On donne à monsieur de Beaufort, Ce duc si haut, si grant , si fort , Et de prestance si blondine , L'intendance de la marine, Charge de grande autorité,

40 Qu'on apelfe l'amirauté, Dont il aura , comme il espère , La survivance après son père.

Cela, dit-on, crève le cœur A son aine, duc de Mercœur,

4$ Qui, dans la passion extrême De se voir amiral luy-même , Peste horriblement aujourd'huy, Et proteste, s'il n'a pour luy

Cette importante et grande pièce , 50 De n'épouser jamais la nièce.

Le grand-maître va vers Bordeaux, Avec armes , gens et chevaux , Pour pacifier la province , Et rétablir les loix du prince.

5 $ Jarzé , marquis , et non baron , Qui passe un peu pour fanfaron , Assisté de trois ou de quatre, Ces jours passez se vouloit batre Contre l'amiral prétendu ,

éo Dût-il , après , être pendu.

Mais le grand généralissime ' A détourné ce coup d'escrime, Obtenant du duc de Beaufort (Quoy que cela le fâchât fort)

éj Delaisser-là cet aversaire Sans peu ny prou le satisfaire.

On dit que le duc de Nemours Se préparait à son secours, Et que Joyeuse et de Candale

70 Se ran&eoient de l'autre cabale.

Voilà d'illustres ennemis ; Mais, par les soins de leurs amis, Messieurs les maréchaux de France, En ayans pris la connoissance ,

7j Les ont enfin acommodez , Et tous leurs diférens vuïdez.

[Autre certaine brouillerie Pensa causer quelque tuerie Entre le jeune de Créqui 80 Et Caumeny le cadet, qui Toutefois point ne se tuèrent, Car leurs seconds les séparèrent Au point que leurs armes à feu

i.Son Altesse Royale.

La Muze historique. — Mai 1650.

S'apprétoient à jouer beau jeu.] 8f D'autres se sont batus encore :

Le chevalier de Roquelôre, La Feùillade , la Tour, Persin , Dont le dernier tire à la fin , La Tour ayant, d'un coup d'èpée, 90 La trame de ses jours coupée.

La princesse de Carignan ,

Cadette de vôtre maman,

Vôtre amie et tante fidelle ,

Vous doit emmener avec elle 9f En quelqu'une de ses maizons,

Et là vous conter ses raizons,

Ménager vôtre bien-veiilance,

Et vous cajoller d'importance.

Je ne sçay si ce bruit qui court 100 Vient de la ville ou de la cour.

A peu prés voicy les nouvelles

Qu'on déoite dans les ruelles,

Que i'ay, pour vous des-ennuyer,

Pris le soin de vous envoyer.

ioj Je continûray ce service,

S'il avient au'il vous divertisse.

Mademoizelle de Buhy,

A qui j'ay toujours obéy,

Ayant sur moy beaucoup d'empire, 1 10 M'a fort enjoint de vous écrire ,

Tant maintenant qu'à l'avenir.

Mais, pur cette-heure, il faut finir,

Souhaitant , ô sage Princesse ,

Que Dieu vous bénisse sans cesse, 1 1 j Qu'il contente vos bons dézirs ,

Qu'il finisse vos dêplaizirs,

Et que bien-tôt il vous envoyé

Quelque grande et parfaite joye.

Ces vers, écrits avec mespropresdoigts , t2o Furent rimes le douzième du mois.

Mai 1650. — Livre I. Lettre II.

LETTRE DEUXIÈME

Du [vendredi] 20 May.

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