‹ La muze historique;Chapitre 72 sur 221 · Livre II. Lettre XXXII · texte numérisé non relu

Livre II. Lettre XXXII

Dans une chambre du Collège Où j'ûs mesmes le privilège De manger des pâtez fort bons,

jo Des poulets , langues et jambons, Salades, fruits et confitures, Avec de belles créatures.

Le lendemain, monsieur Tubeuf D'un divertissement tout neuf

jj Prit, avec de grands frais, la peine De réealer tant Roy aue Reine Dans le beau village a'Issy , A quatorze stades d'icy.

Festin, balet et coméaie,

éo Avec une belle incendie Qui fit courir, monter, voler Quantité de beaux feux en l'air, Furent donc les divers régales Qu'on 6t aux Majestez Royales ,

*s Dont je ne diray pas un mot, Car je fus si beste et si sot Que de refuzer des personnes Qui furent envers moy si bonnes Que de m'ofrir commodité

70 Pour sur les lieux être porté,

Dont une heure après , par saint Pierre, J'en eus du regret tant-que-terre; Et tel en fut mon dezespoir 1. '

Que , sur les cinq heures du soir, 7$ Je me jetay dans la rivière, Où je fus plus d'une heure entière.

Durant ces recréations On faizoit d'autres fonctions Dans nôtre cour parlementaire,

80 Où Mercœur, sans trop grand mistére, Dit et déclara hautement Qu'il êtoit joint par sacrement Avec la nièce Mazarine, Diçne du dais et de Phermine ;

85 Puis ensuite il jura sa foy

Que la Reine, et mesmes le Roy, Avec marques de bien-veillance, Avoient aprouvé l'alliance.

C'est ainsi que parla , dit-on,

90 Ce brave pnnce au blond menton.

Le Parlement, qui n'est pas beste, A ce discours hocha la teste, Comme n'aprouvant pas cela, Dont pluzieurs tirèrent de là

9 s Un malin augure ou prézage Que ce surprenant mariage Ne subsisterait pas long-temps; Mais nargue pour les mal-contens.

On m'a dit pour chose assurée, loo Et qui n'est que trop avérée,

Qu'une dame qui rime à vins,

Etant peut-être entre deux vins,

Avoit, d'une façon cruelle,

Sur le cul d'une demoizelle, ioj Qu'on tient un peu maicre et floûet ,

Apliaué tant de coups de fouet

Que la pauvreté dans la nie,

Toute sanglante et toute nuë,

Par les fenêtres se sauva , 1 10 Ce qui le peuple souleva.

Maint bourgeois prend la halebarde ,

Tel assaut , tel se met en ganle ;

Les soudrilles , dont le destin

Est d'aimer à faire butin, 1 1 5 Acouroient pour faire pillage ;

Mais on en fit quelque carnage ,

Et tant de coups furent ruez

Que pluzieurs en furent tuez.

La rumeur devenant plus forte , 1 jo On briza vitre , on rompit porte.

Canailles, filous et pendarts

Abordoient-là de toutes parts.

Bref, si fort s'acrût le tumulte

Que , de peur d'un plus grand insulte , !3j Cette dame s'enfuit exprès

Et se sauva par les marêts.

Pour la demoizelle foûêtée,

Qui de tous ètoit écoutée

Avéques grande atention , do Et mesme avec compassion,

Elle dépeignoit sa maltresse

Plus barbare qu'une tygresse,

Qui se plaît, tant son cœur est dur,

De foûeter jusqu'au sang tout pur; 135 Que ses mal-heureux domestiques

Passent très-souvent par les piques,

Et qu'elle n'a de plaizir tel

Que quand, par un couroux mortel ,

De sa propre main elle étrille 140 Quelque page, laquais ou fille ,

Exerçant ce métier abjet

Ordinairement sans sujet.

Remenecour, la carmélite,

Sans paroltre trop interdite, 14J Le jour de monsieur saint Laurens,

Illec êtans quelques parens,

Et noble et grande compagnie ,

Prit l'habit en cérémonie.

Ce jour, ses aimables atraits 150 Parurent plus beaux que jamais.

En cette action solennellç,

La belle avoit à l'entour d'elle

Des bijoux valans un trézor;

Elle avoit une robe d'or; ijj Des perles et des pierreries,

Et cent rares orfèvreries;

Mais son teint blanc et ses beaux yeux

Plaizoient quatre ou cinq cens fois mieux

Que ces parures étrangères , 160 Quoy que fort belles et fort chères.

Sa constance et sa fermeté

Relevoient encor sa beauté,

Et quelques mondains, non sans larmes,

Lorgnans ses grâces et ses charmes 1(5 Avec des regards amoureux, . Se pleignoient du sort rigoureux

Qui s'en alloit cacher d'un voile

Cette chaste et brillante étoile.

Cœurs embrazez, secrets amans 17e De tant de mérites charmans ,

La voilà maintenant r'entrée

Dans une clôture sacrée;

Ne songez plus à ses apas ,

0 galants ! vous ne l'aurez pas.

175 La Mort, qui tout le monde morgue, A morgue le prince de Morcue, Metant son cher fils au tombeau,

aoj

aij

,— Aoust téji.

Qui jeune étoit , bien-fait et beau, Et qui fut tué par mégarde , Non d'épée ou de halebarde , Mais d'un seul coup de pistolet Par un domestique ou valet Qui, pensant tirer à la bute, Fut si mal-heureux ou si brute , Si lourdaut ou si mal-adroit , Qu'il tira dans le corps tout droit Dudit prince , 6 choze cruelle ! Et l'ateinte en fut si mortelle Et pressa ses jours de si prés Qu'il mourut quelque-temps après.

De Montignac l'épouze chère, Après mainte douleur amére Qui la fijt crier les hauts cris, Acoucha , mercredy, d'un fils; Mais sa foiblette destinée A moins de deux jours fut bornée, Et l'on le mit presque au tombeau Aussitôt que dans le berceau.

Pluzieurs personnes d'importance Ont témoigné leur doléance Au père afligé sur ce point; Mais, pour elle, on ne la voit point.

Monseigneur le Prince luy-raesme, Montrant un dêplaizir extresme, Vint chez-nous faire le dolant Avec son carosse brillant Et sa suite si bien vêtue, Et qui fait pouf parmy la rué.

Certain comte un peu Fiérabias S'est laissé vaincre et mètre à bas Par la claire et douce prunelle D'une trés-jeune demoizelle, Où l'on voit mille atraits mignons (Mais je suprime icy leurs noms).

Il est ae fort noble lignage, Il possède grand héritage, Il a belle et forte maizon , Il a desécus àfbizon, En biens et richesse il abonde, Tant sur la terre que sur l'onde ; Il a vaisseaux , il a canon, Et fait mesmes le compagnon, Quand il est dans sa belle barque, Comme un tiercelet de monarque.

Son épouse n'a que son corps , Mais si remply de beaux trézors, Si couvert de lis et de rozes Et de mille autres belles chozes Que, dans ce rencontre amoureux,

Aoust 1651. — Livre IL Lettre XXXIIL

*;o Ce comte est cent fois plus heureux (Nonobstant toute sa richesse) Que celle qu'il a fait comtesse.

Bien souvent un richard cteplaist, Et, de l'humeur qu'on dit qu'il est

lis (Car volontiers gens de marine Ont l'humeur austère et chagrine Et le cœur assez inhumain), On peut dire d'eux ce quatrain :

J'apréhende que cette belle

140 Ne seftte un jour avec ennuy Qu'il a plus crépines pour elle Qu'elle n'a de rozes pour luy.

Phébus, ce brillant luminaire, Nôtre belle lampe ordinaire, 24s Icy-bas ses rayons dardant,

N'a jamais été plus ardant Que durant cette canicule , Qui cuit , qui rôtit ou gui brûle, [railleurs, on ne sauroit rimer îjo Sans aue l'on se sente enflâmer De la belle ardeur de Minerve, Qui vient d'échaufer nôtre verve.

Tous les auteurs dizent cela, L'on doit donc inférer de-Ià, Princesse que trés-fort j'estime, Qu'en faizant pour vous cette rime , Je n'ay pas manqué d'avoir chaud, Et que yay sué comme il faut.

Fait en aoust , justement le traize, 260 Où l'air étoit chaud comme braise.

LETTRE TRENTE-TROISIÈME

Du [samedi] 20 Aoust.

ÉNUMÉRATIVE»

Encore que les bruits prézans Ne soient pas autrement plaizans, Voyez toutefois si ces lignes Seront en quelque façon dignes 1 De plaire à cet esprit bien né Que le bon Dieu vous a donné; C'est à hiy que cecv s'adresse.

Lizez donc, aimable Princesse.

Dimanche, à cinq heures du soir, ie En me promenant j'allay voir Des jeux de plaizante manière Qui se faizoient sur la rivière, A cent pas au deçà du Cours, Où de bourgeois un grand concours 1$ S'assembla pour voir ce spectacle, Qui presque aprochoh du miracle.

Le frère de Sa Majesté , Ayant à son propre côté Vôtre tante et vôtre couzine , 30 Et pluzieurs gens de grande mine Arivérent au bord de l'eau, Puis se mirent dans un bateau.

Alors on vit la mascarade Qui sortit de son embuscade

Et commença dés cet endroit

iça 1 L'éfet que l'on en déziroit.

Premièrement, une baleine Sembla sortir hors de la Seine Son grand dos d'écaillés couvert,

io D'or, d'argent, d'azur et de verd; La gueule, quelquefois béante, Vomissoit sur l'onde flotanté Pluzieurs jouvenceaux, qui nageoient, Dans le fond de l'eau se plongeoient,

15 Puis retournoient dans son grand venue, Comme si c'eût été leur centre, Dont maint badaut étoit ravy ; Cet animal étoit suivy De monseigneur le dieu Neptune,

40 Dont la batte n'étoit pas brune , Mais de couleur de bleu turquin, Aussi bien que son cazaquin; Son cheval, sur les ondes molles, Faizoit souvent des caracolles.

4$ Pluzieurs Sireines et Tritons Chantoient de mélodieux tons , Et faizoient, comme giroûetes, A toute-heure des pirouetes.

D'autres monstres, gros et menus,

La Muze historique. — Aoust 1651.

50 Escortaient aussi Neptunus, Qui n'êtoient point simples figures, Mais d'éfectives créatures, Qui s'en allèrent à vau-l'eau, Jusques vis-à-vis de Chaliau ,

55 Chacun d'eux , toujours à la nage , Jouant fort bien leur personnage.

Certain frondeur adolescent, Dés qu'il se vid convalescent, Remercia Dieu, puis la Vierge,

60 A laquelle il ofrit un cierge ; Puis il vid la Reine et le Roy, Qui lui dirent je ne sçay quoy ; Puis les grands princes du royaume , Pois Jean, Gautier, Claude et Guillaume ;

*î Puis ( comme c'étoit la raizon) La belle sans comparaizon.

Quelques-uns, peut-être pour rire, Se sont aussi mêlez de dire, Mais, moy, je n'en crois rien du tout,

70 Qu'il vid mesmes de bout-eft-bout Toutes les femmes de la Halle Qui se dizent de sa caballe, Non pas Iris, Cloris, Philis, Oûy bien Barbe, Ragonde, Alix,

7$ Perrete, Guillemete et Jeanne, Mais non pas la pauvre dame Anne, Qui pour cas , dit-on , assez laid, Est de prézent au Châtelet.

Ce seroit une étrange tache

80 A quelques-uns de Saint-Eustache S'ils laissoient pendre en un gibet Celle qui, par maint quolibet, Excitant comme une mégère Toute la troupe harangére,

8( Avec plus de t>ruit qu'un tambour , Les protégea contre la Cour; On croid toutefois qu'une corde De sa vie extrêmement orde Doit être bien-tôt le guerdon.

90 Le bon Dieu luy fasse pardon.

La Montbazon, femme très-belle, Mais pourtant pas tout-à-fait telle Comme elle êtoit par le passé, Son beau corps étant menacé,

9 s Par éfet ou par fantaizie , Du fâcheux mal d'hidropizie ; Pour avoir donc le corps plus sain , Elle prit un pieux dessein D'aller mardy . la bonne dame ,

100 Prier Dieu dedans Nôtre-Dame, Mais avec un procédé tel

Que jusgues au pied de l'autel

Elle se ht porter en chaize-,

Pour être un peu mieux à son aize; iû$ Ce qui et que ceux de Paris,

Qui, d'ordinaire , sont surpris

Al'aspect du moindre spectacle

Comme si c'étoit un miracle,

Entourèrent de toutes parts no (Tant honnestes gens que pendarts)

La belle dame potelée ;

Chacun dizoit sa râtelée *

De sa nouvelle piété ,

De sa grande débilité , 1 1 s Et sur tout de la riche taille

Qu'on luy voit, quelque part qu'elle aille.

La plus-part de ceux qui , mutins, Pillèrent monsieur de Vervins, Ont restitué quelques hardes :

iao Premièrement, deux halebardes, Quatre foureaux de pistolets, Deux morions, trois gantelets, Un tabouret, un pot de chambre, Un bracelet de couleur d'ambre ,

ta) Un peigne, un pourpoint, un chausson, Un gros diamant d'Alenson , Un ruby de la vieille roche .

Un verre , un godet , une broche , Des tableaux qu'on avoit percez ,

1 jo Des pots que l'on avoit cassez , Un couple de tambours de basques , Deux coùetes, deux gands et deux mas- Un image de Cupidon , [ques, Un échiquier, un guéridon ,

ijj Le premier livre ae Cassandre, Le treizième de Polexandre, Un beau Traité du Paradis , Quatorze tomes d'Amadis , Un almanac de six cens trente,

mo Un contract de cent sols de rente , Douze robes, sept cotillons, Sans compter tout plein de haillons Tant de serge que d'êtamine, Des devans de toile très-fine

145 Pour mettre à l'entour des tétins, Je ne sçay combien de patins, De la graisse pour le vizage, Deux ou trois lopins de fromage Et mille autres meubles menus ,

ijo Lesquels sont enfin revenus.

Mais pour les pistoles d'Espagne, Les beaux cabinets d'Alemagne, Du linge en grande quantité , Des tapis d'hyver et d'esté ,

Aoust 165 1. — Livre

ih Et cent autres chozes fort belles , On n'en a ny vent ny nouvelles.

J'ay sceu , seulement aujourd'huy, Que b trés-sage de Buhy, Pour tarir les pleurs de sa mère , iéo Avoh sorty du monastère , Quoy qu'elle jouît en ce lieu (En s'élevant souvent à Dieu) D'une tranquilhé profonde Qu'on ne trouve point dans le monde.

Certaine dame, à ce qu'on dit,

<u Au Parnasse avant du crédit, A commencé (l'ouvrir sa veine Contre les filles de la Reine Par quelques couplets de chansons

170 Qui courent parmy les maizons, Mais que lescutes demoizelles Ne trouvent ny bonnes ny belles.

0 Madame 1 qu'avez-vous fait ?

Certes , je vous plains tout-à-fait :

i7( Ces pucelles par vous raillas Sont de terribles éveillées ;' Cuerchy, Saint-Maierin et Gourdon Ne sont point filles de pardon , Et , foy d'auteur, vos rimes plates

ife N'ont pas obligé des ingrates.

De ce qui se fit vendredy Au Parlement , et samedy, Pour or, pour argent ny pécune Je n'en écriray choze aucune ;

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