LOYALE
Ouoy que j'aye eu, cette semaine, De fâcheux momens de migraine, Qui m'ont l'esprit embarassé, Princesse, je n'ay pas laissé ,
$ En suivant la bonne coutume, De mettre la main à la plume Pour dresser le prézent discours , Comme je fais tous les huit jours ; Mais je ne vous sçaurois bien dire
10 S'il vaut la peine de le lire.
Mardy dernier, le Parlement Fronda, dit-on, terriblement, A coups d'arests et d'écritures, Mazann et ses créatures;
15 Le détail, vous le sçavez-bien, C'est pourquoy je n'en diray rien.
Monsieur le Prince, à ce qu'on conte, Eut, en cedit lieu, tout son compte, A condition, que je croy,
ao Qu'il verroit la Reine et le Roy, Qui sont la maîtresse et le maître, Ou, du moins, qui le devroient être.
Ledit seigneur Prince, dit-on, Avéques monseigneur Gaston, «5 Alla donc, jeudy, voir la Reine,
Qui luy parut assez humeine', Et rendit ses respects au Roy, Qui les receut de bonne-foy.
On a jugé, dans l'audience,
jo Ce grand procez de conséquence, Intenté depuis plus d'un an , Entre le prince Mantoûan Et la princesse Palatine, Sa nièce , tante ou bien couzine,
$5 Et prétendant à mesmes droits Que la reine des Polonois, Mais qui n'ont pas eu l'avantage D'hériter de tout l'héritage, N'en ayant eu, chacune à part,
40 Que leur fidelle et juste part, Et le reste au duc de Mantouë, Qui du Parlement fort se loué.
On dit qu'illec monsieur Bignon, Dont l'aspect n'est pas trop mignon,
4s Deux heures durant dit merveilles, Qu'il charma toutes les oreilles, Et qu'il fut estimé par maints Le plus éloquent des humains.
Monsieur, le petit fiére unique, jo Qui déjà bien-et-beau se pique
Aoust 1651. — Livre
De faire banquets et festins
Pour réjouir les intestins ,
A traité sa maman , la Reine ,
Un des jours de cette semeine.
15 Comminçe, Beauvais etGourdon,
Qui de plaire ont très-fort le don,
Etoient, avéques la Régente,
De cette débauche innocente ;
Mais ce prince ayant le cœur dur <o Pour Guerchy, Neûillan et Ségur,
Elles n'ûrent point de séance
(Comme vouîoit la bienséance)
En ce joly petit repas,
Dont, par-ma-foy, ne se tût pas <j Madame du Puy, gouvernante,
Qui ne passe point pour méchante,
Et qui , toutefois , contesta ,
Gronda, cria, jura, pesta;
Mais la bonne dame eut beau dire, 70 Le galant ne s'en fit que rire.
Monsieur Pévesque de Poitiers Est mort , mais non pas volontiers :
Car tout corps sujet à la Parque, Soit de berger, soit de monarque , 7i Sort de profane ou de sacré, Meurt rarement de son bon gré.
Au fond de la basse-Neustrie,
Ma vraye et natale patrie,
Monsieur de Franquetot, Normand, io Est décédé pareillemant;
Mais, avant que sortir du monde ,
Il a recommandé sa blonde
Au sieur de Leuville, marquis,
Et Ta trés-instamment requis if Qu'en agissant en faveur d'elle ,
llluy procurât La tutelle
De leur cher fils, homme-d'honneur,
Mais oui n'est encor que mineur ;
Lequel sieur marquis de Leuville, 90 Assez remuant et mobille,
Et se trémoussant plus qu'aucun
Quand il faut obliger quelqu'un,
Fera gloire de satisfaire
Ledit défunt sur cette afaire :
w Car il ne manque, à ce qu'on dit,
D'esprit, d'anus , ny de crédit,
Ny ae couzins ny de couzines,
Pub il ne hait pas les blondines.
Mais j'oubliois à dire icy »» Que ledit défunt fit aussy
(Fort fiés de son heure dernière)
A son «s ardante prière,
II, Lettre XXXI.
Et mesme exprés commandement,
De ne quiter aucunement, 105 Pour quelque cas que ce pût être,
Le service du Roy son maître,
Qu'il fût toujours ferme et loyal
Pour le caractère royal ;
Que ce n'est pas être honneste-homae, no Vray François ny vray gentil-homme,
Mais un barbare et perverty,
Que de prendre un autre party.
Le fils répondit avec larmes
Que, quand il porterait les armes t m Et qu'il seroh en cet état ,
Ce seroit pour servir l'Estat.
J'alégue la choze susdite
Tout de mesme qu'on me l'a dite;
Je le jure en homme-de-bien, tao Et que je n'y mets rien du mien.
Descars, Vateville et Coquille, Avec encor auelqu'autre fille, Retournans au bain de Conflans, Où l'on se beigne dos et flancs,
11$ Cuisses, genoux, bras et mamelles, Ayans de l'eau jusqu'aux aisselles , Ce qui tout le corps êbaudit; Retournans donc, comme j'ay dit, Il leur survint un cas atroce :
150 Car les chevaux de leur carosse, Qui n'êtoient pas chevaux de gueux, Mais éveillez , gras et fougueux , Après plus de trente gambades , Sauts périlleux, bonds et ruades,
1 n Prenans à gauche, et non à droit, En certain dangereux endroit Qui panchoit fort vers la rivière, Se cabrans d'horible manière, Coururent avec grant éfort,
140 Jusques à deux doigts prés du bord. Déjà la Nayade de l'onde, Sortant de sa voûte profonde, Leur tendoit les bras et la main Pour les recevoir dans son sein;
145 Le bon Phébus, à ce spectacle, Ne pouvant y mètre d'obstacle, S'en alla coucher de douleur; Le ciel en changea de couleur.
Le sang se figea dans les veines
no De ces aimables inhumeines, Le cœur dans leur sein se glaça, La beauté du teint s'éfaça; Les lis restèrent dans ce trouble .
Mais de rozes pas pour un double,
iss Car l'éfroy du prézent danger
La Muze historique. — Aoust 165 1
Les en fit.bien-tôt déloger.
Dans cet accident éffrfyable, Les deux chevaux.faizoient le diable.
Pluzieurs d'entre les regardans
160 Faizoient au ciel des vœux ardans; D'autres ne s'en faizoient que rire; Les laquais ne sçavoient que dire ; Le cocner faizoit clic et clac , Le cœur des dames, tic et tac :
165 Enfin, deux seuls doigts de distance, Avec la grande rézistance Que le cocher fit en ce lieu , Et, sur tout, l'aide du bon Dieu, Gardèrent les dames susdites,
170 D'être la pâture des truites, Et moy, par conséquent, aussy, Qui peux jurer de tout cecy, Car j'ètois de ladite bande Où la terreur devint si grande,
17$ Que tant les gros que les menus Dirent tout-haut leur in manus.
De scavoir si les demoizelles Pissèrent de frayeur sous elles , Certes, je leur cfemanday bien;
180 Mais eues n'avouèrent rien.
La triste dame de Navaille, Voyant qu'il faut qu'elle s'en aille, Avec un vizage afligé Des Majestez a pris congé ; 185 Non pas pour sortir du royaume, Mais pour s'en aller à Bapaume,
Dont son époux, homme-d'honneur, Est depuis deux ans gouverneur.
Malgré mon fâcheux mal de teste, 190 Enfin voicy ma lettre preste; Aussi, tant malade que sain, Je sens toujours dedans le sein, Une si ponctuelle envie De voir Vôtre Altesse servie, i9j Que mon travail jusques-icy, N'a guéres manqué, Dieu-mercy.
Au mois d'aoust, le sixième jour, Sur Parnasse ayant fait un tour.
Remenecour, la belle fille,
Qu'on ne voit plus qu'à travers grille.
Sortit, vendredy, de léans
200 Pour voir madame d'Orléans, Qui par icelle fat requize D'oublier la faute commize, D'avoir, sans sa permission , Entré dans la religion;
20 j Et pria mesmes Son Altesse De vouloir qu'elle fût moinesse ; Ce qui fat par elle acordé, Apres avoir un peu grondé.
Ce fait , la belle solitaire
210 Retourna dans le monastère.
LETTRE TRENTE-DEUXIÈME
Du [samedi] 1 ; Aoust.
CURIEUZE.
Princesse, pour vous contenter le n'ay pas voulu m'exempter, Quelque terrible chaud qu'il fasse, De vous faire cette préface,
s Et puis quelque discours après Où vous pourez voir à peu prés, Avec nôtre ordinaire stile, La plus-part des bruits de la ville.
Je suis incertain s'il plaira
10 Dans ce qu'il vous révélera;
Mais pourtant , à toute avanture , Vous en pouvez faire lecture.
La Reine et messieurs ses deux fils, Lundy dernier, à jour préfix, Allèrent avec grandes suites Au collège des Jézuites Pour, sur un téàtre fort beau, ^
Voir un poème tout nouveau Que pluzieurs jeunes philozofes,
Aoust 165 1
* Vêtus de brillantes êtofes , Reprézentérent en latin, Moitié figue, moitié raizin.
On 7 vit aussi pluzieurs dances, Balets , postures et cadances ,
aj Où maints fils de prince et seigneur Y parurent avec honneur, Non pas tant pour leurs riches vestes, Qui les rendoient tout-à-fait lestes , Que pour la dispozition,
îo La grâce, la belle action, L'agréable mine , l'adresse , La gaillardize et la jeunesse De ces aimables damoizeaux, Dont la plus-part étoient fort beaux.
m Entre ces jeunes personnages , Tous de hauts et nobles lignages, Armagnac, Soissons, Châteauneuf, Et d'autres , jusau'à plus de neuf, Plurent, charmèrent et ravirent,
40 Et firent bien tout ce qu'ils firent. Je puis mètre , comme sçavant, Toutes ces chozes en avant, Car, après maint et maint obstacle , J'ûs enfin ma part du spectacle ,
4j Et si bien placé , par-ma-foy, Que j'êtois vis-à-vis du Ro