RETRANCHÉE
Princesse à qui j'écris en vers D'ordinaire les bruits divers Qui se dizent chaque semaine Et qui courent la prétantaine ,
j N'ayant point parlé, l'autre-jour, Des mutations de la Cour Dans la mienne épltre dernière, Qui n'avoit que trop de matière, Avec vôtre permission ,
<o J'en fais à prézent mention, Afin que choze si notoire Ne manque point dans nôtre histoire.
Le sieur j>rézident de Maizons,
Nonobstanttoutes ses raizons, m Changea sa faveur en disgrâce,
Et l'on mit Vieuvillejen sa place,
Dont jadis on le spolia ;
Il promet mirabilia,
Et d'agir' avéque tant d'ordre 30 Qu'aucun sur luy ne poura mordre:
Ils en prometent tous autant,
Et nous voyons toujours, pourtant,
La censure ataquer leur vie,
Soit par raizon , soit par envie.
»î Le chancelier eut son congé,
Sans parohre trop afligé;
Et certes la pbilozofie,
Qui les grands esprits fortifie ,
Son ennuy si bien modéra )o Qu'aucunement il n'en pleura.
Mais sa femme, quoy que dévote
(Ainsi que L'histoire le note),
Soufrit avec moins de vigueur
Cette politique rigueur.
?j Mole, le vieillard honorable,
Avec sa barbe vénérable ,
Après ce déplaizant congé,
Luy fut aussi-tôt subrogé.
C'est , ce dit-on , un personnage 40 Adroit, complaizant et trés-sage,
Bon politique , bon François,
Et grand amy ^es vieilles lois.
Châteauneuf, de qui la fortune ,
Par une inconstance importune, 4$ N'est pas toujours en mesme estât,
Fut fait grand ministre d'Estat,
Par une excluzion totale
De Jules et de sa cabale.
Pour monseigneur de Villeroy, 50 Ci-devant gouverneur du Roy,
Il fut fait duc et pair de France.
On parle peu de sa vaillance,
Mais il est doux, sage et courtois ,
Et tout-à-fait fin et matois.
$ $ [ Touchant monsieur de Seneterre , Dont le fils fait fort bien la guerre, Il a le brevet de la Cour Pour être aussi duc quelque jour.]
Maintenant , Monseigneur le Prince 60 Rôde de province en province; Il fuît la Cour, il fuît Paris, Dont beaucoup de gens sont marris, Et l'on ne sçait encor que croire De son Altesse ambulatoire.
6j Dunkeraue est , dit-on, investy Par ceux au contraire party.
Si ledit Prince avoit en teste D'aller défendre sa conqueste Et puis revenir à la Cour,
70 Les peuples l'aimeroient d'amour.
[On craint que le roy d'Angleterre N'ait pas du meilleur à la guerre.
Ce n'est pas qu'il ne soit vaillant Et mesme, à présent, assaillant; 7j Mais les infâmes aversaires, Traîtres , déloyaux et faussaires , Sçavoir les gens de Crommûel , Ont un soin si continuel De luy dresser piège sur piège,
La Muze historique. — Septembre 1651*
80 Soit qu'il campe, soit qu'il assiège, Que , s'il n'est bien gardé de Dieu, J'ay peur qu'il ne nous dise adieu Et que sa trame soit coupée Par quelque méchant coup d'épée.
8$' lfademoizelle de Gourdon, Qui d'être assez belle a le don , Mais non pas d'être beaucoup riche, Receut l'autre jour quelque niche (Quoique d'un rang inférieur)
90 De la nourrice de Monsieur ;
Ce que Gourdon trouvant étrange , Luy rendit promptëment son change Et la traita, dans leurs débats, Extresmement de haut en bas.
91 Monsieur, par raison ou caprice, Prit intérêt pour sa nourrice, Secoléra, se dépita,
Et si chaudement s'emporta Oue , devenant acariâtre ,
100 II bâtit Gourdon comme plâtre; Mais quatorze momens après Il en eut deux mille regrets; Son chagrin en parut extresme, Et blâma son couroux luy-mesme.
10$ Son cœur n'est pas de diamant , Il aime le sexe charmant, Et, comme il sent déjà des flammes Pour les beaux vizages des dames, Il sçait qu'on les doit respecter,
1 10 Et non pas les mécontenter :
De sorte qu'avec repentance, Qui ne sentoit pas trop l'enfance, n'alla rechercher Gourdon Et demanda cent fois pardon.]
1 1 j L'épouze du duc de Liiïnes , Dont les vertus êtoient divines, Le corps aimable et l'esprit beau, A dêcendu dans le tombeau , Dont sont fort affligez et tristes
iao Les pauvres et les jansénistes, Car ceux-là par sa charité, Et ceux-cy par sa piété, Dont elle êtoit un vray modelle , Trouvoient un grant suport en elle.
115 [Certainement c'est le destin Des disciples Saint-Augustin Qu'on voit entr'eux (hommes que fem- Quantité de très-bonnes âmes [mes) En qui l'on observe en tout lieu
ijo Une grande ferveur pour Dieu.
Pour moy, cet avis je hazarde
Que j'ay pris soigneuzement garde Que depuis qu'on les a choquez, cKassez, calomniez, moquez 1 h Et contredits à toute outrance, Nous n'avons eu que maux en France.]
J'ay sceu , je ne sçay plus par qui , Qu'un nommé monsieur de Créqui, Mais non pas celuy de la Chambre,
140 Mardy, douzième de septambre, Eut un combat assez cruel Contre de Vervins, en duel, Qui , nonobstant son grand courage, Et que mesme il eût avantage,
14$ Fut si terriblement blessé
Que presque on le croid trépassé , Dont monsieur son père et sa mère En sont en étrange colère.
Au premier jeudy , s'il fait beau, 1 jo Le Roy part pour Fontainebleau , A dessein d'aller en Touraine , Et puis , peut-être, en Aquitaine.
Or Aquitaine est proprement (A paner plus vulgairement) [gne, ijj Ce qu'on nomme aujourd'nuy Gasco- Où la malle-galle, où la rogne, Assaillit la Cour l'an passé , Dont maint corps se tût bien passé, Témoin , si j'ay bonne mémoire, 160 Guerchy, plus belle que l'yvoiie, Qui dans Liboume eut cinq gros doux, Tant à la cuisse qu'aux genoux, Tant à la fesse qu'à la hanche, Qui parurent sur sa peau blanche.
il* Princesse, pour qui mon cerveau Produit toujours du fruit nouveau, Si cette lettre n'est pas telle Qu'elle doive vous sembler belle, J'en demande humblement 1
170 Comme Monsieur fit à Gour
J'ay fait cette lettre lyriaue Le dix-et-sept du mois bachique.
APOSTILLE
Les Turcs, hommes trés-belliqueux, Ont trouvé de plus mauvais qu'eux.
17$ Ces cens, de nation hardie, Ont été défaits en Candie
Septembre i6jt. — Livre
A grands coups d'arquebuze et d'arc Par les gais de monsieur Saint Marc.
L'ambassadeur, pour eux , en France, 180 En signe de réjouissance ,
IL Lettre XXXVIIL
En doit Eure un beau jeu ce soir# Qui sera beau sans doute à voir.
On me l'a dit de la manière, Passant ce matin la rivière.
LETTRE TRENTE-HUITIÈME
Du [samedi] 24 Septembre.