‹ La muze historique;Chapitre 88 sur 221 · ÉTUDIÉE · texte numérisé non relu

ÉTUDIÉE

Du beau Phébus, pour cette année, La course s'en va terminée.

Cela fait qu'à prézent les jours Sont tout-à-fait tristes et courts.

$ Or ma lettre, choze certaine.

Sera telle cette semaine :

Car, me sentant indispozé, Mon pauvre esprit n'a pas ozé Faire un éfort de conséquence

10 Pour parler avec éloquence, D'autant que tels éforts d'esprit , Lors-que nous couchons par écrit , Echaufent le sang dans les veines Et nous donnent d'extrêmes peines.

15 Excuzez donc l'infirmité Et du temps et de ma santé, Qui maintenant est en déroute.

La prézente épître, sans doute, Venant d'un auteur languissant,

20 N'aura rien qui soit ravissant ;

Mais, quoy qu'elle n'ait rien qui plaize, Par conséquent un peu mauvaize Et d'un assez simple entretien, Elle vaut pourtant mieux que rien.

35 Ces jours passez, en cette ville , Des gens, jusqu'à plus de cent mille, Assûroient que le Cardinal En carosse ou bien à cheval, En brancard ou bien en litière,

)o Avoit traversé la frontière, Et qu'étant sorty de Dinan , Il n'y retourneroit d'un an.

Chacun de bond et de volée En dizoit lors sa râtelée,

5j Et moy, passant sur le Pont-Neuf, Je vis environ vingt-et-neuf Ou trente courtauts, cerne semble, Tenans un consistoire ensemble, Qui d'en parler êtoient ravis ,

40 Mais tous de diférens avis.

Quoy qu'il n'ait bougé d'Alemagne, Les uns le envoient en Champagne, Et que Tel avoit dit à Tel Que Tel l'avoit vu dans Rethd;

as Un savetier, nommé Guillaume, Disoit qu'il êtoit à Bapaume; Un autre pauvre roquantin Dit qu'il étoit dans Saint-Quentin; Quelqu'un, ayant mine d'yvrogne,

$0 Qu'il étoit à Sens en Bourgogne; Un mizérable moutardier Dit qu'il étoit dans Mondidier ; L'un dans Chàlons , l'autre dans Troye ; Un à Peronne, et l'autre à Roye;

i$ Un boucher, faizant le mauvais, Jura qu'il étoit à Beauvais , Que auantité de demoizelles Des plus lestes et des plus belles Avoient été certainement

60 Luy faire en ce lieu compliment, Et que deux maréchaux de France Luy fournissoient grande finance , Au lieu de promesse ayans pris Ses diamans de très-grand prix ,

6j Ce qui veut dire, en bon langage, Qu'ils luy prêtoient argent sur gage.

Moy, qui m'ètois aproché d'eux , Quoy que cela fût nazardeux, Je m'en vins tout soudain écrire

70 Ce que j'avois entendu dire.

C'ètoient-là de ces sots discours Qu'on fait à Paris tous les jours, Et qui n'étoient que balivernes Que dizoient des gens de tavernes;

75 Mais, pour la franche vérité, Un provincial m'a conté

. Que le Cardinal, d'assurance, Propozoit son retour en France Pour fortifier son party,

Décembre 1651. — Livre II. Lettre LI.

s© Mais que Bart l'en a diverty, Et que, faizant piteuze trongne, Il a rebroussé vers Colongne.

Le fils de monsieur Gobelin Épouza, dimanche au matin,

8s Une agréable demoizelle Que l'on m'a dit être assez belle Et d'un esprit doux et civil , Fille du lieutenant civil.

On croit qu'ils feront bon ménage,

90 Mais je n'en sçay pas davantage.

Saint-Luc, ayant forcé Moissac, A mis la garnizon à sac , L'ayant fait sans mizéricorde Passer par Pêpée ou la corde.

9t Un party des gens de Marsin N'ont eu guéres meilleur destin , Car on en tua trente-et-quatre , Et presque autant, n'ozant combatre, Implorèrent de tout leur cœur

100 La compassion du vainqueur, Qui les enferma comme esclaves Dans des greniers et dans des caves.

Maillard n'est point encor pendu , Et ce qui l'en a défendu,

105 C'est qu'avec raizon ou par ruze Plusieurs personnes il acuze Etre auteurs de sa faction, Qui sont gens de condition, C'est-à-dire de longue-robe,

1 n Et c'est enfin ce oui dérobe A l'infâme nœud a'un licou Son trés-malheureux chien de cou.

La Parque, ayant détruit l'écorce Du vieil maréchal de la Force ,

. 1 j A mis tous ses enfans en dueil Et ses ossemens au cercueil.

Certes, je plains ce personnage, D'avoir sur la fin de son âge , Avec un cœur plus dur qu'airain ,

1» Tourné le dos au souverain.

Si la mort eût glacé ses veines Plutôt de neuf ou dix semaines, Il n'auroit pas faussé sa fby Et fût mort serviteur du Roy.

«M Jeudy, pour piteuze nouvelle, On nous dit que Mademoizelle ( Et ce fut Descars qui le dit )

Etoit gizante dans son lit ,

Malade d'un grand mal de gorge, 1 ?o Ne buvant plus que de l'eau d'orge ,

Que l'on croit être un aliment

Qui rafraîchit extrêmement.

C'est dommage que Son Altesse ,

En sa florissante jeunesse, 1 *$ Elle qui chérit tant le bal ,

Ressente le plus petit mal.

Le Ciel , avec vigueur et joye,

Sa santé bien-tôt luy renvoyé !

C'est d'un zélé vrayment parfait 140 Que je luy fais ce beau souhait.

C'est une belle et bonne fille

Et d'assez passable famille ;

D'ailleurs , je luy suis obligé,

Car, sans mentir, autrefoys j'ay us Receu des biens et bornez d'elle ;

Et, quoy que haute demoizelle,

Elle m'a dit cent fois bon-jour,

Tant en son logis qu'à la Cour,

Et mesmes, passant par la rue, i$o Cette princesse me salue

Avéques gracieuzeté.

Qui vid jamais telle bonté?

L'éçouze à monsieur de Fosseuze, Marçiuize aymable et vertueuze ,

1 5$ Et si jeune qu'on penseroit Qu'encor pucelle elle seroit (Quoy qu'elle ait fait, sans rien rabatre, Des enfans déjà jusqu'à quatre , Sans que son teint blanc, frais, uny,

1S0 En soit aucunement terny ), Sa grossesse privant à terme, Se plaignit, jeudy, fort et ferme ; Mais, après maints douloureux cris Par qui les cœurs sont atendris,

iéj Quand le petit enfant aborde, Sçavoir: « Mon Dieu! mizéricorde!

Aye ! je n'en puis plus! je meurs! »

Et d'autres semblables clameurs, Elle mit au monde une fille.

170 Qui, sans doute, sera gentille, Car tous les enfans qu'ils ont faits Ont les charmes et les atraits D'une beauté trés-singuiiére , Grâce ordinaire et coûtumiére,

175 Et oui dure encor jusqu'icy, Au Deau sang de Montmorency.

Une colique assez cruelle , Troubloit tant soit peu ma cervelle, Et me cauzoh des maux divers

La Muzk historique. — Décembre 1651.

180 Durant aue j'êcrivois ces vers, Elle m'aoatoit le courage Et s'opozoit à mon ouvrage :

Mais j'ay surmonté sa rigueur, Et je vous ay fait de bon cœur,

■Sf 0 Princesse que Dieu bénisse !

Cette espèce de sacrifice, Qu'il vous plaira de recevoir Comme un éfet de mon devoir.

En décembre, le vingt-et-quatre, 190 Ayant ma colique à combatte.

LETTRE CINQUANTE-DEUXIÈME

Du [dimanche] 3 1 Décembre.

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