‹ La muze historique;Chapitre 9 sur 221 · DIVERSIFIÉE · texte numérisé non relu

DIVERSIFIÉE

Fille de grande renommée , Princesse en tous lieux estimée, Moy, qui pour vous fais le métier De rimeur et de gazetier,

j Quoy que mes vers et mes nouvelles Soient, la plus-part, des bagatelles, Et que j'ignore tout de bon Si vous vous y plaizez ou non, Je vous en envoy'ray sans cesse,

10 Jusques à tant que Vôtre Altesse, Se lassant enfin de cela , Me dize : « Arêtez-vous, holà. »

Quand je vous rens quelque service Il n'est rien qui tant me ravisse ;

15 Sans mentir, je m'en sçay bon gré , Car j'honore en si haut degré

Vos vertus et vôtre naissance

Qui vient du plus beau sang de France,

Que je suis tout persuadé,

20 Comme d'un point bien décidé, Qu'il n'est point de meilleure afaire Que vous ot)éir et vous plaire, Et quiconque y réussira , Je croy que bien s'en trouvera :

as Chacun par-cy par-là vous vante D'inclination oien-faizante, Et que vous agissez si bien Qu'on ne vous sert jamais pour rien.

Mais revenons à nos nouvelles ;

jo En voicy donc de telles-quelles.

L'autre soir le coadjuteur,

La Muze historique. — Juin 1650.

Pasteur, docteur, prédicateur, Et Beaufort, son grand camarade, Furent ensemble en promenade

îj Tous deux à pied sur le Pont-neuf, Chacun ayant un habit neuf.

Le bon bourgeois (par parttntaize) Les voyant , ôtoit ravy d'aize.

Enfin , se faizant un peu tard

40 Et voulans faire bande à part, Ces deux amis se séparèrent; Dedans la main ils se touchèrent, Et se firent civilement L'un à l'autre un beau compliment,

4S Compliment qui levoit la paille, Et qui n'êtoit point de canaille.

Le prélat, partant de ce lieu , Dit à Beaufort: «Héros, adieu.»

Et l'autre dit : « Adieu, l'illustre. »

fo Ce qu'entendant maint et maint rustre, Loua fort ce couple fameux Qui s'êtoit promené comme eux , Et qui receut , à testes nues , Cinq cens révérences cornues ,

s s Spécialement le blondin , L'ame et l'amour du citadin.

On dit pourtant, de place en place,

Que la petite populace

Ne fait plus voir pour Sa Grandeur 60 Tant d'amitié ny tant d'ardeur,

Croyant qu'il ait intelligence

Maintenant avec l'Eminence.

Je ne sçay pas bien si l'on ment,

Mais je fis ce raizonnement *s Dedans ma précédente lettre ,

Où je ne voulus pas obmettre

Que cela ferait auelque tort

A mondh sieur duc de Beaufort.

Icy l'on dit un cas étrange , 70 Et qui n'est guère à la louange Du joly sexe féminin , Qu'on croid eue doux et bénin :

C'est d'une femme assez féroce Qui , la propre nuit de sa nopce , 75 En diablesse se mutina, Son cher époux égratigna , Et luy dit mainte grosse injure.

Luy, qui l'aimoit outre mezure , Soufrit sagement sa rigueur, 80 Et la nomma cent fois «mon cœur».

Elle ôtoit fort jeune et fort belle :

Il êtoit donc fort piqué d'elle, Et déziroit avec douceur En devenir le possesseur;

8; Mais enfin elle fût si folle Qu'elle le mordît par Pépaulle , Dont le pauvre amant irrité , Se voyant ainsi rebuté, Sortit sans obtenir victoire.

90 C'est ainsi que finit l'histoire.

Moy, qui chéris ce sacremant Comme un lien doux et charmant.

Si je croyois de certitude Que chaque femme fût si rude,

9s II est infaillible et constant Que je ne l'aimerois plus tant.

Hier un bruit courut les nies , Qui, je croy, décendit des nues (Car on n'en pût sçavoir l'auteur) ,

100 Qu'on avoh de belle hauteur,

Par quelque frondeuze ordonnance , Arête Monsieur l'Eminence.

Pluzieurs grandes troupes de gens, Sans crainte d'archers ny sergens,

ioj Les artizans dans les boutiques, Les huguenots, les catholiques, Carosses, cavaliers, piétons, Aveugles marchans à tâtons , Pauvres , riches , mâles , femelles ,

no Gueuzes, bourgeoizes,demoizelles, Petits et grands , jeunes et vieux , Paroissoient tout-à-fait joyeux; Mais le cher motif de leur joye , Comme un conte de la mère Oye,

nj Se trouvant fabuleux et faux , Ils devindrent tous bien penauts.

Les progrès du party des Princes Dedans trois ou quatre provinces Sont des sujets trop sérieux,

120 Et vous aprendrez beaucoup mieux Ces très-importantes afaires Par les soins de vos secrétaires, Qui vous adressent maint paquet , Que dans le vulgaire caquet

135 D'un simple et burlesque langage, Qui n'est pas propre -à tel message.

Princesse , il faut conclure donc ; Aussi bien un discours plus long Epuizeroit ma pauvre veine.

i*o Adieu, jusqu'à l'autre semeine.

Juin 1650. — Livre I. Lettre VI.

LETTRE SIXIÈME

Du [samedi] 18 Juin.

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