‹ La muze historique;Chapitre 90 sur 221 · IJ · texte numérisé non relu

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Je ne devois pas oublier, Mais dès l'autre mois publier ' (Car c'est assez plaizante choze) Que le sieur Gazetier en proze , Autrement monsieur Renaudot, En donnant un fort ample dot, Pour dissiper mélancolie , A pris une femme jolie , Qui n'est encor qu'en son printemps, Quoy qu'il ait plus de septante ans.

Pour avoir si jeune compagne, Il faut qu'il ait mis en campagne Multitude de ces louis Par qui les yeux sont éblouis ; Car cette épouze, étant pourvue D'atraits à donner dans la vue Des plus beaux et des mieux peignez, Ne l'a pas pris pour son beau nez.

Monsieur Scaron , dit-on , se pique De transporter dans l'Amérique Son corps maigret , foibie et menu , Quand le printemps sera venu, Et que l'aimable sœur Céleste, Qui pour l'esprit en a de reste , Doit être aussi , sans manquement, Comprise en cet embarquement.

Si ce dessein il exécute Pour le mal qui le persécute.

Et qu'en ces Deux allant perclus Il revienne et ne le soit plus, Il agira très-bien de faire Un voyage en l'autre hémisfére ; Mais si ce n'est pour ce sujet,

Il doh oublier ce projet

Et s'éforcer , dans sa soufrance ,

A divertir toute la France t$$

Par ses ouvrages enjouez ,

Qui certainement sont douez

D'un si fin et riant burlesque

Que tout autre écrivain grotesque

Auroit tort si monsieur Scaron

N'êtoit son saint et son patron,

Car enfin c'est Tunique source

D'où le burlesque a pris sa course.

Si , maintenant que je suis mal , 180 J'étois comme luj jovial, 105

Infailliblement mon ouvrage

Agréroit cent fois davantage ;

Mais Dieu n'a donné ce prézant

Qu'à cet esprit archi-plaizant , i8j Qui , pour être joyeux malade ,

N'a ny pardi ny camarade.

Ce n'est pas sans dificulté Que Phébus cecy m'a dicté, D'autant que mon infirmité » M'avoit l'esprit déconcerté.

Mais j'ay rêvé, j'ay médité , J'ay tourné c6té sur côté,

— Décembre 16$ 1.

Et, malgré mon infirmité, J'ay cet ouvrage fagoté :

Car, 6 Princesse, ayant été Par un de vos gens vizité, De par vous chez-moy transporté, Pour aprendre de ma santé, Cela m'a fort réconforté, Et le cœur au ventre bouté.

Pour dire aussi la vérité, C'est avoir bien de la bonté; Or plaize à la Divinité Payer ce trait de charité D'une longue prospérité, Car vous l'avez bien mérité.

Fait en robe et bonnet de chambre Le dernier du mois de décembre.

Apostille.

La Mort n'a point donné d'entorce 110 Au vieil maréchal de la Force; Ceux qui le dizoient avoient tort.

Car il n'est pas encore mort.

PIN DE LA SECONDS PARTIE DE LA MUZt HISTORIQUE ANNÉE 165I.

LA

M UZE H ISTORIQJJE

OU

RECUEIL DES LETTRES EN VERS

Contenant les Nouvelles du temps

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