‹ La muze historique;Chapitre 91 sur 221 · RENAISSANTE · texte numérisé non relu

RENAISSANTE

P WNCissi aimable et débonnaire , Dont je sois le pensionnaire, Je dis , calculant par mes doigts, Qu'au troiziéme au premier mois

j De l'année encor toute neuve , Peste de Sainte-Géneviéve , Vous quhâtes le logement Dont vous étiez tout l'ornement, Et partîtes de cette ville

10 Pour à monsieur de Longuevillef Dedans la ville de Rouan, Aller diTe bon-jour, bon an.

Là, l'un et l'autre , ce me semble, Formerez une cour ensemble

'I Dont les charmes et les apas Sans doute ne déplairont pas.

En ce lieu les belles Normandes»

Par plusieurs et diverses bandes , Comme aussi messieurs les Normans,

» Ne manquent point de complimans Pour exprimer à Vôtre Altesse Combien grande est leur allégresse Et douce leur félicité De vous lorgner dans leur ché»

*i Des demoiselles de la ville.

L'une vous parottra civile,

Une autre qui vous agréra Dira bien ce qu'elle dira ; L'une sera provinciale,

jo L'autre tant soit peu Martingale; L'une aura tous les vieux atours Qu'elle ne porte qu'aux bons jours, L'autre, aussi bien que sa soubrette, Sera bien mize et bien proprette,

15 Et quelqu'autre, à n'en mentir point, Sera bourgeoize au dernier point.

Or d'entre elles les diférences A vous faire des révérences, Tant en entrant comme au sortir,

40 Pouront un peu vous divertir.

Mais, pour revenir aux nouvelles , Voicy quelques-unes de celles Que maintenant prés des tizons On débite par les maizons :

Un colonel nommé la Miche, Grand mangeur de soupe et de miche , Fléau des païzans et bourgeois , Et, pour tout dire, uh vray Liégeois, Avoit sourdement en Holande , Et mesme aussi dans la Zé^inde , Levé sept ou huit régimens

La Muzk historique, — Janvier 1652.

D'assez dangereux garneraens, Pour dans les Gauloizes provinces Guerroyer en faveur des princes;

u Mais, sur le point tout justement Qu'ils faizoient leur embarquement, Quelques personnes de police Furent trouver cette milice Pour sçavoir par quel ordre exprés

fo Ils avoient fait tous ces aprêts.

La Miche alors devint plus blême Qu'un comédien de carême, Le trouble parut sur son front, Et, craignant un plus grand afront,

6s Ne sçacnant que répondre et dire., Sauta de navire en navire , Et si chaudement s'éfroya Qu'en s'enfuyant il se noya , Si bien que toute sa cohorte,

70 Ayant quazi la gueule morte , Défila trés-souaakiement.

Ainsi le susdit armement, Coûtant en armes et bagage Vingt-mille écus et davantage ,

7S En moins de rien se débanda, Et voilà ce qu'on m'en manda.

La Provence d'un zélé extresme Veut r'avoir monsieur d'Angoulesme , Et l'on dit que les mesmes gens

80 Qui parurent si diligens A chasser de cette province Ce trés-fidéle et brave prince Sont ceux-là mesmes qui pour luy Ont plus de tendresse aujourd'huy ;

8( Puis , fiez-vous à cette race Qu'on apelle la populace.

O vous, Grands, qui vous y fiez, Et vAtre espoir fortifiez Sur leur amour ou sur leur haine ,

*> Que vAtre confiance est vaine 1 Et que ce corps grand , mais brutal, Est un inconstant animal 1

Atropos a coupé les trames De trois sages et saintes dames ,

9$ Clermont, Barillon, Lamoignon, Toutes trois ayans le renom De n'avoir point d'autre exercice Que de faire la guerre au vice Et répandre de tous cAtez

100 Des bien-faits et des charitez; Et l'acte est d'autant plus atroce De la Mort, beste trés-féroce, Que des femmes de probité

Et d'une éminente bonté, 105 Comme les trois que j'ay nommées, Sont icy-bas bien clair-semées.

Monsieur Gaston, l'oncle du Roy, De soy-mesme prenant employ, Aux dépens de fort grosses sommes,

no Devoir lever douze mille hommes, Dont Beaufort, prince martial, Serait lieutenant général ; Mais la finance est si très-rare, En ce temps maudit et barbare,

uf Qu'il ne peut pas, pour ce sujet, Efectuer son grand projet.

On dit pourtant parmy les rues . Qu'il fait quantité de recrues A «es troupes et régimans .

iao Tant de François que d'Akmans; On dit que monsieur de VendAme, Pour le salut de ce royaume , Dans fort peu prés de luy viendra, Et ses gens aux siens il joindra ;

tas Mais la paix, quoy qu'un peu fouiée, Serait cent fois plus dézirée.

Dans le variable journal De la marche du Cardinal, L'opinion la plus commune,

i)o C'est que mercredy, sur la bnme, Il vint coucher dans Sillery, Puis alla loger à Méry ; Et maintenant, ce dit l'histoire, Il a déjà passé la Loire,

115 Et trote par monts et par vaux Avec mille et cinq cens chevaux Et quatre canons de campagne , Monté sur un génet d'Espagne, De dessus lequel il tomba

140 Mardy dernier et s'embourba, Mais s'embourba de telle sorte Que sa belle et nombreuze escorte Receut au cœur un grand sursaut De voir un si périlleux saut.

145 Mazarin, en cette avanture, Fut mal-traité de sa monture, Et ce meurtre que tant d'aréts Et de gais piquez d'intérêts Jusques icy n'ont pu parfaire ,

150 Son cheval seul le pensa faire.

Depuis que le bruit est épais Dans Paris et de toutes parts Que ledit Jule fait voyage Ala Cour en grand équipage,

Janvier 1652. — Livre III. Lettre I.

in Quelques messieurs du Parlement Parient, dit-on, plus doucement.

Tel qui dizoit brocards étranges A cette-heure en dit des louanges ; Aucuns qui pestoient contre luy

i<o Sont fort adoucis aujourd'huy ; [me ! » Tel qui dizoit : « Faut qu'on l'assom- Dit à prézent qu'il est bon-homme ; Tel qui dizoit : « Le Mascarin, Le Mazarin, le Nazarin »,

i<j Avec un ton de révérence

Dit maintenant : « Son Eminence» ; Et bref, d'autres qui partaient mal Dizent : « Monsieur le cardinal. »

0 les âmes foibles et vaines !

170 0 les fragilitez humaines !

Un garnement à cerveau creux, Un scélérat, un mal-heureux ;

Un pendard , nommé Théophile ,

Projetoit de piller la ville 17) Et prendre les fortes maizons

Pour 7 mettre des garnizons ;

Il muKuetoit , vaille-oue-vaille ,

Tous Tes crieurs d'huitre-à-1'êcaille,

Maint vagabond, maint fainéant, ife Enfin tous les gens de néant,

Et sur-tout ces âmes bourues,

Ces coquins crians dans les rues

Des libelles séditieux

Pour débiter aux factieux, ils Ils dévoient enlever des filles,

Rançonner les grosses familles,

Et ravager tous les bureaux

Pour prendre les deniers royaux ;

Mais enfin l'on a mis en cage 190 Ce ridicule personnage.

Je ne croy pas trop tout cecy,

Mais pourtant on le dit ainsi.

De Pologne l'illustre reine, Par ses vertus mieux souvereme i9i Que par l'éclat êtincelant De son diadesme brillant ,

Cette reine aimable et courtoize , Cette généreuze Françoize, Par un instinc judicieux

mo Qui rendra son nom glorieux Dans tous les cantons de la terre, Donne à la reine d'Angleterre Un riche prézent, consistant En cent mille livres comptant,

905 Action vravment libérale Et digne a'une ame royale.

Justement vendredy dernier, L'agréable et belle Garnier, D'autant de doux atrahs pourvue

no Qu'autre qu'on ait de long-temps vue, Pressentant que son amoureux, Scavoir monsieur de Champlâtreux, N'étoit pas assez plein de zélé Pour faire union avec elle

115 Et posséder son corps charmant Comme époux, et non comme amant, Quoy que dans le monde adorée , En un convent s'est retirée , Ayant dessein , dans ce saint lieu ,

220 De faire un sacrifice à Dieu De mille ravissantes chozes.

Adieu donc ses lis et ses rozes, Adieu la grâce et les apas Qui l'acompagnoient pas-à-pas,

225 Adieu ses beaux yeux pleins de fiâmes Qui reçnoient sur quantité d'ames :

Les voilà maintenant reclus. Hélas! ne les verrons-nous plus?

Je finiray par cette histoire , 2)0 Car je m'en vais à l'Oratoire; • Ou bien en quelque autre samt lieu , Pour ouïr messe et prier Dieu*

Fait cette lettre renaissante L'an deux et mil six cens cinquante , 2)f Le septième du prézent mois.

Jour justement a'aprés les Rois.

La Muzb historique. — Janvier 1652.

LETTRE DEUXIÈME

Du [dimanche] 14 Janvier.

P0MPEU2E.

La princesse de Longue ville, Ayant party de cette ville Letroiziéme du nouvel an Pour se transporter à Rouan

5 Afin d'v voir ce noble père Dont eue est la fille trés-chére, Fut quatre jours par les chemins Sans voir nj rozes nv jasmins , Mais des fhmats et des gelées,

10 Des montagnes et des valées, Et des vents froids venans du Nord, Qui l'incommodèrent très-fort ; Mais, quand cette princesse sage Fut amvèe à Rhotomage ,

if Ou Rouan, pour mieux m'expliquer, Son ame se sentit piquer D'une ravissante allégresse, Voyant une nombreuze presse, Avec grands aplaudissemens,

>o Montrer leurs joyeux sentimens Et crier haut en chaque rue Qu'elle êtoit la très-bien venue.

Les cloches, d'un aimable ton, Carillonnèrent, ce dit- on,

25 Et la grosse George-d'Amboize, Qu'on entend quazi de Pontoize Et qu'on ne sonne qu'aux bons jours, Presque étourdit jusjques aux sourds; Tambours, hauts-bois, flûtes, trompet-

)o Bombardes, mousquets, escopettes,[te$, Boétes , saussissons et pétards, Rétentissoient de toutes parts; Puis , quand la nuit tut sombre et coye, On fit mille beaux feux de joye;

'( Diverses blindes et santez Eurent vogue de tous cAtez, Et l'on bût en toute famille Celle du père et de la fille.

C'est après pluzieurs que je dis 40 Que Rohan, Saint-Geran, Sourdis, Et tout plein encore d'autres hommes,

Tant ignobles que gentils-hommes, Ont, malgré nos plus saintes loix, Pris le party des Bordelois.

4j 0 François! ne vous en déplaize, Que par vous l'Espagnol est aize! Ce que vous faites aujourdliuy, C'est proprement agir pour hiy ; Tous vos projets imaginaires

50 Ne font qu'avancer sts afaires, Et, toutefois, le cas est tel Que c'est nôtre ennemy mortel, Qui voudrait tous nous faire esclaves.

A quoy songez-vous donc, mes braves?

15 Tout de bon, ne vous flatez point, Méditez un peu sur ce point :

Puisque le monarque du Tage, Pour fortifier davantage (La peste soit des bazanez !)

60 Le beau party que vous prenez, Fournit à vous et vos cabales Pluzieurs millions de réaies , Navires , canons et boulets , Munitions, chevaux, mulets,

65 Gens de mer et gens de campagne, N'est-ce pas le party d'Espagne ?

Princes, ducs, comtes et marquis, Qui tant d'honneur avez aquis Quand vous avez servy la France,

70 Pardonnez à ma remontrance, Ne prenez pas à la rigueur Le zélé que j'ay dans le cœur :

Il ne peut profiter ny nuire ; . Mais, voyant cet estât flêtruire

75 Qui devrait être à tous si cher, Je ne puis, certes, m'empêcher, Avec une face blêmie, De faire un peu le Jèrémie.

Soit que l'on fasse bien ou mal, 80 Des beaux livres du Cardinal On fait une vente publique , Et dans Paris chacun se pique

Janvier 1652. — Livre III. Lettre II.

D'aller voir ce triste débris

Qui déplaît fort aux beaux esprits.

15 Dedans cette bibliotéque Tous les auteurs en langue gréque Etoient en nombre fort nombreux ; Les Syriaques , les Hébreux, De l'impression plus antique,

90 Y tenoient un rang autentique; Infinis tomes en latin; Par exemple , saint Augustin , Saint Hierosme et tous les saints Pérès, S^ voyoient en beaux caractères ;

w On y trouva sept cens romans, Les uns sots, les autres charmans, Cinq cens cinquante comédies Et trois cens trente tragédies.

Les philozofes, les docteurs,

100 Et lesanciens orateurs, En grand et prodigieux nombre, Illecserepozoient à l'ombre, Comme aussi maint auteur nouveau , L'un en chacrin et l'autre en veau;

iof Et mesmes (peut-être pour rire) Un mien amy m'est venu dire Et me jurer sa foy-de-Dteu Qu'il avoit vu dans ledit lieu , Entre deux livres arabesques ,

no Le recueil de mes vers burlesques, Qui par l'impression passa Depuis cinq ou six ans en ça.

Mais enfin cette librairie N'est plus rien qu'une pillerie :

nj Tel vient ofrir deux quart-d'êcus De ce qui vaut deux cens êcus , Tel emporte dessous sa robe Cinq ou six auteurs qu'il dérobe Sans crainte d'archers ny prévôts,

120 Et, pour tout dire en peu de mots, Records, sergents et commissaires, En sont les bibliotéquaires.

Deux conseillers, vers Montereau, Par un employ pour eux nouveau

nj Ayans soulevé aix villages Pour disputer quelques passages Aux troupes dudit Cardinal, Leur dessein réussit si mal Que l'un fiit prizonnier de guerre

«jo Et l'autre fut porté par terre , Dont le Parlement allarmé, Et plus que jamais animé , Fît, jeuay, grandes doléances, Et mesme aussi des ordonnances

m Ou des arèts réitérez,

Par lesquels furent déclarez Trés-cnminels et criminelles, Sçavoir tous ceux et toutes celles Qui voudraient protéger un brin 140 Ledit cardinal Mazann.

On n'a jamais vu dans l'histoire De si fréquens coups d'êcritoire, Et toutefois jamais l'Estat Ne fut en si piteux estât. '

145 Je viens tout-à-l'heure d'aprandre Par quelqu'un que ledit esclandre Ou défaite de conseillers, Habillez lors en cavaliers, A beaucoup prés ne fut pas telle

ijo Comme le prônoit la nouvelle, Et que monseigneur d'Hoquincourt, Quoy qu'ils fussent en habit court, Bien loin d'être un vainqueur terrible, Leur fut gracieux au possible,

in Et doucement les mitonna Bien plus qu'il ne les étonna.

Vendredy, vers la matinée, Dedans Paris fut r'amenée La dame comtesse d'Harcourt,

160 Qui se vid arêter tout-court, Comme elle alloit à la campagne , Par gens vêtus de drap d'Espagne , Et cela, dit-on, fâcha fort Monseigneur le duc de Beaufort,

iéj Qui, d'une façon trés-civille, I/alla voir dans l'Hôtel-de-Ville, Luy montra bien de la bonté Et la remit en liberté, Dizant que l'Altesse Royale

170 Dézavoûoit cette cabale, Qui sans son ordre avoit agi ; Qu'il en avoit un peu rougi, Et qu'il est trop bon et trop sage Pour consentir à tel outrage.

17$ La dame, après cette raizon.

Se retira dans sa maizon.

Le lendemain, Mademoizelle, Humaine et courtoize envers elle, Son beau carosse luy prêta ,

180 Qu'une grande suite escorta A quelques stades de la ville , Jusqu'en un certain domicilie Assez beau, clos et bien couvert, Apartenant à Maurevert.

185 Au logis de Mademoizelle La compagnie est toujours belle;

202 La Muzb historique

Le monarque Angiois, chaque jour, n s

Y fait le mieux qu'il peut sa cour, Comme aussi monseigneur son frère,

190 Mais pas si gay qu'à l'ordinaire ;

Enfin , en ce palais d'honneur,

On a ce merveilleux bon-heur

De s'y réjouir d'importance

Et mieux qu'en pas-un lieu de France : 195 Comédie ou bal, en tout temps,

Y rendent les esprits contens ; Au chagrin on y feit la moue, nj Et tous les soirs presque on y joué A ce jeu plaizant et gaillard

300 Qu'on apelle colin-maillard.

C'est assez rimé pour cette-heure ; Je suis las d'écrire, ou je meure.

Vers enfantez tout de nouveau De mon imbécile cerveau , 20 s Allez trouver en Normandie L'Altesse à <fui je vous dédie, Pour tâcher à la divertirl Partez, il est temps de partir.

J'ay fait auprès du feu cecy, aïo Le quatorze ae ce mois-cy.

APOSTILLE

J'ay sceu que la belle Guerchy, Dont j'ay pluzieurs fois enrichy Le renom d'aimables louanges, Jusqu'à la comparer aux anges,

MS

— Janvier 1652.

Ne faizoit que me menacer, D'autant que j'ay, sans y penser, Dans une assez vieille nouvelle, Parlé du Commandeur et d'elle.

Pourquoy s'iriter sur ce point ?

La raizon , je ne la sçay point :

Je n'ay pas, touchant cette afaire, Aucunement crû luy déplaire.

En quoy suis-je tant indiscret?

Cela n'est pas dire un secret :

Chacun sçah l'amour grande et forte Que le susdit seigneur luy porte; Mais son but est le sacrement, Il n'ozerok faire autrement.

Sa passion est honorable :

Si a'en parler on est coupable, Tout Paris et toute la Cour Sont donc criminels à leur tour Et chargez de mesme disgrâce; Et pourtant moy seul on menace De par ce bel ange ennemy !

Or moy, je luy dis en amv, Auparavant que faire insulte, Que sa prydence elle consulte, Oue je l'en suplie ; autrement, J'en atendray l'événement.

Et j'ajoute encor ces six lignes.

D'autant qu'elles m'en semblent digne:

Quoi ! cette belle est à la Cour Qui raille la nuit et le jour, Sans que nulle ame en soit marie!

Tout le monde elle raillera Et n'entendra point raillerie !

Hé ! qui diable donc l'entendra i

Janvier 1652. — livre III. Lettre III.

iOJ

LETTRE TROIZIÉME

Du [dimanche] 21 Janvier.

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