‹ La muze historique;Chapitre 96 sur 221 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

Maintenant que tous sont dévots , Jusques aux archers et prévôts , Je ferais une faute énorme Si mon stile n'êtoit conforme

s A la sainteté de ce temps ; Et vous avez trop de bon sens , Grande Princesse, pour permettre Que je vous écrive une lettre D'un jargon aussi jovial

10 Que si c'était au Carnaval :

Celle-ci donc, par intervale, Aura auelque peu de morale Et de l'histoire en quelques lieux, Et le tout assez sérieux.

jj Gaston, son épouze et sa fille, Et pluzieurs gens de leur famille , Alérent dimanche au sermon D'un homme d'assez grand renom, Nommé, si j'ay bonne mémoire,

» Le Boux , Père de l'Oratoire , Fort en vogue, et par conséquent Prédicateur très-éloquent.

H fit, à ce qu'on dit, merveilles, Et remplit toutes les oreilles

'* De pluzieurs beaux enseignerons Et de doctes raizonnemens ; H dit roesme à ce Fils-de-France , Que l'on avoit grande espérance Qu'il metroit fin à nos mal-heurs,

30 Qui cauzoient par-tout tant de pleurs ,

Et que la bonté sans égale De sadite Altesse Royale Serait enfin d'opinion D'une sainte réunion.

3$ Dieu le veuille, Dieu le perméte I Voilà tout ce que je souhaite.

Pluzieurs autres rares esprits Prêchent aussi dedans Pans, Entr'autres le gros Père George,

40 Qui s'échaufe souvent la gorge Pour avertir le citadin Qu'il n'est nullement Mazarin.

Il court un bruit parmy la ville, Que ledit Père avoit fait gîle

4j De ce mois le neufiéme jour, Par un ordre exprés de la Cour ; Mais , comme il n'est jamais plus aize Que quand il monte dans la chaize, Ne faizant pas beaucoup d'estat

50 De ce commandement d'Estat, Il fait encoar avéques gloire Sa fonction prédicatoire, Il cite hébreu, grec et latin, Saint Ambroize, saint Augustin ,

55 Saint Hiérosme, saint Chrisostdoie, Saint Paul, le Déutéronome, Les Proverbes de Salomon Et le Paralipomenon.

0 vous chrestiens 1 6 vous chrétiennes !

60 0 Pariziens et Pariziennesl

224 La Muze historique. — Mars 1652

Qui de ses sermons atrayans Paraissez tout-à-fait frians, Je vous exhorte donc en frère D'aller écouter ce bon Père.

65 C'est tout son but et son dézir, Et vous luy ferez grand plaizir.

Mailly, demoizelle françoize , Dans la belle cour Polonoize Epouze Schonberg, grand seigneur,

70 Et qui possède avec honneur (Outre qu'il est bonne personne) Un haut rang prés de la couronne.

Quoy que la mignonne n'ût rien, Elle méritoit pourtant bien

7$ La chance qu'elle a rencontrée En cette lointaine contrée :

Car; outre sa jeune beauté, Elle e$t, d'un et d'autre côté, D'une source trés-excélente,

80 Et mesme assez proche parente De ces bergères de renom Qui hantoient les bords de Lignon.

Encor cette semaine mesme, Nonobstant le temps de Caresme,

&t Nos comédiens, déçuizez En bergers bien civilizez, Ont joué dans leur grande sale Une charmante pastorale Des bergères du susdit lieu,

90 Où , sans jurer le nom de Dieu , Je puis très-certainement dire Qu'en ce lieu, destiné pour rire, Allèrent exprés, tout-de-bon, Beaucoup plus de gens qu'au sermon,

9 s Non de condition petite, Mais des personnes de mérite, D'esprit, de naissance et d'éclat, Et des plus grandes de l'Estat.

Ayant de cecy fait lecture, 100 Entendez cette autre avanture :

La maréchale de Ranzau, Dont l'époux est dans le tombeau, Pour comble de ses infortunes, Depuis quatorze ou quinze lunes, 10$ Quoy qu'elle eût encor dans les yeux Des charmes doux et gracieux, Et, malgré son triste veuvage, Tout plein d'atraits sur le vizage, Souhaitant avéque ferveur no Aux pies de son divin Sauveur Consacrer tant d'aimables restes, Entra dans les Filles célestes

Jeudy dernier, et dans ce lieu Se voua tout-à-fait à Dieu.

De Schonberg la noble duchesse, Ma généreuze et belle hôtesse, Dans son carosse l'a conduit En ce saint et sacré réduit, Où l'on receut avéque joye

iao Une si précieuze proye.

Un enfant sevré du teton A qui l'on donne du bon bon , Un amant tout remply de flâme Qui contemple à gogo sa dame ,

m Les écoliers ayant campos, Un paresseux dans le repos, Une pucelle bien parée, Dedans une sale éclairée, Qui , devant trente ou vingt coquets,

110 Danse les doubles Tricotets, Un conquérant comblé de gloire Après une grande victoire, Un gueux revêtu de satin, Un délicat dans un festin ,

ms Et moy, Normand de Normandie, Quand je suis à la Comédie, Parmy tous ces charmans apas, Tous ensemble nous n'avons pas Du plaizir la moindre partie

140 Qu'eut cette belle convertie Quand, bénissant son chaste sort, Elle entra dans cet heureux port Où sa personne bien aimée S'est pour tout jamais renfermée.

14s Des gens de contraire party Avoient le Mans presque investy, * Capitale de la contrée, Avec dessein d'y faire entrée; Mais monsieur Saint-Acnan-Clermont,

ijo Qu'on tient brave, vaillant et prompt, Se jetta dedans cette place Avec deux cens de noble race, Pour défendre remparts et forts Contre toutes sortes d'éforts.

1 j j Quand on eut donc sommé la ville, Les bourgeois, jusqu'à plus de mille, Et tous ces braves défendans Qui s'êtoient enfermez dedans, Et Pévesc[ue dudit lieu mesme,

160 Sans avoir le vizage blesme, Dirent : « Tournez ailleurs vos pas, Car on ne vous ouvrira pas. »

Les troupes, oyans ce langage, S'êpahdirent par maint village!

16$ Audit Clermontapartenant,

Mars i6$2. — Livre III. Lettre XL

Où tout est détruit maintenant; Et, pour tirer aussi vengeance De la fidelle rézistance Que l'évesaue leur avoit fait, 170 Prenant cela pour un forfait, Tous ses sujets ils molestèrent; Ce qu'ils purent ils remportèrent, Et pillèrent jusqu'aux jardins De la maizon des Laverdins.

17$ Pluzieurs autres chozes se dizent Qui la plus-part se contredizent.

Quand on parle de Miradour, Ceux de la Fronde et de la Cour Sont opozez sur cette histoire,

ito Chacun prétend à la victoire.

Chez monseigneur de l'Hôpital , .

Cela pour les Gascons va mal ; Sur le Pont-Neuf, c'est le contraire, Et ses chantres, à l'ordinaire,

18) Chantent les soirs et les matins Des défaîtes de Mazarins, Ne se passant nulle semaine Sans en crier une douzaine.

Mais, de ces bruits faux ou douteux,

190 Le Temps, qu'on nomme le boiteux En toutes sortes de manières, Nous en donnera des lumières.

Il court un bruit, en divers lieux, Dont les frondeurs sont peu joyeux,

19$ Que monseigneur de Longueville, Dedans Rouen, la bonne ville, En prézence du Parlement, S'étoit déclaré hautement Du Roy serviteur trés-fidelle.

300 C'est une assez bonne nouvelle.

Durant ce temps très-rigoureux , Où l'on voit tant de malheureux , La Charité de saintes fiâmes Remplit tout plein de grandes dames, »s Et pluzieurs a'entr'elles, dit-on , Dont est l'épouze de Gaston, De compassion excitées,

Souvent, en trois rafles comptées, Se plaizent à jouer joyaux

a 10 De très-rare prix et fort beaux, Dont l'on donne l'argent en suite, Par une pieuze conduite, Non à ces gros gueux de Paris, Qui sont si gras et bien nouris,

ai 5 Mais aux pauvres de la Champagne, Ruinez par les gens d'Espagne ; Et mesmes hier à Luxembour (De Paris à prézent la Cour) On joua, choze trés-certeine,

aao Un très-beau cabinet d'ébeine, Estimé quatre cens êcus, D'autres dizent encore plus, A dessein que ladite somme Soit partagée à maint pauvre homme.

J'estime fort les procédez De ces joueuzes de trois dez, Soit de la droite ou de la gauche; Voilà la plus sainte débauche Que l'on se puisse imaginer :

a)o Dieu les veuille bien guerdonnner ! Pour publier leur renommée , Chacune icy seroit nommée ; Mais je ne sçay pas bien leurs noms , Leurs qualitez, ny leurs surnoms :

ajj Cela me doit servir d'excuze , Et voilà donc comme j'en uze.

Le Roy, dit-on , n'est plus à Tours Et seroit ici dans six jours; Mais, pour retarder ce voyage,

340 On luy dispute maint passage , • Et la Cour ne peut faire un pas Sans des sièges ou des combats ; Mais toutefois, malgré la guerre, Il vient à Saint-Germain grand'erre ;

24( De pluzieurs gens c'est le souhait. Sage Princesse, adieu, c'est fait; C'est icy la fin de ma Lettre , Jen'ayplus que le date à mettre.

Ecrit le dix-et-sept de mars, 1 350 Dans le cabinet de Descars.

La Muze historique. — Mars 1652.

LETTRE DOUZIÈME

Du '[dimanche] 24 mars.

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