‹ La muze historique;Chapitre 95 sur 221 · NEUTRE · texte numérisé non relu

NEUTRE

A prézent qu'on voit dans le monde, Outrés-grande mizére abonde, Bien plus d'événemens plaintifs Que ae sujets récréatifs,

j 0 Princesse belle et discrette, Excuzez si cette Gazette A vôtre gré ne contient pas De joyeux et rians apas; Il en faut acuzer la guerre

io Qui va mètre l'Estat par terre, Et dont les maux , pour nos péchez, Sont quazi par-tout épanchez.

Mais, nonobstant l'inquiétude Oui se mêle avec mon étude ,

ij J'ay tiré ce discours nouveau Du fin fond de mon creux cerveau.

Quovque monseigneur de Brienne, Dont rame est tout-à-fait chrestienne , Ait mandé par ses messagers

» Qu'on étoit entré dans Angers, A Paris l'on en doute encore , Et, l'autre jour, certain pécore, Qui faizoit bien de l'entendu , Dizant qu'Angers étoit rendu ,

>i Un autre mizérable hère Luy vint soutenir le contraire , Et jura saint Pierre et saint Jean Que monsieur le duc de Rohan Etoit toujours prêt de se batre,

*o Et qu'il faizoit le diable- à-quatre. L'autre dit : « J'ay vu le Courier Qui de cela, dés avant-hier, Aporta nouvelles certaines: »

L'autre dit : « Tes fiévres-jiuartaines !

îî Car j'ay vu lettre, ce matin, D'un rôtisseur, nommé Martin, Qui mande à sa femme Louize, Parente de dame Denize, Qu'Angers réziste toujours fort ,

*> Atendant monsieur de Beaufort, Dont les gens, la valeur et l'ordre

Donnent bien du fil à retordre. »

Pluzieurs autres sortes de gens, Comme clercs, procureurs, sergens,

4$ Professeurs des arts mécaniques, Gens de métiers et de boutiques, Nobles , bourgeois , pauvres t aizez , Sur ce sujet sont divizez ; Mais , quoy que la fureur civille

(o Arache encor de mainte ville La révérence pour les loix Et le respect qu'on doit aux rois , Quelques-uns ont lu dans les astres, Qu'après pluzieurs fâcheux dézastres,

$$ Les deux ont enfin rézolu Que le Roy devienne absolu :

Lors nous reverrons dans la France Le bon-temps, la paix, l'abondance; Mais je croy que ce siécle-d'or

éo N'est pas prêt de venir encor.

L'illustre Reine de Suéde , Qui, comme chacun sçait, possède Un esprit haut et généreux, Des belles-lettres amoureux ,

6$ Ayant apris, des fois plus d'une, Que le sieur comte de Béthune Dans son cabinet de Paris Avoit d'excellens manuscrits , Comme aussi pluzieurs antiquailles,

70 Sçavoir quantité de médailles, Reliefs, portraits, crayons, tableaux, Des plus rares et des plus beaux , A fait propozer audit comte Une somme d'or qui se monte,

7$ Tant en justes qu'en quart-d'êcus, Justement à cent mille êcus, S'il vouloit vendre sa boutique A cette reine magnifique, •

Ou, pour pader un peu plus net,

8o Les pièces de son caoinet.

La propozition est forte, Et pourtant l'histoire raporte

222 La Muzb historique.

Que ledit comte a réfazé tjs

Ce grand prix d'argent propozé, 8j Aimant mieux ses portraits et livres Que d'avoir trois cens mille livres.

Cet astre 'dont l'aspect malin

Répand son funeste venin

Et ses influences félonnes 90 Sur les sacrez porte-couronnes,

Encor qu'ils soient en ce bas lieu

Les saintes images de Dieu ,

Semble menacer cette reine

D'une rébellion procheine 9 $ De ses pernicieux sujets,

Qui , par de sinistres projets,

Veulent, dit-on, en république

Eriger leur pais gotique.

Un mal-heureux particulier, iM Sçavoir un vice-cnancelier,

Taille aussi bien de la bezogne

Au trés-puissant roy de Pologne.

Ainsi l'on voit de tous cotez

Les plus augustes royautez 10$ Pour conserver leurs diadesmes

Avoir des embaras extresmes.

Ces Espagnols, Flamans, Walons, Qui n'ont pas la mule aux talons, Et qui, pour engraisser leur pance ,

no Se sont avancez dans la France Avec des pas si diligens, Sont , ce dit-on , de bonnes gens ; Ils viennent, ce dizent ces braves , Pour nous empêcher d'être esclaves ;

1 1 j Loin d'être fiers et rigoureux , Ils sont courtois et doucereux, Et dizent de belles fleurettes Aux femmes, filles et fillettes, Ils portent de grands chapelets,

110 Tant les maîtres que les valets ;

Siand ils viennent dans un village, ; montrent un bénin vizage , Et cherchent l'éçlize du lieu , Pour aller soudain prier Dieu;

i*5 Bref, leur prûd'homie est extresme, Et mesme on dit qu'ils font caresme.

Je les avois nommez ailleurs Des boute-feux et des voleurs , Mais, comme étant de Normandie,

ijo Je chante la palinodie.

J'êcrivois sur la foy cPautruy ; Je le fais encore aujourd'hui .

Ceux qui viennent de leur armée Leur donnent cette renommée,

. — Mars 1652.

D'autres en parlent autrement, Allégans que cet armement Est un fléau de Dieu qui passe, Que c'est une maudite race, Qu'un jour le Ciel les punira.

Vous croirez ce qu'il vous plaira.

La fille-d'honneur de la Reine Qu'on nommoit la Roche du Meine Dlcéda, dit-on, l'autre-iour; Et, comme elle êtoit de la Cour, Jeune , grasse , charmante et belle, Il faut cure un Pater pour elle.

Les sieurs Saucourt et Longueval, Qui s'entre-vouloient quelque mal, Se rencontrans à la campagne, Poursuivans les troupes d'Espagne, Afin de vuïder leur débat , Firent un assez beau combat.

Je ne sçav d'où vint leur querelle ; Mais, helas! elle fut mortelle, Car, après maint grand coup nié, Longueval enfin tut tué.

On dit que messieurs de Holande S'en vont avoir guerre très-grande Contre ces francs coquins d'Anglois, Détestables boureaux de rois.

L'émulation et l'envie, Deux des bourelles de la vie, Font déjà sentir leurs rigueurs Dans le plus profond de leurs cœurs; Ces deux nations se menacent, Déjà mille desseins ils brassent, Et toutefois leurs diférans Ne viennent que pour des harans..

Mademoizelle de Liniére, Très-riche et trés-noble héritière, Et dont les atraits et les yeux Etoient des chefe-d'œuvres des deux, Quoy que sa grâce sans-pareille Fût une vivante merveille, Digne de mille et mille amouis, Est morte en l'avril de ses jours, De fièvre et petite-vérole, Avec mélange de rougeole; Les vœux que ses tristes amans Faizoient pour elle à tous momans, Les pleurs ny la douleur araére De sa sage et pieuze mère , Sa jeunesse ny sa beauté , N'ont pu fléchir la cruauté

Mars 1652. — Livre III. Lettre XI

16s D'Atropos, la laide meurtrière,

Dont la grande faux carnaciére

Sans choix pousse indiféremment

Jeunes et vieux au monument;

Elle a pris au ciel sa volée, 190 Dont sa mère est trés-consolée,

Car elle a fait, en ce bas lieu ,

Une fin si digne de Dieu,

Que l'on peut dire à sa louange

Qu'à prézent elle est un bel ange,

195 Dont les clairs et briibns apas Ne sont plus sujets au trépas.

0 Princesse que Dieu conserve Et de ces cruels maux préserve, Je veux , ce dimanche au matin, aoo Finir par cette belle fin.

Fait, avec promptitude extresme , Trois jours après la my-Caresmc.

LETTRE ONZIÈME

Du [dimanche] 17 Mars.

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