La Mystique d'Al-azzl
On sait quelle place extniordinairement imp<irlante occu[»e ce théologien dans la dogniati(|ue et la morale nuisiilmanes (1). Le seul titre de son œuvre maîtresse :.l/tyn "itlûm id dm ( Vicificalion des sciencps religiensf*), suffit à faire compiendre que toute sa réforme consiste à substituer aux formules rituelles et tout extérieures, de la religion, l'expérience personnelle, vive et intense, de l'esprit religieux, à donner k la pratique une im[H>rtance plus grande qu'à la théorie, à la morale un développement plus grand qu'à la dogmatique.
Or la morale n'est qu'une préparation, un aclicminement à la mystique. L'union ou communication lie IVune avec Dieu, ohjet de celle-ci, est,
( I ) Le lectear pourra se roa.sei^^'nor sur la biographie de Oazzalî et sur son rôio dans l'histoire de la thC-ologic rousnlman-j, en consulant les livres suivants :
SchM'jLDKRS, Eisaï sur les écolns philosophiques chez les Arabes (Paris, Diilot, IR 12).
Mi'NCK, Mélanges de philosophie juive et arabe (Paris, Frunck, 1850).
MACDO.\.\i.n, The life o/ al-Ghaiinlï ( «Journal of the American Oriental Society », XX (1«09), pp. 71-132).
Asi.N Palacios. Alf/asel : Doginnlldi, Moral y Ascetica (Zaragoza, ('oinas, 1001 ).
Carra de Vaux, llamli (Paris, Alcan, 1902).
GOLDZIUBR, Vorlesungen (Hier den Islam (Heidelberg, Winter. 1010).
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par là même, la partie la plus sublime de la religion. Al-Oazzâlî l'expose dans une multitude d'opuscules, comme le Minluij, le Mlzàn, le MMât, le Maqsad, le Kitnb al-arbuln, Vlmlu, etc. M.&\s\' lhyâ\ dans sa IV® partie, est la source la plus copieuse et la plus systématique ; c'est celle dont je me suis principalement servi pour cette exposition de sa théologie mystique. (Edit. Caire, 1312 liég.).
L'ascèse purgative n'est nécessaire que dans les commencements de la vie spirituelle et comme préparation. Purifiée de ses vices, Tâme peut alors entrer dans la voie qui doit la conduire à l'union divine par la contemplation et l'amour. Cette voie, ce chemin, se parcourt en plusieurs étapes, dont chacune est caractérisée par l'acquisition de certaines qualités salutaires {al-munajjiyât), qui ne sont pas précisément les vertus opposées aux vices détruits, mais plutôt des degrés de perfection spirituelle, demeures ou « châteaux » (al-maqâmât), où l'âme s'élève dans son ascension graduelle vers Dieu.
D'après al-Gazzâlî, on démêle, ë\\ chacune d'elles, trois éléments :
1° l'élément intellectuel, qui se réduit à un acte de connaissance certaine {al-yaq'm);
2° l'élément émotionnel, consistant en une affection de la sensibilité interne {al-hàl);
3° l'action externe, œuvre ou opération {al-amal), fruit des deux éléments psychiques précédents, coniparaWes respectivement à l'arbre et à ses rameaux.
Il n'est pas facile de préciser le nombre de ces degrés qui constituent la vie unitive, Al-dazzâlî, comme tous les mystiques, ne suit pas, en ses diverses oeuvres, un plan identique d'exposition, ni, dans ses énumérations, un même ordre. Néanmoins, dans son lliija , il parait adopter la classification que lui donnait toute faite son modèle, le Qîit al-qulnb de Abu Tâlib al-Makkî. Il y en a neuf, qui sont : la pénitence {at-tauba), la patience dans les adversités, (as-mbr), la gratitude pour les bienfaits divins {as-sokr) la crainte (al-hat/f), l'espérance {ar-rajïi), la pauvreté vo-
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Itiutairo {al-fuip-), le lononcement nu monde (nz-zolul), raliin-galiou île la volonté (al-tawak/iol), ramoiir divin (aZ-ma/nifiôa). A ces neuf def,'r^, al- (•azz;\li enjoint tjuehjues autres, à titre de «•orollnires du dernier, ootnnu' ramuur piissiunné Je Dieu {as-xaiuj), lu fuMiili;irité ou comnierce intime avec lui (ai-ons), et la complaisance au lx)n plaisir divin (ar-rû/â) ; enfin, comme auréolant généralement tous les de^'iés, la pureté et sincérité d'intention {al-ihlns itaf--:^'/!/). Viennent enfin les exercices spirituels qui favorisent le progrès dans la vie unitive : tels sont l'examen de conscience (aZ-inorûi/uda ira/-mu/iiisu6a). cl la méditation ou ornisoii mentale {at-lafakkor). L'intuition et la fruition de l'essence divine dans l'extase est le terme de tout ce dieiiiin, accessilde en partie par l'ellort personnel du mvstique, comme Iruit de l'acquisition des degrés, mais surtout comme don gratuit {al-muuâhib) dont Dieu honore ses élus. (Cfr. Kitiih al-intlâ\ apud y///«Vdu S;\y)id Mortadfi, I, 241).
Telle est la synthèse de la mystique d'al-fiazzâli, suivant qu'elle est cont.*nue dans la IV* partie de Vlfiija. La matière est très abondante et plus difficile à résumer que l'ascétique, à raison de la subtilité des concepts, et de l'amideur brillante de la forme, également inaptes à passer dans une traduction et dans une exposition fragmentaires.