‹ La Mystique d'Al-azzlChapitre 2 sur 11 · I. —Pénitence {Ihya, IV · texte numérisé non relu

I. —Pénitence {Ihya, IV

C'est la iK)rte de la vie unitive. Elle consiste dans la conviction que le pëclié est préjudiciable au salut de l'âme, puisqu'il la sépare de sa fin, Dieu, unique objet digne d'être aimé. Cette foi vive provoque um; douleur ou afiliction qui se nomme rej^ntir {iin-nadain), lequel à son tour implique la volont<'î de poser certains actes déterminés, c.-à-d. le ferme propos (al-(j(is(l). Ces actes se relurent : ou au présent (abandonner l'état ou l'occasion actuelle du [jéidié), ou à l'avenir (t'-viter louli-s les occasions ou dangers de pécher jusqu'à la fin d(> la vie), ou au passé (expier et réparer le mal fait, au m()yen d'actes contraires). La nécessité de ce premier degré s'inlëre, selon aI-( iazzâli, de ce que le jiéché est un éloignement volontaire de la fin dernière pour se porter vers la créature ; il est donc né-

70 Di- MIGUEL ASIN PALACIOS [4

cessaire qiio la volonté atiandonne cette inclination, avant de se résoudre à entrer dans le chemin qui la conduit à sa fin ; et cet abandon du péché, c'est la pénitf'nce : ?'ecessus a coinmuinbili hono, et accessus ad Deum.

Que la pénitence ne doive point se difTi^rer, c'est un corollaire de sa nécessité, puisqu'à tout moment s'impose la nécessité de croire que le péché nous sépare de Dieu, et c'est cet acte de foi qui engendre la pénitence. Sa nécessité doit donc s'étendre à tous les instants de la vie. De plus, elle oblige tous les hommes, même les prophètes, — l'impeccabilité absolue étant impossible, — d'autant qu'avant l'usage de la raison se développent chez l'enfant les appétits ou convoitises qui détournent de Dieu, en sorte que tout homme est coupable (rcus) au moins d'actes matériellement criminels, ou d'imperfections et de défauts spirituels, et ceux-ci altèrent la beauté de l'âme, comme l'haleine ternit la surface du miroir. Suivant une allégorie fréquemment employée par l'auteur, toute passion à laquelle on cède est un brouillard qui obscurcit l'éclat de l'âme, une tache sur sa netteté. 11 ne suffit donc pas d'éviter les fautes dans la suite, ce qui n'effacerait point celles qui ont été commises : il faut rendre à l'âme sa beauté par les actes de vertus contraires, lesquelles font l'office du savon qui dissout les graisses, et de la lumière qui dissipe les ténèbres. Toutefois, quand il s'agit de cette classe de défauts ou imperfections matérielles qui ne sont point formellement des péchés, la nécessité de la pénitence n'est point absolue, puisqu'elles ne nous détournent point de la fin ; c'est une nécessité hypothétique : l'aspiration — supposée — de l'âme dévote à la perfection spirituelle rend nécessaire, comme condition, la pénitence entendue dans son sens le plus rigoureux. Ainsi, à l'homme parfait il ne suffit pas de posséder les organes indispensables à la vie ; il lui faut encore la vue, l'ouïe, les pieds et les mains.

Mais ce précepte de la pénitence manquerait de toute force obligatoire, si l'homme n'était point assuré que, faite dans les conditions dues, elle est acceptée de Dieu. Pour al-Gazzâlî, cette certitude se fonde, à part l'infaillible témoignage delà vérité révélée, sur l'incompatibilité du péché et de la grâce en un même sujet. Il répugne, — pour continuer les métaphores précédentes, — que l'âme illuminée par la vertu de la pénitence.

5] LA MYSTIQUR I)'AI.-ÔAaÂl.i ~ 1

continue à élre enveloppée sinmlLkni'-mciit diuis les ténèbres du [M'ciië, et que les taches de In coulpe cœxistent avec In blancheur du savon. L'hyi<w thèse h)'Io-morphiquo d'Arislote est thmc ici adaptée à ce phénomène surnaturel de la jusiitication, qu'ai-» laza'ill conçoit, ainsi que St Thonia», comme un motus a contrario in contrarium, et où doit fatalemi-nt s'accomplir la loi physique : corru/ttio tniius, generatio ulterius. Fatalité qui ne nuit en rien à l'autonomie absolue de Dieu, qui i)eut librement décréter ûA aet&rno la justiti cation, sans la [jéiiitence. Toutefois nous sommes sûrs du contraire par le témoignage de sa parole. Les doutes qui, en des cas concrets, peuvent se pn-senler à l'ascète ne prouvent rien contre cette thèse, puisque tous ces doutes naissent du manque de certitude au sujet de l'accomplissement des conditions exigées i)Oiir tjue la i)énitence soit accept«''e.

Ces conditions, quelles sont-elles ? .\l-(jazzâli les a grouijf'-es en les subordonnant aux trois actes qu'implique la pénitence. L'acte de foi préalable exige, pour être valid»*, (jue notre entendement se convainque que le péché est une chose à détester, à raison de sa dilTormité même, et de la peine des sens à laquelle il nous expose en enfer, et parce qu'il nous sépare de Dieu. Tous les autres motifs d'aversion i>our le jx-clié, qui seraient purement naturels, conmie la crainte d'un châtiment temporel et de l'infamie, etc., ne sont ni salutaires ni agréables à Dieu.

Les conditions de la douleur dérivent des précédentes, puisque l'on a vu que cette émotion est provoquée par l'acte de foi, de sorte que si celuici réunit toutes les conditions dites, la douleur sera aussi salutaire. Pour cette raison, al-( lazzàlî exige encore que le repentir s'étende à tous les j)échës de la vie, et même encore à tous ceux que l'on n'aurait pas commis, puisqu'on tous se trouvent des motife d'aversion identiques. I>es symptômes (le la sincérité de la contrition sont : la tristesse, la préoccupation, les pleurs et les gémissements ; mais surtout, que le cœur éprouve de l'amertume au souvenir des actes couii.ibli's, i|ui auparavant produisaient du plaisir dans la mémoire.

Pour ce qui est du ffrme /iro/m, il i'\ige préalablement tin ejamen minutieux de la vie passée, de l'état présent, et des dangei-s et des occasions futures. A l'imitation des ascètes chrétiens, notre théologien recom-

72 Dr MIGUEL ASIN PALACIOS [6

mande diverses méthodes qui le facilitent. L'une consiste à suivre Tordre chronologique, c'est-à-dire, à parcourir mentalement tous les moments de la vie, depuis l'âge de raison jusqu'au moment actuel, année par année, mois pnr mois, et même jour par jour, si c'(''tait possible ; l'autre, à prendre garde aux divers préceptes religieux (jeûne, oraison, etc.), aux péchés contre Dieu, contre le prochain et contre nous-mêmes, aux péchés commis au moyen des différents membres du corps et des diverses facultés de l'âme, et, dans chaque groupe, à ceux q>ii sont mortels ou véniels, à ceux qui comportent un dommage à la personne, aux biens,. ou au salut spirituel du prochain, à ceux qui exigent restitution, etc.

Cet examen de conscience conduit notre théologien à étudier ici, comme matière de la pénitence, le péché et ses classifications {Ihya, IV, 1 2). A part sa définition, qui est identique à celle de S*^ Augustin ( 1 ). il n'y a de digne d'être signalée, que la différence fondamentale qu'al-Grazzâlï établit entre les péchés graves {al-kabîCir) et les péchés légers (as-sa7/â'ir), distinction essentiellement chrétienne, par le principe dont elle s'inspire. Notre théologien repousse l'opinion étroite de certains rigides as'arites et siitis, comme Ibn Fûrak et al-Qusfiyrî, opinion suivie par son maître même, rimâm al-Haramayn, selon laquelle tout péché est, par essence, une offense grave de Dieu et n'admet pas de degrés sous ce concept. Inclinant luimême à la doctrine plus bénigne des mu'tazilites, il acquiesce à l'autorité de la révélation, laquelle parle toujours dans la supposition qu'il y a des péchés s'effaçant par le seul accomplissement du précepte quotidien de la prière, et par le soin d'éviter les autres péchés que la même révélation déclare dignes du feu de l'enfer. Les premiers sont donc véniels ou légers si on les compare aux derniers. La règle, pour préciser le nombre des péchés graves, ne peut être que le texte du Qor'ân et du Prophète ; mais, comme ces sources d'information ne sont pas assez explicites, al-Gazzâll entend qu'on ne peut indiquer, d'une façon certaine, que les genres et les espèces des péchés graves ; pour h^s préciser individuellement, il n'3'a qu'une probabilité.

(1) «Dictum, factum vel concupitam contra legem Dei îeternam» (Contra Fausium, XXII, 27) : JJ jl il^ j ju: ik\ yV Uia^ y> U J'i.IliyV. IV, 12. ligne 22).

") LA MYSTIQl'K b'AL-ÙAZZÂLl 73

11 \ a, selon lui, troigp>nres siipn'mes de itëclic^ j; raves : l (eux cjui 8'oj>i>os«»nt à la fin iltMiiU-re do la religion, (|iii est la connaissance de Dieu ; t«*lle p. ex.. rintiil<*lité ; 2" roux qui détruisent la vie pliysique tie l'iiomnie, nio^en nëoesssaire i»our cette lin, connue l'iioiuiciiie ; 3" roux qui rendent cette vie plus pénible en détruisant 1<J8 richesses, comme le vol. Sous ces genrt's, al-riazz;\li s'elToroe île distribuer systérnatiqucmfnt tous les |x'cliés qu<' la révélation condamne comme mmtt'ls laxativemcnt, et laisse en un doute discret les cas concrets que la révélation ne résout pas. Il remarque toutefois (1) que tout j)éché véniel jieut devenir grave pour diverses caus«'S, comme sont sa ré{iëtition fréquente, 1<' fait de n'v attacher aucun»- importance, la délectation intensif avec laquelle on le commet, la confiance exagérée dans le pardon, elle scandale. L'examen de conscience facilité par cette doctrine, al-( lazzAlï s'occu|je de dissiper les anxiétt* des esprits scrupuleux, c;ir, dit-il, quant au nombre jirécis des p'chés commis, il suftit d'un calcul approximatif et prudent. A mesure que se fait cet examen, il cons«>ille de n'en {xiint confier le résultat à la seule mémoire. Comme il était d'usage parmi les moines chrétiens de l'Orient, il recommande de nt>ter par écrit les jKÎchés, en mentionnant leur gravité, leur nomlire, leurs complio^s etlmns victimes: ce dernier [X)int, parce que le {)énitentdoit se proposer la n'-paration, en recherchant ceux qu'il a scandalisés, jKjur réparer le scandale, ceux auxquels il a nui, iwur les dédommager, ou restituer les biens mal acquis. La prudence, il est vrai, doit présider à toutes ces réparations, dans le but d'éviter un plus grand mal ; en cas de graves difficultés, la faute peut et doit s'expier par des aumônes ou d'autres actes de vertu. Pourtant, on n'est pas excusé de cette obligation par quelque léger inconvénient ; en matière de justice, al-(iazzAli invoque toujours un axiome qui parait un écho de celui de St .Vugustin : « yon re/nitti/ur /M'cctitiim, nisi restiluatw ahlutum (2) ». 11 est certain que toute cette préparation de la pénitence, par le moyen de l'examen, est laborieuse et difficile ; mais le souvenir du jugement final servira

( I ) NouH citons Sun opinion, sans la discuter.

(2) L'axiome a ét<S mïa aussi en assonance pur l-s populutiona chrétiennes <le Syrie : ^jLil S'^ "îi ^yJi\ Jii V. (N. I). L. K.).

lu*

74 Dr MIGUEL ASIN PALACIOS [8

d'aiguillon pour le dévot, qui pensera {iCor. XI, 31) que « si nous nous jugions nous-mêmes à présent, nous serions bien en sûreté au jour du jugement universel ». La dernière condition qu'exige al-Gazzâli pour que le ferme propos soit salutaire, est son universalité : il doit s'étendre à tous les péchés. En revanche, — semblable en cela aux ascètes chrétiens, — il n'en exige pas une efficacité réalisée ou effective; il suffit que la résolution soit ferme et inébranlable dans la volonté et le désir, fût-elle suivie de rechute ; jjarce que l'impeccabilité n'est pas le partage de l'homme. Il n'est pas obligé à autre chose, qu'à former de nouveau un sincère et ferme propos, accompagné d'une douleur plus intense, en réitérant le plus tôt possible son acte de repentir.

Des trois parties essentielles que les théologiens chrétiens distinguent dans le sacrement de pénitence, contrition, confession et satisfaction, la premièie s'harmonise exactement avec la doctrine d'al-Gazzâlï. Quant à la dernière, entendue dans le sens d'imposition, par le prêtre, et d'acceptation, par le pénitent, d'actes déterminés, expiatoires des fautes passées, et médicinaux en vue des infinnités morales, nous avons vu dans l'ascétique purgative {lhyâ\ III', 44, 47, 56), que al-Gazzâlî recommande à tout dévot de se soumettre à toute sorte d'épreuves et de mortifications, que le directeur spirituel voudra lui imposer. Nous y voyons aussi que la confession des pécliés au directeur est, à son jugement, le moyen le plus propre à assurer le salut de l'âme. L'imitation du christianisme est, certes, en ce point, très évidente. Mais, si quelque chose y manquait, dans son Minhàj (édit. Caire, 1313 hég.), p. 1 1, al-Gazzâli a laissé, point' par point, la forme pratique ou rituelle de la confession, et avec de tels détails, qu'il n'y manque que la présence du prêtre et l'absolution pour que l'identité avec le sacrement chrétien soit complète : examen, douleur, ferme propos, prière vocale équivalente à l'acte de contrition, humble attitude du corps prosterné en terre, et enfin déclaration des péchés un à un, à voix haute, en la présence de Dieu.

9] LA MTSTigi'R I>'AI,-riAZ2\l,T 75

IL — Piilicncc {nn/fi\ IV, 41).

CVst «ne ilt'S il<»ux parties ossenli.'Uos qui intègrent la vie di?voti» ; celle-ci, en etTot, ne se conçoit \)ns sans le combat asivlique contre le mal, et tout combat exige l'ënergie et la patience. Ce degn» se com{K)8e, comme tous, lie trois l'-ltSments : foi, ('motion et acto exli'rieur.

ha. foi mît «le la conviction tn'^s ferme do l'excellence et de la nécessit*? do cette vertu, inspiri'*o par divers motifs : 1° qu'il n'ast pas de vie spirituelle sans guerre contre les passions et sans victoire de l'âme; E^que ce monde est un lieu d'épreuves et d'advereiti's inévitables, qui fondent sur notre corps (infirmités, douleurs), sur nos parents et amis (morts, sc'parations), sur notre réputation (cnlomnies, médisances), sur nos biens (vols, faillites) ; or, l'âme qui se laisse dominer par la tristesse, ne peut s'appliquer à la dévotion ; 3° que l'intensité et le nombre de ces adversités sont plus grands [X)ur l'âme dévote, dont Dieu aime à éprouver la vertu, pour la rendre plus parfaite ; 4" que la tristesse et le découragement sont inutiles dans l'adversité, puisqu'elles ne peuvent pas l'éviter ; 5° qu'au contraire, en réagissant contrôla tristesse et en lui résistant énergiquement, l'âme parvient au moins à diminuer son influence ; 6° enfin, que Dieu donnera une récompense infinie et éternelle en échange d'actes de patience courts et limités (cfr. II Cor. IV, 17). F.t ici, al-( iazzâli fait apprécier l'excellence de cette vertu parles témoignages de la n-vélation, entre lesquels il compte celui-ci, attribué à Jésus : « Vous n'obtiendrez pas ce que vous aimez, si vous ne soutTrez avec patience ce que vous abhorrez » (cfr. Joa. XII, 25).

Cette conviction produit dans l'âme le sentiment ou ('motion, qui est le second élément delà patienc<\ Al-(iazzrilî le décrit comme un mouvement ou une tendance de l'âme à s'alistenir d'f'prouver la tristesse ou le cliagrin dans l'adversité ; c'est l'inhibition sur la volonté qui désire fuir ce qui lui déplaît. Il est évident que cette inhiliition ne pourrait être un etfet de la volonté' même, abandonnée à ses impulsions naturelles, sans l'action d'une impulsion surnaturelle, qui est la grâce.

76 Di- MIGUEL ASIN PALACIOS [IQ

Les actes de la patience peuvent se réduire à quatre groupes. Le P"" est constitué par la résistance aux attaques de la passion et équivaut à éviter les péchés ; en ce sens, la patience est partie intégrante de la vertu de pénitence. A ce groupe appartient pourtant la patience dans l'accomplissemont des préceptes religieux. Au 2'" groupe se rattachent toutes les adversités (|ue nous pourrions éviter si nous le voulions, comme sont les offenses et injures de notre prochain. La patience consiste, en ce cas, à ne point résister à Folfenseur, apaisant les sentituents de vengeance et même les désirs de justice. Le modèle de ce degré de [)atience, qui est des plus sublimes, al-Gazzfilî le trouve dans la formule chrétienne de la douceur, que trace l'Evangile {Matth. V, 38-40) ( 1 ). Pourtant le degré le plus élevé consiste à supporter sans se plaindre les d/srp'âces et adversités physiques et morales que Dieu nous envoie, et qui sont entièrement indépendantes de notre volonté, comme la mort des enfants, la ruine des propriétés, la perte de la santé, etc. Dans tous ces cas, al-(Tazzrill a soin de bien distinguer entre cette vertu et l'apathie absolue ; il n'est pas question, dit-il, de détruire la tristesse et l'aversion que l'adversité produit fatnlement dans l'âme, mais de les renferfiier dans l'intérieur du cœur, évitant les manifestations extérieures, paroles, larmes et autres signes de déplaisir. Pour obtenir cette vertu, il recommande entre autre remèdes, d'imiter le procédé employé pour accroître les forces physiques : s'accoutumer graduellement à porter des poids de plus en plus lourds, à commencer par les moindres ; la satisfaction de la victoire obtenue en petit encouragera à entreprendre en grand. Pourtant, quand il s'agit de la patience qui consiste à éviter le péché, surtout l'impureté, il estime, avec les maîtres de l'ascétisme, que la victoire consiste à fuir les occasions, quand tous les autres remèdes n'obtiennent pas le résultat.

( 1 ) « Jésus, le fila de MaHe, a dit : On vous a dit autrefois : Dent pour dent, et nez poui- nez. Et moi je vous dis : Ne résistez pas au mal avec le mal ; mais si tjuelqu'ua te frappe à la joue droite, offi'e-lui la gauche », etc. {Ih>i'i\ IV, 52, ligue 20).

Il) LA UVSTh.'l K l>'\I.-r,A//\I.i 77

Page 1