CHAPITRE PREMIEI
Comnipnl Ips dons qui sanclilionl conduisent Vàme dans les rée:ions supérieures de la mystique.
Nous uvons jusqu'ici parcouru les régions inférieures de la mystique, .lusqu'ici les diverses influences qui gouxernent la vie ne se sont pas coinpléiement séparées. Celles des puissances supérieures sont encore cachées sous le voile des induences de la nature; de sorte qu'on ne sait bien souvent à laquelle de ces influences on doit atlril)U('r les effets et les phénomènes qui se produisent. L'iiomnie, en effet, peut être élevé au-dessus de soi-même de trois manières différentes, et par trois puissances diverses : à savoir, par les puissances terrestres de la n;ilure (jui Tentourent, el qui sont dans un l'apport intime avec la partie terrestre de son être; ou bien par les puissances célestes II. i
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qui, appartenant au monde de la nature, ou à celui de l'esprit ;, ou au monde des natures mixtes, sont placées audessus de lui et sont en rapport avec l'élément céleste en lui; ou bien enfui par Dieu et les puissances de Dieu, qui, s'unissant avec ce qu'il y a de plus profond dans l'être de l'homme, le gouvernent et le dirigent. Dans le premier cas, ce sont les puissances corporelles de la nature qui agissent sur l'homme, et produisent en lui des visions ou d'autres phénomènes extraordinaires, tels que ceux qui sont déterminés par l'opium ou d'autres substances de ce genre. Ou bien encore ce sont des puissances invisibles, et spirituelles néanmoins, qui, trouvant certaines prédis- })ositions dans l'àme de l'homme, élèvent la vie à un état sapérieur, comme il arrive, par exemple, chez ceux qui voient les esprits. Ou bien enfin cet effet est produit par ces deux puissances à la fois réunies dans la personne d'un magnétiseur, et agissant sur celui qui est magnétisé , afin de l'élever jusqu'à la clairvoyance. Jusqu'ici la mystique est toute terrestre et immanente en quelque sorte. Dans le second cas, les eflets sont produits par des puissances qui appartiennent au monde invisible, et sont préposées au gouvernement du ciel solaire et extérieur. Ou bien ce sont les âmes des défunts qui entrent en rapport avec l'homme et l'établissent dans un état extraordinaire. Ici la mystique n'est plus immanente, mais transcendante; elle éclaire ou elle obscurcit, selon la diftérence des puissances qui agissent sur l'iiomme. Dans le troisième cas enfui, c'est Dieu lui-même qui attire à soi immédiatement ou médiatement le fond le plus intime et comme la racine même de la créature; qui l'élève au-dessus d'elle-même, kl dépouille des formes qui lui sont propres, pour la trans-
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former en soi. Il y a donc dans l'élévation mystique trois degrés, dont le dernier se retrouve toujours à l'entrée de la vie mystique, tandis que le troisième, lorsqu'il a atteint sa perfection, se produit comme mystique unitive et en est le dernier terme. Mais comme en toutes choses chaque degré inférieur contient déjà le germe des autres, et que ceux-ci n'en sont que le développement, il est souvent très-difficile dans les commencements de distinguer ce qui appartietit aux influences terrestres, ou célestes, ou divines, et si les phénomènes qui se produisent sont du ressort de l'Église ou de la science. Toutefois, cette incertitude diminue à mesure que la vie mystique se développe, à mesure que le corps est soumis davantage à Tesprit el l'esprit à Dieu. 11 fait donc plus clair déjà à ce second degré de la mystique où nous sommes arrivés, quoique nous ne puissions attendre de clarté parfaite qu'au troisième degré, parce que c'est là seulement que l'homme, tout entier à Dieu, et sanctifié jusque dans les profondeurs de son être, peut être transporté par moments au-dessus de tout ce qui est créé, et introduit jusque dans l'abîme de la Divinité.
L'homme monte à ce second degré par les dons qui sanctifient. Ce n'est pas qu'il ne reçoive ces dons qu'au moment où il arrive à ce second degré, car la mystique purgative les suppose déjà. Ce n'est pas non plus qu'il les reçoive alors dans toute leur plénitude; cette faveur ne lui est accordée qu'au terme de la carrière : mais c'est parce qu'ils lui sont donnés dans une mesure plus abondante. Chaque état nouveau pour l'homme demande une nouvelle impulsion; et lorsqu'il s'agit d'un état surnaturel, il faut une impulsion surnaturelle aussi. Dans le cours ordinaire
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(les choses ;, le moteur chez rhonmie c'est V esprit ou l'inleUigeiice; c'est lui qui meut tout le reste par le moyen de certaines facultés ou aptitudes que Dieu nous a données. liOrs donc que l'homme se tourne tout entier vers Dieu, le souverain moteur de toutes choses, pour qu'il puisse recevoir de lui l'impulsion, il a besoin d'aptitudes plus parfaites. Mais de même que la créature ne peut se mouvoir elle-même, ainsi elle ne peut se donner les aptitudes qui hii sont nécessaires pour être mue par un autre, elle doit lecevoir celles-ci comme un don de celui qui la meut. C'est à celui-ci de se préparer les moyens d'agir, et de se recevoir en quelque sorte soi-même en celui à qui il se donne. Ces dons s'appellent sanctifiants, par opposition aux dons gratuits, qui ne supposent point la sainteté de celui qui les possède. De même donc que ceux-ci préparent l'homme au premier degré de la mystique, ainsi les premiers le préparent à entrer dans le second degré ; de sorte cependant que les vertus théologales servent, pour ainsi (hre, de transition de l'un à l'autre de ces degrés. C'est ici en effet que l'àme, les recevant avec plus d'abondance, commence à se détourner phis fortement de toutes les choses inférieures, pour se tourner entièrement vers Dieu ; et c'est ici en même temps que l'on commence à bien distinguer la nature des phénomènes sous lesquels se révèle la vie mystique.
D'après la doctrine de l'Église, l'Esprit-Saint se communique en sept dons; car, dit saint Bonaventure, de même que l'univers a été créé en sept jours, ainsi l'homme, ce {•etil monde, est construit avec les sept dons du Saint-Esj)rit. Ces dons sont l'entendement, la science, la sagesse, le conseil, la force, la crainte do Dieu et la piété. L'intellect
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OU l'enteiKleuientcclaircit l'œil de l'esprit, qui, fermé pour les choses inférieures, est ouvert au contraire pour les choses divines, et n'est accessible qu'à cette lumière suinaturelle qui éclaire le sommet de l'intelligence. Mais comme nous allons à Dieu par deux voies, l'une intérieure et l'autre du dehors, nous avons besoin d'un don particulier qui nous montre celle-ci, et nous apprenne à contempler les créatures par une cormaissance surnaturelle, et dans la lumière de Dieu : et c'est là ce que fait le don de science. Ainsi, tandis que le premier de ces dons nous fail connaître Dieu en soi, le second nous le fait connaître dans les créatures; et de cette sorte la faculté spéculati^c de l'homme se trouve apte aux plus hautes contemplations. La sagesse et la science règlent et perfectionnent les facultés pratiques en nous. La première, qui d'un côté a ses racines dans la raison supérieure, et qui de l'autre est dirigée vers la volonté, éclaire celle-ci par la lumière divine dont elle est pénétrée; elle la meut avec une sorte de douce contrainte; de sorte que, goûtant la douceur divine, elle exerce la justice et tend par là vers sa fin dernière. Le conseil discipline le libre arbitre, en dirigeant le jugement sous l'impulsion duquel l'homme choisit. Ce don élève et affermit le conseil de l'homme par celui de Dieu ; de sorte que, détournant nos regards des choses multiples et créées, et les tenant fixés vers l'unité suprême, nous arriverons heureusement à ce but souverain de tous nos efforts.
L'intérieur de l'homme étant ainsi réglé, les trois autres dons sont destinés à le diriger dans ses actions extérieures et à sanctifier sa vie. Le don de force unit notre propre pouvoir avec celui de Dieu, aiïermit chacune de nos puis-
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sauces par la puissance divine ; de sorte que, soustraites à la mobilité de la volonté, et fortes de la force de Dieu luimême , elles puissent soutenir les luttes auxquelles nous sommes exposés ici-bas, et acquérir dans le combat une nouvelle énergie. Mais dans ce mouvement qui nous emporte vers Dieu nous avons besoin d'un contre -poids qui nous fasse redescendre en nous-mêmes par l'humilité; de sorte que, pénétrés du sentiment de notre misère et de notre impuissance, nous nous abaissions humblement devant la majesté de Dieu, et nous soumettions entièrement à lui; et c'est là ce que faille don de crainte. Enfin ces deux mouvements, dont l'un nous élève tandis que l'autre nous abaisse, doivent s'harmoniser dans un troisième qui les règle et les coordonne; et c'est ce que fait le don de piété, par lequel l'àme, enracinée en Dieu par une confiance toute filiale, évite à la fois et la crainte servile et une orgueilleuse présomption. C'est ainsi que les sept dons du Saint-Esprit préparent l'homme dans toutes les directions, et achèvent de le sanctifier.
On comprend facilement, d'après ce que «nous venons de dire, que ces dons et la manière dont ils nous sont communiqués ont dû occuper beaucoup les contemplatifs dans leurs visions. On raconte qu'Ida de Nivelle ayant un jour le désir de se sentir intérieurement pénétrée de ces dons, il arriva qu'au moment où le prêtre élevait l'hostie, le premier dimanche de l'Avent, elle la vit rouge et enflammée comme le soleil à son lever, et qu'elle aperçut sept rayons lumineux qui en partaient et pénétraient jusqu'au fond le plus intime de son cœur. (Henriquez, page 69.)
La vision de la béguine Blambeck est plus complète en-