‹ La mystique divine, naturelle, et diabolique (volume 2)Chapitre 2 sur 44 · DES DONS QUI SANCTIFIENT · texte numérisé non relu

DES DONS QUI SANCTIFIENT

core, et nous la donnons ici telle qu'elle est racontée par son confesseur. A la fête de la Pentecôte de l'an 1293**, après avoir reçu Notre-Seigneur, elle fut remplie d'une telle suavité qu'il n'y avait aucune partie de son corps qui n'en fût inondée. Elle resta en cet état tout le jour; elle ne put ni boire, ni manger, ni prononcer une seule parole. Comme elle admirait la bonté de Dieu, elle voulut prendre un peu de miel, mais il lui parut amer, comparé à la douceur dont elle était pénétrée. « 0 Dieu, se disait -elle, si je savais le chemin par oii le Saint-Esprit est descendu sur les hommes! » Elle fut alors ravie en esprit, et elle comprit que FEsprit-Saint est présent dans toutes les bonnes œuvres que l'on fait uniquement pour Dieu, et que le miel, l'huile, l'eau et le feu sont les symboles de sa divine présence. 11 vient sous le symbole du miel quand l'àme est pénétrée d'une ineffable suavité, quand elle prend goût à la prière, à la parole de Dieu et à toutes les pratiques de piété, et enfin quand elle est ravie dans une vision divine. 11 vient sous la figure de l'huile quand l'âme est douce et patiente dans l'adversité et à l'égard du prochain, quand le joug du Seigneur lui est doux , et qu'elle compatit aux peines des autres hommes. Il vient aussi sous la figure de l'eau en trois manières; à savoir, dans les larmes du repentir, dans celles de la dévotion, et dans celles enfin du céleste amour. Il vient sous l'image du feu lorsque l'àme se porte avec ardeur aux bonnes œuvres, lorsqu'elle est enflammée du feu de la charité ou illuminée par les révélations du Saint- Esprit. Le lendemain, elle s'inquiétait de ne pouvoir remplir ses exercices de dévotion, et elle considérait tristement vers le soir qu'elle avait passé inutilement la journée. Cette pensée la plongea dans une douleur profonde, qui pénétra

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tout son corps. Cependant elle fut un peu consolée en pensant que ce qu'elle souffrait était reffet d'un juste jugement de DieUj qui lui faisait expier ainsi la négligence dont elle s'était rendue coupable pendant ce jour. « Soyez béni, Seigneur, dit-elle: vous faites toujours ce qu'il y a de mieux. » Tout à coup la main de Dieu parut sur elle avec sa grâce, et elle vit descendre d'en haut une troupe de gens tous vêtus d'habits dorés, et couverts jnsque par-dessus la (ète. de sorte qu'on ne leur \ oyait que le visage. Ils avaient une belle figure^ mais paraissaient graves et âgés. Après eux en venaient d'autres vêtus d'habits blancs et la tête ceinte d'une couronne de roses rouges. Leur visage était gracieux et respirait la joie la plus vive. Puis une troisième troupe très-nombreuse succéda aux deux premières. Ceux qui la composaient étaient ^ètus d'habits rouges et plus éclatants que le soleil. Au milieu de cette troupe était notre Sauveur à tous, Jésus-Christ; et il était sans contredit le plus beau et le plus aimable de tous ceux qui étaient là. Il était d'une grandeur moyenne, avait les mains et les bras étendus comme le prêtre à l'autel. Ses plaies étaient ouvertes et brillaient d'un éclat merveilleux. Ceux qui le legardaient, il les inondait de délices; car sa beauté surpassait de beaucoup celle de tous les autres. Il répandait autour de lui une flamme brillante, qui se partageait en rayons, dont les uns montaient vers le ciel, les autres pénétraient la masse de la terre, tandis que d'autres se dispersaient sur les hommes qui l'habitent. Mais elle ne comprenait rien à ces splendeurs, jusqu'à ce que son cœur fut pénétré par cette flamme et embrasé de l'amour divin. A cette clarté elle vit en esprit les derniers confins de la terre et une multitude innombrable de gens, mais qui tous étaient

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chrétiens. (Jette tlamme les pénétrait de telle sorte que plusieurs recevaient le niénie i-ayon , tandis que d'autres en iccevaient plusieurs à la fois. (Jette flamme se répandait en eux de quatre manières, à savoir par le sommet de la lote, par la bouche, par les oreilles et par le cœur. Quelquesuns recevaient ces rayons en ces quatre manières; d'autres d'une manière seulement, et d'autres pas du tout. Elle comprit que la grâce du Saint-Esprit qui vient du Fils est la sainteté. La flamme qui allait en haut signifie la grâce qui remplit les élus dans le ciel; celle qui pénétrait ki masse de la terre signifie la grâce des élus dans le purgatoire; celle qui se répandait sur les honmies qui habitent la surface de la terre désigne la grâce que Dieu verse dans les hommes pieux. La flamme qui entrait par le sommet de la tète signifie l'élévation du cœur aux joies célestes, qui comblent l'àme de leurs délices; celle qui entrait par les oreilles signifie la grâce du Saint-Esprit, que rame reçoit par lu yirédication; celle qui entrait par la bouche est le symbole de la grâce qui est communiquée à l'honmie dans la prière, et qui lui fait goûter celle-ci ; celle enfin qui entrait par le cœur représente la grâce (jui allume dans le c(t^urde l'homme le feu de l'amour divin, et éclaire l'esprit. Mais elle ne comprit cette vision qu'après avoir leçii la flanmie. C'est alors seulement que son àme connut le sens de tout ce qu'elle avait vu.

if^ rHÉ>OMÉNES GÉ^ÉRAl•X DE l'eXTASE.

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