CHAPITRE XXV
D(3 la faculté de pénétrer les corps. Ouverture des serrures. Saint Aniiou de Cologne. Ouverture des portes. Sainte Valdedrude et sainte Aldegonde. Saint Homebon. Sainte Rainelde, Delà faculté de passer par une porte fermée. Saint Dominique. Saint Maurice. Claire d'Agolanlibus.
Chaque corps oppose dans sa masse aux autres corps un obstacle infranchissable, et les exclut de l'espace qu'il occupe déjà lui-même. Nous trouvons cependant dans le domaine de la nature quelques exceptions à cette loi générale. Ainsi les impondérables, dans lesquels la force a vaincu la matière et s'est dégagée d'elle, les impondérables semblent avoir la faculté de pénétrer les masses. Le magnétisme, en effet, soumet tous les corps à son influence, et l'électricité pénètre tous les conducteurs. Il en est de même jusqu'à un certain point des acides et de leurs bases, qui semblent aussi se pénétrer dans les compositions chimiques; mais ce phénomène se produit à un bien plus haut degré dans le domahie spirituel. L'esprit, tant que dure la vie , pénètre de son action le corps qu'il anime , dans toutes ses directions et dans toutes ses parties, et la mort arrive précisément lorsque le corps, n'étant plus pénétré par l'âme, devient une masse inerte. Mais si l'esprit
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exerce un tel pouvoir sur son propre corps ^ il est, dans Tetat ordinaire , impuissant à l'égard des corps étrangers; bien moins encore peut-il les pénétrer avec le sien. Or ce qui est impossible dans Tétat naturel devient possible dans ces états supérieiu'set extraordinaires où Dieu élève quel-' quefois ses saints. L'expérience, en effet, nous présente des faits nombreux qui prouvent que, lorsque l'homme a mis une fois le pied dans ces régions supérieures, la matière ne peut retenir ni borner son pouvoir, et que , sans se laisser arrêter par elle , il peut la pénétrer.
La forme la plus simple et la moins élevée sous laquelle se produit ce phénomène, c'est la forme mécanique en quelque sorte, lorsque, par exemple, à l'approche d'un samt, les serrures s'ouvrent d'elles-mêmes pour le laisser passer par une porte qu'il trouve fermée. Ce que l'auteur S Ann?n. Je la Vie de saint Annon, évêque de Cologne, nous raconte à ce sujet est très-remarquable et très-instructif à la fois. Dans le couvent du saint, situé sur une montagne, un frère tomba dangereusement malade, et l'on ne pouvait trouver aucun remède pour le guérir. L'archevêque , qui se trouvait alors dans le monastère, ayant appris le danger de ce bon frère, envoya un exprès chercher h. Cologne le bras du martyr saint Georges, assurant que le malade serait soulagé s'il prenait de l'huile dans laquelle on conservait cette rehque. L'exprès lui rapporta celle-ci avec le reliquaire qui la renfermait. Annon demanda la clef pour l'ouvrir ; mais le messager l'avait laissée à Cologne, parce que personne n'avait pensé à la lui donner. L'archevêque, prenant la boîte, fit semblant d'essayer de l'ouvrir avec les deux doigts ; mais à peine l'avait-il touchée que les assistants entendirent un bruit semblable à celui que
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Idit une clef que l'on tourne dans une serrure^ et le reliquaire s'ouvrit aussitôt. Comme ils avaient entendu trèsdistinctement ce bruit, ils ne furent pas peu étonnés de voir que ce saint homme se servait de ses doigts en guise de clef. C'était probablement en ce cas l'attrait partant du saint qui avait ouvert la serrure, en réagissant contre l'élasticité du ressort, de même que l'on pourrait à l'aide d'un aimant très - puissant ouvrir aussi certaines serrures.
Il peut bien en avoir été de même en beaucoup d'autres cas qui nous sont racontés dans les vies des saints, lesquels ouvraient sans clef les portes qu'ils trouvaient fermées, et particulièrement celles des églises oii ils voulaient aller prier. C'est ainsi que les sœurs sainte Yaldedrude et sainte Sainte Val- Aldegonde, étant sorties un jour du couvent pour quel- "'"^^^ '^
que affaire, trouvèrent l'église fermée à leur retour. Mais sainte Aide-
sonde les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes devant elles, comme
si elles eussent craint de mettre obstacle à leur piété. Saint Homebon avait coutume d'assister aux prières de la nuit Saint Hoet du matin dans l'église de Saint-Gilles à Crémone. 11 sonnait, et le prêtre Obert lui ouvrait à chaque fois la porte. Mais un jour qu'il arriva plus tôt que de coutume, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes; et ce fait se répéta plusieurs l'ois. Sainte Rainelde, accompagnée de sa sa>ur Gudèle, Sainte Raifrappe à la porte du couvent de Lobio, demandant à entrer. On lui répond que depuis que la maison existe aucune femme n'y a été admise. Gudèle s'éloigne. Mais Rainelde l'esté trois jours en prière sans rien prendre. La troisième nuit enfm, pendant que tous les frères sont endormis, les portes lui sont ouvertes. On raconte la même chose de Sita, d'Aszeline, de sainte Geneviève et d'autres femmes; des