‹ La mystique divine, naturelle, et diabolique (volume 2)Chapitre 29 sur 44 · CHAPITRE XXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY

L'extase considérée dans les rés:ions supérieures du système moteur. Des effets produits à distance. De la faculté d'attirer TEucharistie. Sainte Catherine de Sienne. Attrait exercé sur le crucifix. Jeanne Rodriguez. Agnès de Jésus. Hélène de Hongrie. Attrait exercé sur d'autres objets. Ange du Miroir. De la manne qui tombe quelquefois du ciel. Agnès de Monte-Pulciano.

Les régions supérieures du mouvement, lorsqu'elles sont élevées par l'esprit de Dieu dans l'extase, acquièrent par là plus de largeur et plus de profondeur; elles sont agrandies, pour ainsi dire, dans toutes leurs dimensions. La sphère de leur activité se trouve à la fois et plus intimement liée au centre qui la gouverne et plus étendue. Cette concentration se manifeste au dehors par la contraction de tous les membres du système, laquelle , poussée ù son dernier point, donne au corps la forme d'une boule, comme nous l'avons vu dans Christine 1" Admirable. Les forces de l'organisme, ramassées ainsi dans un espace plus étroit, acquièrent une activité et une énergie nouvelles, et, brisant toutes les digues qu'elles rencontrent sur leur passage, elles se répandent au dehors, et agissent à de grandes distances, comme la foudre, brisant le nuage où elle est enfermée, fait ressentir au loin l'effet de ses commotions. Mous trouvons donc ici deux genres de phénomènes nouveaux, produits, les uns par un attrait, les autres par une action à distance. Ce sont ces deux genres de phénomènes qui vont nous occuper maintenant.

Xous parlerons d'abord de l'attrait que les extatiques exercent quelquefois à l'égard de certains objets extérieurs. Ces objets ne peuvent être que ceux qui, par les bénédic-

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lions de FÉglise, sont entrés dans un rapport pieux et intime avec l'àme. L'Église, en les consacrant, les a marqués de son sceau j il n'est donc pas étonnant que par une vertu secrète ils attirent l'extatique^ ou soient au contraire attirés par lui. L'eucharistie étant à la fois le centre et le terme de tous les sacrements de l'Église, il n'est rien sur la terre qui soit dans un rapport plus intime avec l'homme surnaturel. C'est elle aussi qui nous fournira les faits les plus nombreux et les plus frappants. Nous avons déjà parlé plus haut de la faculté qu'ont parfois les extatiques d'attirer l'eucharistie; nous ne rapporterons donc ici que les cas où cet attrait, parvenu à son plus haut degré, agit non plus seulement dans l'enceinte ou dans le voisinage d'une église, mais à de grandes distances, quoique souvent il soit difficile, d'après la manière sommaire dont les faits sont racontés, de prononcer d'une manière certaine s'ils appartiennent à la première ou à la seconde catégorie.

Sainte Catherine de Sienne, soutirant de grandes dou- Sainte Ca- 1 - . n 1x1 therine

leurs, pria un jour son confesseur de retarder un peu sa ^e Sienne

messe, à laquelle elle devait communier. Mais elle n'avait pu aller à l'église aussitôt qu'elle l'avait pensé, et lorsqu'elle y vint il était déjà si tard que ses compagnes lui conseillèrent de se priver de la communion ; car elles savaient qu'après l'avoir reçue elle était toujours trois à quatre heures en extase, et le temps de fermer l'église aurait pu venir avant la lin de son ravissement. La sainte se laissa persuader, en remettant la chose à Dieu, et Raimond commença la messe. Comme elle était à genoux à l'autre bout de l'église, il ne s'aperçut point qu'elle était présente ; mais lorsqu'il voulut rompre l'hostie en deux parties, pour délacher ensuite la parcelle qu'il devait mefti-e dans le

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calice, Thostie se divisa la première fois non en deux, mais en trois parties, deux plus gi'andes, et l'une plus petites, à peu près de la longueur dune fève. Cette dernière sauta sous ses yeux par -dessus le calice, et il lui sembla qu'elle était tombée sur le corporal. Il ne l'y trouva point, il est vrai: mais il pensa qu'il ne pouvait la distinguer à cause de la blancheur du corporal, et il continua la messe. Après la communion, il la chercha avec soin ; mais, malgré toutes les peines qu'il se donna, il ne put la trouver; de sorte qu'il dut se résoudre à finir sa messe sans l'avoir retrouvée. Lorsque les assistants se furent retirés, il examina encore avec attention le corporal, l'autel, regarda parterre tout autour de l'autel; mais il ne trouva rien. Il confia son embarras et sa peine au prieur, nommé Christofle, et ils convinrent ensemble d'interroger la sainte à ce sujet. Ils allèrent donc chez elle. On leur dit qu'elle était allée à l'église depuis longtemps; ils l'y trouvèrent en effet à genoux et en extase. Lorsqu'elle fut éveillée, Raimond lui raconta ce qui s'était passé. « Avez-vous bien cherché, mon père, » lui dit-elle en souriant. Raimond lui dit que oui. « Pourquoi donc alors vous inquiétez-vous tant? w répondit-elle. Raimond, soupçonnant ce qui était arrivé, lui dit : « Je suis sûr, ma mère, que c'est vous qui m'avez pris la particule de mon hostie. — Mon père, repartit-elle en souriant, ne m'accusez pas ; ce n'est pas moi, mais c'est un autre qui a fait la chose. Je vous le dis à vous seul, vous ne trouverez janîais la particule que vous cherchez. » Raimond insistant pour savoir comment la chose s'était passée, elle lui dit : « Mon père, ne vous attristez plus de ce qui est ai'rivé; car, pour vous dire la vérité, comme on la doit à son confesseur, c'est Notre -Seigneur qui, ayant

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pitié de moi, m'a apporté la particule, et c'est de sa main que je l'ai reçue. Réjouissez-vous-en donc avec moi. Il ne vous en est arrivé aucun mal à vous, et moi j'ai reçu un si grand don en ce jour que je veux le passer tout entier à en louer et remercier Dieu. » Raimond, sachant comment la chose s'était passée ;, se tranquillisa. {Sa Vie , c. M .) On voit par les paroles de la sainte que c'était sous la forme de Notre-Seigneur qu'elle s'était représenté la main invisible qui hii avait apporté la sainte hostie. D'autres fois, c'est un ange qui apparaît à la place de Notre -Seigneur, et qui donne à l'action sa forme mystique. Et ceci ne doit pas nous étonner si nous nous rappelons qu'aux forces qui résident dans la personnalité humaine correspondent des puissances objectives et réelles, par lesquelles Dieu opère en nous les eftets merveilleux qu'il veut y produire.

Mais l'eucharistie n'est pas la seule chose que les extatiques aient la faculté d'attirer. Lorsque l'extase est arrivée à son plus haut point, cette faculté s'étend à tous les objets pieux, mais partlcuhèrement au crucitix. Ce que nous avons vu déjà plus haut chez Jeanne Rodriguez appar- Jeanne tient à ce genre de phénomènes. Lorsqu'elle s'étendait sur "^

la croix qui était couchée par terre ^ ses bras et ses pieds l'attiraient dans les endroits où ils auraient dû être crucifiés, de sorte qu'ils paraissaient y être cloués en effet ; et lorsque le corps se redressait, la croix le suivait dans ses mouvements, et, planant au-dessus de terre, le portait çà et là, ou plutôt était portée par lui.

Agnès de Jésus, montant aussi dans une extase le Cal- ^sn^'s , , , de Jésus.

vaire a la suite du Sauveur, et souffrant déjà les douleurs

de l'agonie , dit à une des sœurs qui lui tenait le bras :

rt Ouvrez mes mains, ma sœur ; séparez-les avec violence^,

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afin que je puisse souffrir encore. » C'est qu'elle voulait saisir un crucifix qui était à son lit et le baiser. A peine eut- elle prononcé ces paroles que la croix qu'elle voulait atteindre vint à elle en présence de tous les assistants. Hélène (Steill, 10 octobre.) Un jour que sainte Hélène de Hongrie ■^ ' était tombée en extase pendant sa prière j, une croix de bronze qui était sur un autel tout près de là descendit, et vint se poser dans ses mains. Puis, lorsqu'elle revint à elle, la croix retourna au lieu où elle était auparavant. Il en fut de môme une autre fois pour une croix de bois qui se trouvait sur un autre autel au pied duquel elle priait. Plus d'une fois, lorsqu'elle priait ou méditait dans un coin de l'église, les images de la sainte Vierge et des saints vinrent à elle 5 et un jour les sœurs la trouvèrent en extase ayant dans les bras un crucifix de cuivre qui s'était détaché de la croix où il était fixé , et que la sainte tenait si fortement qu'elles ne purent le lui arracher. C'était la nuit, et le crucifix avait fait un tel bruit en tombant entre ses bras que les religieuses dont la cellule était proche de la sienne en avaient été éveillées. (Sleill, 9 novembre.)

Cet attrait mystérieux se développe quelquefois au moment de la mort. Vn prêtre de Venise vint un jour administrer un malade qui mourait. Apercevant au-dessus du lit du moribond une image de papier qui représentait saint Cajetan , il la lui donna à baiser en lui recommandant de dire trois fois cette prière : a Saint Cajetan, priez pour moi. » Puis il attacha l'image à un coin du lit, de sorte qu'dle ne put tomber. Lorsque le malade fut en agonie, on vit l'image se détacher du lieu où elle était, et se poser sur la bouche du mourant sans l'intervention de personne. Le prêtre la lui présenta donc pour qu'il la baisât, et il mourut on y rollnnt ses lèvres. (Sylos, p. 1 . c. 7.)

L EXTASE UA.NS LE SYSTEME MOTEIU SLrESUEliî. .J81

Ouelquefois cependant Textatiquc, au lieu d'attirer les objets pieux, est atliré par eux au contraire; et môme cet attrait est exercé sur lui p;u' d'autres objets qui, quoique profanes, ont cependant un certain rapport avec lui. ^'ous avons déjà vu plus haut, chez une extatique, que les larmes qu'elle versait pendant ses ravissements restaient suspendues à son voile jusqu'à ce qu'elle fût éveillée, et qu'alors, l'attrait magnétique qui les retenait cessant, la loi universelle de la pesanteur reprenait ses droits. Le frère lai An£;e -^"dP^u Miroir.

du Miroir était chargé de cultiver le jardin du monastère.

Un jour, en 1400, comme il élaguait avec une hache les branches d'un arbre, l'Esprit l'envahit au milieu de son travail. Or la hache resta en l'air dans la position où il l'avait laissée, tandis que lui, au grand étonnement des spectateurs, descendit lentement de l'arbre, et une fois à terre resta en extase. (Huber, p. 370.) D'autres fois, c'est un instrument de fer qui, tombé dans l'eau, vient retrou- ^er de soi-même le bâton que lui tend un saint, comme on le raconte de saint Benoît, de l'abbé Leufred, des solitaires Sibert et Ar.ge et de beaucoup d'autres. Tous ces faits s'expliquent également par un attrait magnétique du môme genre.

C'est à ce même ordre de phénomènes que Ton doit at- ^gnos

de Monlctribuer ce qui est arrivé plusieurs fois à Agnès de Monte- Pulciano.

Pulciano. Elle était souvent élevée en l'air dans sa prière, et son manteau se trouvait alors couvert comme d'une manne blanche. Les sœurs du monastère, l'ayant laissée un jour en extase dans sa cellule, trouvèrent ensuite son manteau blanc comme de la neige par l'effet de cette rosée singulière. Elles voulurent le secouer pour la faire tomber, mais elle les en empêcha. Cette manne avait une forme

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régulière comme les flocons de neige; c'était celle d'une croix. La même chose lui arriva lorsque Tévèque lui donna le voile à Proceno. Étant entré avec le clergé pour la cérémonie dans l'église^ il trouva celle-ci couverte de cette manne. Tous étaient étonnés, et ne savaient ce que cela voulait dire ; mais ce fut bien autre chose lorsqu'ils furent rendus au grand autel, et qu'ils le trouvèrent tout couvert de cette substance; de sorte qu'ils en avaient les mains pleines et qu'ils se la montraient les uns aux autres. Voilà ce que nous raconte Raymond de Capoue , confesseur de sainte Catherine de Sienne, qui lui-même était un saint* Il n'avait pas été témoin, il est vrai, de ces faits, mais il avait vécu dans le couvent d'Agnès; il avait pu, par conséquent, les puiser à des sources certaines. Ces faits pourraient paraître le résultat de quelque cause naturelle, s'ils étaient isolés, et surtout s'ils ne s'étaient pas renouvelés au tombeau de la sainte. Sainte Catherine de Sienne, qui avait pour elle une grande vénération , y alla un jour accompagnée de Lysa, son amie, et de quelques sœurs, et appuya sa tête contre celle d'Agnès. Or il tomba aussitôt d'en haut une rosée qui ressemblait à la manne, et qui couvrit tellement Agnès et Catherine que Lysa put en remplir ses mains. Celle-ci raconta à Raymond ce qui s'était passé : les sœurs qui l'avaient vu confirmèrent son témoignage, et c'est sur leur déclaration que le pieux Dominicain a rapporté le fait dans laVie de sainte Catherine, p. II, c. 17. Peut-être devons-nous voir ici dans ce phénomène la formation d'une substance sucrée que semblent indiquer plusieurs autres faits du même genre; ou bien encore les arômes qui s'échappaient du corps de sainte Agnès sous la forme dune huile volatile auront-ils déposé à

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