EFFETS DE LA MYSTIQUE DANS L'ART
les visions qu'il a contemplées dans ses extases, il peut aussi exprimer dans des sons terrestres les voix qui sont descendues vers lui d'une région supérieure, soit qu'il ait acquis déjà par l'étude les connaissances nécessaires, soit que Dieu lui communique celles-ci d'une manière extraordinaire. Nous avons à ce sujet une multitude d'exemples dans les histoires des mystiques. Sainte Catherine de Bo- sainte Calogne élant dangereusement malade et ayant déjà reçu l'ex- ^^"^ trême-onction, comme les sœurs de son couvent priaient Dieu qu'il lui rendit la santé, elle fut tout à coup ravie en esprit, et vit dans une prairie délicieuse le Sauveur assis sur un trône resplendissant. Devant lui était quelqu'un qui jouait continuellement sur un violon ces paroles : Et gloria ejus in te videbitur. Ce chant était si suave qu'il semblait à la sainte qu'elle allait mourir dans un accès de jubilation. Mais celui qui était sur le trône la prit par la main en lui disant : « Ma fille, remarque bien ce chant. » Puis il lui découvrit qu'elle ne mourrait pas encore. Elle revint à elle au grand élonnement de toutes les sœurs, et elle répétait toujours avec une indicible joie les paroles qu'elle avait entendues. Elle demanda un violon; et, comme on n'en pouvait trouver, elle tomba dans une tristesse profonde. Elle répéta sa demande jusqu'à ce qu'on lui en eût trouvé un, que l'on conserve encore dans son couvent à Bologne . Quoiqu'elle n'eût jamais appris à jouer de cet instrument, elle put répéter sur lui, dès qu'elle l'eut, le chant céleste dont son cœur était plein. Elle tomba plusieurs fois en extase pendant qu'elle jouait, et on la voyait alors, couchée sur son lit, dans une insensibilité complète, les yeux fixés vers le ciel , et chantant toujours les paroles mystérieuses ; de sorte que les sœurs crurent qu'elle allait mourir de joie.
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Elle vécut encore une année, et sa vie, pendant ce temps, fut plus du ciel que de la terre.
8. Herroan Saint Herman Joseph de Steinfeld avait une grande dé-» Josep • vot;on pour sainie Ursule et ses compagnes, et il s'était même établi entre elles et lui une sorte de commerce intime, comme il arrive presque toujoursen ces circonstances. Elles lui apparaissaient souvent, se nommaient à lui, lui découvraient heaucoup de choses cachées, et venaient souvent le consoler dans ses nécessités et ses peines. Il voulut composer en leur honneur une nouvelle hymne, où il pût leur exprimer sa reconnaissance et son amour. C'est celle qui commence par ces mots :
0 vernaotes Christi rosa, Supra modnm speciQsa?,
0 puellœ,
0 agnellœ, Christi char» columbella».
Comme il commençait à écrire ce chant, une des vierges lui apparut, et, se tenant devant lui, lui communiqua de la manière la plus gracieuse ce qu'il devait écrire. Puis il vit une belle colombe se poser sur sou épaule, et il reconnut en elle une des saintes vierges. C'est pour cela que dans cette hymne il les appelle des colombes. Il voulut aussi trouver une mélodie pour ce chant ; mais la chose était plus difficile. Cependant il y réussit, et sa composition se trouva ainsi achevée. Voici comment s'y prit son biographe, qui vivait avec le saint dans le même couvent, pour savoir de lui comment la chose avait eu lieu, « Longtemps après que le fait s'était passé, comme j'étais assis seul avec lui, nous raconte-t-il, je lui dis comme en plaisantant que je trouvais que c'avait été de sa part une sorte de présomption d'avoir