‹ La Mystique divine naturelle et diabolique;Chapitre 57 sur 64 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Du pouvoir de Taire des miracles. Sainte Rose de Lima. Sainte Ida. Joseph de Copertino. Saint Hugues.

Le pouvoir de faire des miracles suppose l'empire sur la nature, par la puissance de celui qui Ta créée. Dieu a mis dans l'homme à l'origine les premiers germes de ce pouvoir en le créant dans le centre même de son royaume terrestre , et en lui soumettant ainsi tout ce qui était à la circonférence ; puis il lui conféra ce pouvoir d'une manière spéciale en le plaçant dans le paradis terrestre. Mais r institution formelle de l'homme sous ce rapport ne devait avoir lieu que plus tard. Il fallait d'abord qu'il prêtât hommage à son créateur, et se rendît digne de l'honneur que Dieu lui accordait. Dieu lui avait donné l'empire nonseulement sur la nature inorganique, mais encore sur les animaux, qui déjà avaient avec lui certains rapports plus étroits par la vie organique qui leur est commune. Aussi les animaux semblent-ils avoir comme un secret instinct du pouvoir que Dieu a donné sur eux à l'homme, et comprendre jusqu'à un certain point ses commandements. Us paraissent reconnaître en lui le centre auquel Dieu les a rattachés.

Mais les rapports qui unissent à l'homme la nature inorganique sont moins intimes; car elle se rattache à un autre centre, et est gouvernée par d'autres lois. Si donc l'homme

pouvait, en gardant la position centrale que Dieu lui avait donnée, exercer effectivement le pouvoir qu'il avait reçu sur les animaux , il ne pouvait trouver la même docilité dans la nature brute; mais il lui fallait, pour se faire obéir, ou qu'il armât les puissances de la nature contre elle-même, ou qu'il appelât à son secours des puissances supérieures. Au reste l'institution de l'homme, comme roi et centre de la nature animée, n'a pu avoir lieu à cause du péché. Au lieu de prêter hommage à Dieu, il s'est révolté contre lui. Il a perdu par là sa position centrale, et par suite le pouvoir qu'il avait sur la circonférence. La nature inférieure, n'étant plus contenue par la main ferme de son maître, a débordé pour ainsi dire dans les sphères de la vie ; et c'est à peine si l'homme peut tenir sous sa dépendance ses sujets révoltés. S'il s'applique à dominer la nature dans sa propre personne; s'il rend ainsi à Dieu l'hommage que lui a refusé le père de la race humaine, il est réintégré par là dans son ancienne dignité, selon la mesure de ses mérites ; et, plus il s'approche de Dieu, plus aussi la nature extérieure lui est soumise ; les animaux et les plantes semblent quelquefois alors reconnaître en lui l'empire qu'il a conquis sur eux.

Parmi les différents domaines de la nature qui formaient autrefois l'héritage de l'homme, le règne végétal forme comme la limite extrême, de sorte qu'on pourrait écrire en quelque façon d'un côté : Ici commence la nature inorganique; et de l'autre : Ici commence la nature organique. Quoique la puissance primitive de l'homme se fasse moins sentir en ces domaines que parmi les animaux , nous pouvons néanmoins citer des faits qui prouvent que là encore il peut, par une union intime avec Dieu,

reconquérir une partie du pouvoir qu'il avait autrefois. Sainte Rose Ainsi on raconte dans la vie de sainte Rose de Lima qu'é-

tant allée un jour au lever de l'aurore, selon sa coutume, dans la petite solitude qu'elle s'était faite en son jardin , elle invita les arbres, les arbrisseaux et les plantes à s'unir pour louer ensemble le Seigneur, en leur disant : « Que tout ce qui germe sur la terre loue Dieu. » Aussitôt toutes les branches s'agitèrent dans une sorte d'harmonie ; les feuilles, frappant les unes contre les autres, firent entendre dans le bosquet un sifflement universel , et les petites plantes elles-mêmes et les fleurs, penchant leurs tètes, célébrèrent aussi à leur manière les louanges de leur créateur. Si le fait est arrivé tel qu'il est rapporté, on peut l'expliquer par cet instinct qui attire les plantes vers la lumière, et qui les fait monter ainsi quelquefois à une hauteur considérable. Rencontrant dans la sainte une lumière supérieure, elles se sont senties attirées vers elle par un attrait plus fort que celui de la lumière matérielle ; et c'est ainsi que s'est produit en elles ce mouvement et ce développement inaccoutumé, comme sous le souffle d'un printemps d'une nature supérieure; et ce développement continué plus longtemps aurait pu aller jusqu'à produire une véritable floraison. C'est de cette manière aussi que l'on pourrait expliquer cet autre fait raconté dans la vie de la même sainte. Elle avait planté dans son jardin trois romarins en forme de croix, et ils y étaient très-bien venus. Le vice-roi ayant désiré en faire planter un dans le jardin de la cour, il se flétrit aussitôt et périt ; mais replanté dans le jardin de Rose, il redevint plus beau qu'auparavant. Il en est de même de ces trois œillets qui poussèrent au milieu d'un buisson dans le mois de mai, qui est le temps de

de Lima.

l'hiver au Pérou, peu de temps avant la fête de sainte Catherine, afin d'orner son image. On raconte dans la Vie des saints un grand nombre de faits de ce genre. Tantôt ce sont des tiges desséchées qui reverdissent et deviennent des arbres; tantôt des troncs vivants, qui, maudits par un saint, se dessèchent à l'instant ou perdent leur fécondité , comme le figuier de l'Évangile; ou bien encore des arbres, qui, bénis de nouveau après avoir été maudits, donnent de nouveau des fruits. Tantôt ce sont des plantes qui donnent des fleurs ou des fruits hors de saison , ou qui acquièrent des vertus médicinales qu'elles n'avaient point auparavant, ou qui semblent s'attrister ou pleurer à la mort des saints, ou qui, au contraire, reverdissent touchées par leur cadavre, ou bien encore qui croissent sur leur tombe. Quoique la légende et la poésie aient bien pu altérer une partie des récits que nous trouvons en ce genre dans les Vies des saints, ils sont toutefois si nombreux qu'ils supposent évidemment un fond de vérité, auquel le fil de la tradition populaire s'est attaché à l'origine, et auquel de nouveaux fils sont venus plus tard se rattacher de temps en temps.

Après les plantes, vient immédiatement, dans le règne organique, la classe des animaux inférieurs, tels que les insectes , les vers, les araignées et les autres bêtes de ce . genre. Or la puissance de l'homme rétabli dans ses anciens droits par une grâce spéciale de Dieu se manifeste aussi dans ce domaine, comme le prouvent un grand nombre de faits. Ainsi l'on raconte de saint Ambroise, de saint Isidore, de saint Dominique, de saint Pierre de Nolasque, de Rita, que des abeilles , poussées comme par un instinct prophétique, ont déposé leur miel sur leurs lèvres, pendant qu'ils

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étaient encore enfants. Tous ces petits animaux suivent volontiers les saints dans leur solitude, et obéissent docilement à leur voix, sans jamais leur causer aucun dommage. Sainte Rose de Lima s'était fait dans le jardin de sa mère une petite cellule, où l'ombre des arbres et T humidité du sol attiraient une foule de moustics, qui venaient y chercher un abri contre la chaleur du jour et la fraîcheui de la nuit. Tous les murs en étaient couverts; ils allaient et venaient continuellement par les fenêtres, et la cellule retentissait de leur murmure. Aucun d'eux ne touchait la vierge quand elle s'y trouvait. Mais si sa mère ou quelque autre personne venait la visiter dans sa solitude, ils accouraient à elle, la mordaient, afin d'en sucer le sang, et la laissaient couverte de plaies. Tous étaient étonnés qu'ils ne fissent aucun mal à la sainte; mais elle leur disait en souriant : « Lorsque je me suis établie ici, j'ai fait un pacte avec ces petits animaux. Nous sommes convenus ensemble qu'ils ne me feraient aucun mal, et que je ne leur en ferais point de mon côté : c'est pour cela que non -seulement ils habitent eu paix avec moi , mais qu'ils m'aident encore de tout leur pouvoir à louer Dieu. » En effet, toutes les fois que la vierge, entrant dans sa cellule, au lever de l'aurore, leur disait : « Allons, mes amis, louons Dieu , » ils venaient aussitôt se placer en cercle autour d'elle et commençaient leur petit murmure avec un ordre et un accord tels qu'on aurait dit un chœur dirigé par un maître. Puis ils s'en allaient chercher leur pâture, et répétaient leurs chants le soir, sur l'invitation de la sainte, jusqu'à ce qu elle leur imposât silence. Ce fait est cité par le pape Clément X dans sa bulle pour la canonisation de sainte Kose. 11 en était de même à peu près de cette cigale

qui avait établi sa demeure près de la Portioncule, devant la cellule de saint François d'Assise. Dès que le saint l'appelait, elle venait se poser sur sa main ; et, dès que le saint lui avait dit : « Chante , ma sœur, chante les louanges du bon Dieu, » elle se mettait aussitôt à chanter jusqu'à ce qu'il l'eût congédiée.

Les animaux incommodes ou nuisibles éprouvent aussi quelquefois, mais d'une manière opposée, la puissance des saints. Saint An non, disant la messe, venait de partager l'hostieetde la poser sur la patène, lorsqu'une grosse mouche de viande en mordit et en emporta une parcelle. L'archevêque consterné leva ses yeux et son cœur vers Dieu , afin d'implorer son secours. La mouche aussitôt vint rapporter sur la patène la parcelle qu'elle avait enlevée ; et lorsqu'elle voulut s'envoler, elle tomba morte sur l'autel. Les guêpes, les hannetons, les chenilles et surtout les sauterelles, quand elles viennent par bandes ravager les campagnes, éprouvent aussi quelquefois la puissance de la volonté humaine fortifiée par l'action surnaturelle de Dieu. Les araignées entrent elles-mêmes dans un commerce familier avec l'homme. C'est ainsi qu'elles arrachèrent le martyr saint Félix à ses persécuteurs en fermant avec leur toile la grotte où il s'était caché. Elles rendirent depuis le même service à Teuteria, qui était venu se réfugier dans la cellule de la bienheureuse Tusca, et à l'évêque Cainus, qui s'était caché dans un buisson. Tantôt ce sont des abeilles qui servent de messagers aux saints; tantôt des papillons qui accourent en foule autour du lit d'un mourant , comme cela arriva pour saint Vincent Ferrier.

Après les insectes, viennent les amphibies et les poissons, puis les oiseaux; et ici encore nous retrouvons les

mêmes phénomènes. Jacques de Cerqueto, moine augustin, impose silence aux grenouilles qui le troublent pendant qu'il dit la messe. Elles se taisent également sur l'ordre du bienheureux Renaud , évêque de Ravenne , qu'elles incommodaient pendant qu'il prêchait. Les serpents quittent les lieux où les saints viennent s'établir. C'est ainsi qu'ils abandonnent l'île où saint Jules était venu planter la croix, et s'enfuient sur la montagne du Camuncino. Ils suivent tous docilement le bâton de l'abbé Heldrad de Novalèse, qui les conduit ainsi hors de la vallée de Brigantino. Le soli- Godrich. la»'c Godrich habite au milieu d'eux , vit dans leur familiarité , et les prend dans ses mains. Quand il est assis près du feu, ils viennent s'enrouler autour de ses pieds, et montent jusque dans ses plats. Ce commerce familier dura de longues années. Mais enfin le solitaire, craignant qu'ils ne le dérangeassent trop dans sa prière, leur défendit un jour d'entrer dans sa cellule, et depuis ce temps il n'en vit plus un seul.

Sainte Ida. Sainte Ida étant allée un jour laver du linge dans un étang, des poissons de toute sorte sortirent du fond de l'eau, comme attirés par une pâture. Ils entouraient la vierge, sautaient, dansaient autour d'elle. On eût dit qu'ils étaient heureux de la voir, et qu'ils voulaient l'honorer à leur manière. Ils accouraient à l'envi de tous les côtés, se succédant sans interruption. Dès que la sainte mettait les mains dans l'eau, ils s'attachaient à ses doigts. Elle les prenait l'un après l'autre, les posait devant elle sur la planche où elle était agenouillée; et, loin de fuir devant elle, ils s'attachaient à sa main, comme des enfants au sein de leur mère, et ne partaient que lorsqu'elle leur avait donné congé. Gondisalvo Amaranthi, embarrassé un jour com-

ment il nourrirait ses domestiques, s'en alla tout troublé vers la rivière de Tamaco. A peine avait-il fait le signe de la croix sur celle-ci qu'elle se couvrit de poissons. Le saint en prit ce qui lui était nécessaire, et renvoya les autres au fond de l'eau. (A. S., I9jan.)

Déjà l'antiquité reconnaissait comme un instinct prophétique dans les oiseaux qui, habitant les airs, semblent tendre toujours en haut. Aussi, c'est surtout parmi les oiseaux que nous trouvons le plus souvent cette familiarité mystérieuse avec les hommes qui, se détachant de la terre, dirigent toutes leurs pensées vers le ciel. Saint Joseph de Joseph de Copertino nous offre sur ce point un des exemples les plus ^P61"1'"0remarquables. Comme il montait quelquefois dans les arbres, sait pour y méditer plus à son aise, soit pour quelque autre cause, il y trouvait souvent des nids, surtout de chardonnerets. Les oiseaux, loin de s'effrayer, se laissaient prendre par lui, et il pouvait leur faire ce qu'il voulait. Lorsqu'il allait prier ou méditer dans le jardin , près de la petite chapelle où il avait coutume de dire laTnesse, ils volaient familièrement autour de lui en chantant. Quelquefois il leur disait : « Allons, petits oiseaux, chantez, chantez gaiement; ne craignez pas de me déranger. » Aussitôt ils se mettaient à chanter plus haut, et redoublaient d'ardeur. — Un jour que, balayant l'église de Grotella, il emportait par humilité les balayures dans sa main , un bel oiseau d'un plumage bleu clair, comme on n'en avait jamais vu auparavant, vola sur sa main, comme s'il eût voulu chercher quelque chose à manger. Le saint, après l avoir caressé quelque temps, le laissa s'envoler. Les oiseaux exécutaient docilement tous ses ordres. — Fabiani Cerusico à Grotella, que le saint connaissait tres-intime-

ment, avait un linot dans une cage à sa fenêtre. Un merle vint sur la cage. Joseph lui dit : « Je t'ordonne d'entrer ici dans cette chambre. » Le merle vola contre la fenêtre, et, la trouvant fermée, se mita frapper les vitres de son bec et de ses ailes. Un jeune gentilhomme, nommé Leonelli, parlait un jour au saint de sa chasse. Joseph le pria de lui apporter un oiseau qu'il pût garder dans une cage. Le jeune homme lui apporta donc un linot. Mais pendant la route il heurta par hasard contre quelque chose ; de sorte que la porte de la cage où était l'oiseau s'ouvrit, et celui-ci s'envola. Désolé, il le suivit des yeux; et l'ayant vu se poser sur un mûrier qui était tout près de là, il mit la cage par terre, et dit à l'oiseau en pleurant : « Reviens, reviens petit oiseau, le P. Joseph veut l'avoir. » L'oiseau aussitôt se mit à faire des cercles en voltigeant, et rentra dans la cage. Le jeune homme le porta alors plein de joie au saint.

Joseph avait donné un jour la liberté à un pinson, en lui disant : «Va jouir du bien que Dieu fa donné : je ne demande de toi qu'une chose, c'est que tu reviennes quand je t'appellerai, afin de louer le Seigneur avec moi. » A partir de ce moment, l'oiseau se tint dans le jardin qui était tout près de là, et revenait exactement toutes les fois que le saint l'appelait. — Il avait depuis longtemps en cage un autre oiseau , qui lui chantait dès le matin : « Frère Joseph, dis ta prière; frère Joseph, dis ta prière. » Cet oiseau, que le saint aimait beaucoup, était dans une cage suspendue à la fenêtre de sa chambre qui donnait sur un bois. Un oiseau de proie accourut un jour sur la cage. L'oiseau appela son maître par ses cris et le battement de ses ailes. Celui-ci accourut; mais il était trop tard, l'oiseau était

déjà mort. Le saint, voyant l'autre qui voltigeait encore autour de la cage, lui cria : « 0 voleur, c'est toi qui m'as tué mon oiseau ; viens que je te tue à ton tour. » L'oiseau vint aussitôt, comme contraint par une puissance supérieure , et se posa sur la cage comme s'il eût été mort. Joseph lui donna deux ou trois petits coups avec la main, et lui dit ensuite : « Va-t'en ; je te pardonne pour cette fois, mais ne recommence pas. — Il promit un jour aux religieuses de Sainte-Claire à Copertino de leur envoyer un oiseau qui les avertirait de louer Dieu. Toutes les fois, en effet, qu'elles chantaient les heures , un oiseau de la forêt arrivait et se mettait à chanter. Bien plus, un jour, deux novices disputant ensemble, l'oiseau se mit à voler entre elles, faisant tout son possible avec ses ailes et ses griffes pour les apaiser. Une des deux l'ayant chassé en le frappant, il s'envola et ne revint plus, après être venu pendant cinq ans familièrement dans le monastère. Les sœurs consternées confièrent leur peine au saint. « Vous n'avez que ce que vous méritez, leur dit-il. Pourquoi avez-vous chassé l'oiseau? » Il leur promit cependant de le leur renvoyer. En effet, au premier signal des heures dans le chœur, l'oiseau revint chanter à la fenêtre, et fut plus familier encore qu'auparavant. Les religieuses, pour s'amuser, lui avaient attaché une petite sonnette au pied. L'oiseau ne paraissant point le jeudi et le vendredi saint, elles s'adressèrent encore au saint, qui leur dit : « Je vous l'ai envoyé, non pour qu'il sonne, mais pour qu'il chante : il n'est pas venu ces jours, parce qu'il garde le tombeau de Notre -Seigneur; mais je ferai en sorte qu'il revienne. » 11 revint, en effet, et demeura longtemps encore dans le monastère.

Le naturel des oiseaux se peint ordinairement dans le

genre de services qu'ils rendent aux saints. On aperçoit même un certain rapport mystérieux et symbolique entre leur naturel et le caractère du saint avec lequel ils sont familiers.

Les aigles et les autres grands oiseaux de proie remplissent ordinairement les fonctions de pourvoyeurs. Ils apportent à l'évêque Cuthbert, à saint Corbinien, à saint Etienne de l'ordre de Citeaux des poissons dans leurs voyages. D'autres fois, quand un saint est fatigué parla marche ou la prédication , ils le rafraîchissent en battant des ailes au-dessus de sa tête. Oubliant leur naturel sauvage, ils l'accompagnent dans ses excursions. Un laboureur, voyant un aigle dans un champ, le conjura au nom du vénérable Jean Dominicain. L'oiseau s'étant laissé prendre , le paysan en fit présent à ce saint homme , et il le suivait dans ses missions , volant devant lui , assistant tranquillement à tous ses sermons, et battant joyeusement des ailes quand ils étaient finis. (Cantinpré.)

Un jour que Jacques de Stephano était allé dans les champs, il se vit tout à coup environné d'une bande de tourterelles sauvages. Des chasseurs voulurent tirer de loin ; mais il les en empêcha, disant que ces oiseaux étaient sous sa protection. Les tourterelles, comme si elles l'eussent compris , se mirent à voler autour de lui et à le caresser, au grand étonnement de tous les témoins; et cela se répéta plusieurs fois. Sur son ordre elles accouraient aussitôt, venaient se poser sur ses épaules, et semblaient comprendre non-seulement sa voix, mais encore ses moindres signes; de sorte que le bruit courut qu'elles lui servaient de messagers et lui portaient ses lettres. (Sylos.) Plus d'une fois on vit des colombes blanches voler autour de la tête

des saints, pendant qu'ils prêchaient ou disaient la messe, et des corbeaux ou des pies rapporter ce qu'ils avaient volé. Les hirondelles vivent dans la plus intime familiarité avec le solitaire Gutlach. Lorsqu'elles reviennent au printemps , elles se posent sur ses épaules et sur ses bras en chantant, jusqu'à ce qu'il leur construise une 'espèce de nid ; et c'est alors seulement qu'elles osent bâtir près de lui leur demeure. Quelquefois cependant elles troublent par leur babil le service divin ; et nous voyons alors saint François d'Assise et Gandolphe de Benasco leur imposer silence. Sainte Brigitte de Kildar appelle des oies sauvages qui nageaient dans un lac voisin ; elles accourent aussitôt, se laissent caresser par elle et s'en retournent. Sainte Wériburge fait chasser par sa servante des oiseaux qui ravageaient ses moissons. Christine l'Admirable appelait souvent autour d'elle dans les champs les plus beaux oiseaux de toute espèce, et s'asseyait au milieu d'eux, comme une poule au milieu de ses poussins, les caressant avec la main et les baisant. Pendant que sainte Jutte était sur son lit de mort, une bande d'oiseaux de toutes sortes accourut à sa fenêtre, et ravit de ses chants tous les assistants, jusqu'à ce que la cloche eût annoncé sa mort. Toutes les fois que saint Ubaid de Florence travaillait dans son jardin, il était entouré d'oiseaux qui venaient se poser sur sa tête et ses mains. On raconte la même chose des prêtres Juste et Aventin, du saint abbé Vital, des saints Herculan, Maxence, Remy, Albert, Malaric, Marian, de Béatrix de Nazareth et d'autres, à qui les oiseaux venaient chanter leurs plus beaux chants en mangeant dans leurs mains.

On raconte de saint Hugues, évêque de Lincoln , que le S. Hugues.

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jour où il arriva dans cette ville , après sa consécration , il y vint en même tempsun cygne qu'on n'avait jamais vu auparavant, et qui tua tous les cygnes qu'il Irouva, à l'exception d'une femelle. Il ne se montrait doux et familier que pour l'évêque; il venait manger dans sa main, cachait sa tête et son cou dans ses larges manches, et restait près de lui jour et nuit comme un fidèle gardien. Lorsque l'évêque partait pour quelque voyage, le cygne retournait à son étang; mais il annonçait trois ou quatre jours d'avance, par ses cris, ses allées et venues, et d'autres mouvements inaccoutumés, le retour du saint; de sorte que les serviteurs avaient coutume de se dire : « Mettons tout en ordre, l'évêque va bientôt venir. » Lorsque celui-ci revint pour la dernière fois, peu de temps avant sa mort , le cygne n'alla point à sa rencontre; les serviteurs eurent beaucoup de peine à le lui amener, et lorsqu'il le vit il ne témoigna aucune joie, et s'en alla aussitôt, triste et la tête baissée, comme s'il eût été malade. Il resta plusieurs années encore dans le château après la mort du saint.

Parmi les quadrupèdes, les lions surtout ont vécu familièrement avec les solitaires du désert; et ce n'était assurément pas la crainte qui les avait ainsi apprivoisés. Plusieurs des récits qui nous sont parvenus à ce sujet portent, il est vrai, l'empreinte de la légende; mais il en est d'autres qui reposent évidemment sur des faits réels, et ils nous sont confirmés d'ailleurs par ce que les actes des martyrs nous racontent en ce genre. Dans le Nord, nous voyons, dès les temps les plus anciens, des ours se soumettre avec docilité aux messagers de la foi , quand ils les rencontrent dans leurs voyages, ou aux ermites qui vont s'établir dans les

foiêls. Ici c'est un ours qui dévore le mulet de saint Corbinien allant à Rome, et qui se charge de porter lui-même ses bagages. Là c'en est un autre qui, ayant pris un bœuf attelé au chariot de saint Ferrin, se laisse atteler à sa place. Ailleurs c'en est un troisième que saint Colomban chasse de sa grotte. On cite beaucoup d'autres faits de même genre des saints Romède, Mena, Donat, Basole, Gai, etc. Ici ce sont des loups qui, poursuivant une biche jusque dans le voisinage de l'église du saint abbé Launomar, lâchent leur proie sur son ordre, et retournent dans le désert. D'autres sont forcés de rapporter les brebis ou les enfants qu'ils ont volés. Le loup de saint Norbert garde lui-même les troupeaux, les suit jusqu'à l'établc, et gratte à la porte jusqu'à ce que le saint lui ait fait donner un morceau de \iande pour récompense. Un cerf vient se coucher aux pieds de saint Bassien. Un autre, sur l'ordre du bienheureux Thomas de Florence, se laisse mettre la bride et sert les frères du couvent. Des taureaux furieux sont apaisés par un seul mot. Saint François de Paule choisit dans un troupeau de bœufs sauvages qui paissait dans les prairies du baron de Cesaro, après en avoir obtenu la permission de celui-ci, deux de ces animaux , et les conduit comme des agneaux devant lui. Mais de tous les animaux, celui qui reçoit le plus facilement l'influence surnaturelle des saints, c'est le cheval, qui déjà naturellement est à l'égard de l'homme dans une sorte de rapport magnétique. Ainsi le cheval de saint Walen , terrible et indomptable pour tous les autres, était à son égard d'une docilité merveilleuse; de sorte que souvent, lorsque le saint avait de la peine à monter, il se mettait à genoux devant lui, et marchait ensuite comme un agneau, ralentissant sa marche quand il

dormait , et la hâtant quand il était éveillé , afin de regagner ceux qu'il avait laissé prendre les devants. Après la mort de son maître , il maigrit , devint triste et ne fut plus bon à rien. 11 en était ainsi, au rapport de saint Bernard, du cheval de l'évêque Malachie, qui avait d'abord un pas dur et fatigant, et qui, une fois monté parle saint, prit une allure douce et légère. Bien plus, de noir qu'il était, il devint blanc, et garda cette couleur jusqu'à sa mort. Le cheval du prieur Wéric, quand il portait son maître, s'arrêtait devant tous les pauvres gens, tandis qu'il passait au galop devant les gens fiers ou bien mis. La reine ayant envoyé à l'évêque Samson un cheval furieux , avec une mauvaise intention , le prélat se contenta de faire le signe de la croix sur le front de l'animal, qui devint aussitôt doux et tremblant, osant à peine faire un pas, au grand étonnement de tous les témoins. La même chose arriva, dans des circonstances semblables, à saint Fortunat et au prêtre Jean. 11 en est de même des chiens, qu'une parole d'un saint a bien souvent arrêtés tout à coup, pendant qu'ils poursuivaient quelque gibier, malgré tous les efforts des chasseurs pour les exciter.

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