De Pietate
3. [Voir sur le mythe de Pandore, Schœmaun, Opuscula academica, U, pp. 264-304.]
remonte probablement à une histoire de ce genre), et le messager annonça que les hommes mourraient certainement et ne renaîtraient jamais. La lune, fâchée, lui fendit la lèvre supérieure. D'après une autre version hottentote, Terreur du lièvre causa la mort de la mère de la lune *. On peut citer ici un conte des îles Fidji qui rappelle les précédents : La lune discutait avec le rat et voulait que les hommes mourussent, pour renaître ensuite, comme elle-même. Mais le rat lui dit : Que les hommes meurent plutôt comme les rats, et il remporta *. Chez les peuples les plus sauvages de l'Inde 3 , le serpent est mêlé aux mythes de l'origine de la mort, et il y a de quoi nous mettre en défiance. La légende suivante a pu si facilement provenir d'une confusion avec les récits musulmans ou chrétiens
1. Bleek, Bushman Folklore, déjà cité. Les Namaquas racontent la même histoire. Cf. Sir James Alexandre, Expédition of Discovery into the Interior of Africa, Londres 1838, II, p. 250. On trouve cette connexion entre la lune et le lièvre en sanscrit, en mexicain, dans plusieurs des lies de la mer du Sud et dans les traditions populaires de l'Allemagne, comme dans les contes bouddhistes. Il est probable que là où nous voyons un visage, ces diverses races ont vu un lièvre, ce qui aura piqué leur curiosité et provoqué des explications sous forme de mythes. Cf. Custom and Myth., 2° édit., p. 132.
2. Cf. Hahn, Tsuni Goam, p. 100. [Peschel, qui rapporte cette légende, fait remarquer combien elle prouve pour l'unité de l'esprit humain , car, dit-il, on ne peut songer ici ni à un emprunt, ni à une origine commune, Vœlkerkunde, 3 e édit. Leipzig, 1876, p. 495.]
3. Lewin, Wild Races of South eastern India, Londres, 1870, [Malgré son titre, cet ouvrage s'occupe surtout des tribus de la frontière nord-est de l'Inde.]
qu'elle a peu d'imporlanco pour nous. Cependant, même si ce n'est qu'une adaptation, elle met en lumière les traits caractéristiques de l'esprit qui Ta adoptée. Dieu avait fait le monde, les arbres et les reptiles et allait se mettre à faire l'homme d'un peu de boue. Un serpent vint et dévora pendant que Dieu dormait les figurines qui n'étaient pas encore animées. C'est ainsi qu'il fait encore, il vient, nous mord tous et c'est là la cause de la mort. Si Dieu n'avait pas dormi, il n'y aurait pas eu de mort. Ce qui est plus drôle, c'est la suite du mythe. Ne pouvant se tenir sans cesse éveillé, Dieu fit le chien qui devait écarter le serpent par ses aboiements, et voilà pourquoi les chiens aboient toujours quand les hommes sont sur le point de mourir. Nous retrouvons ici les superstitions de nos campagnes dans un mythe du sud de l'Inde *•
Dans l'Afrique centrale 2 , on retrouve le mythe de la mort provenant d'un simple accident. Il y eut un temps où l'homme que bénissait Sancho Pança n'avait pas encore « inventé le sommeil ». Ce fut une femme qui vint s'offrir à enseigner à deux hommes cet art nouveau : elle tint fermées les narines de l'un et il ne s'éveilla plus du tout ; depuis lors l'art de mourir est devenu facile.
Les naturels des îles de la Pentecôte et les Peaux-
i. [Rolland, Faune populaire de la France, IV, p. 66.] 2. Duff Macdonald, op. cit.
Rouges expliquent d'une manière assez naturelle l'origine de la mort : c'est un mythe dualiste comme on en trouve chez bien des peuples pour expliquer l'origine du mal. Deux frères étaient en train de faire toutes choses, l'un les faisait bien et l'autre mal. Aux îles de la Pentecôte 4 , c'était Tagar qui les faisait bien et il avait établi que les hommes ne mourraient que pour cinq jours, et puis qu'ils renaîtraient. Mais le méchant Suqe les fit mourir pour jamais. La légende des Peaux-Rouges est de même genre*. Le plus jeunes des frères Lin-au-av , qui étaient des loups, dit : « Quand un homme mourra, renvoyez-le le lendemain pour que ses amis se réjouissent. — Non, dit l'aîné, les morts ne reviendront pas. » Le plus jeune frappa le fils de l'aîné, et ce fut le commencement de la mort.
Il y a aux îles Banks un très joli mythe de la mort. Au commencement, là, comme ailleurs, les hommes étaient immortels. Mais la propriété en vint à se concentrer entre les mains d'un petit nombre, les membres des premières générations, tandis que les plus jeunes étaient dans la pauvreté. Pour remédier à ce déplorable état social, Qat, Fauteur de toutes choses, fit chercher Mate, la mort. Celle-ci habitait près du cratère d'un volcan où il y a maintenant une entrée de l'enfer,