Essais, p
torale. » Il avait un grand nombre d'animaux domestiques, il pratiquait l'agriculture et avait inventé la charrue. La royauté était au nombre de ses institutions politiques. Il bâtissait des villes et construisait des routes. Il savait tisser et il « travaillait les métaux y compris le fer. » Il possédait un système d'arithmétique décimale, « qui Saurait été assuré, dit M. Millier, que par l'usure qui se produit dans le langage par la culture littéraire et la pratique journalière *. »
Puisqu'il possédait une littérature, il fallait que son langage fût suffisamment défini et que la signification des mots fût déjà, pour ainsi dire, stéréotypée. « Cette période primitive, antérieure à la formation de nationalités distinctes, est celle que j'appelle la période mythopœique, car chacun de
1. Essais, pp. 61-67. [Ce tableau de la civilisation primitive des Aryas a été tracé d'abord par A. Kuhn , Zur aeltesten Geschichte der indo-germanischen Voelker. Berlin, 1845, puis avec de nouveaux développements dans les Indische Studien, I, p. 321-363.] Pictet a traité le même sujet en deux gros volumes : les Origines Indo-européennes ou les Aryas primitifs, essai de paléontologie linguistique, Genève, 1859. Tout récemment M. 0. Schrader a repris la question d'après les dernières découvertes de la liuguistique contemporaine, et il a été amené à modifier sur plusieurs points les résultats de ses devancière, qui semblent avoir présenté cette civilisation primitive sous un jour trop favorable {Sprachvergleichung und Urgeschichte, Iena, 1884.) M. V. Hehn, Kulturpflanzen und Bausthiere (1™ éd. Berlin, 1870) avait le premier assombri le tableau, en montrant sur quels faibles arguments se fondaient Kuhn et Pictet. L'esquisse que fait ici M. Max MiiUer et qu'il emprunte à ces derniers, donné prise aux mômes critiques.]
ces mots aryens communs est, dans un certain sens, un mythe '. »
On observera que dans l'âge mythopœique, Thomme était au fond très civilisé et que le langage avait subi « le frottement et l'usure » de la culture littéraire.
4. Le langage primitif. — Après avoir défini l'état social, politique et littéraire des hommes dans l'âge mythopœique , M. Max Millier en vient à décrire le style de leur conversation qui devint à la longue la source de leurs mythes. Dans le langage du temps, une foule de termes qui plus tard devinrent abstraits « exprimaient quelque chose de substantiel, des objets que les sens pouvaient percevoir. » Cette conclusion résulte de l'examen des mots aryens. « Dans les langues anciennes, tous les mots comme jour, nuit, terre, printemps, aurore, ont nécessairement une terminaison pour marquer le genre, » et ce fait a pour conséquence naturelle d'éveiller dans l'esprit l'idée correspondante de sexe. Ainsi ces noms ne reçoivent pas seulement un caractère individuel mais encore un caractère sexuel... Qu'en dut-il résulter? Aussi longtemps que les hommes sentirent, en parlant, la signification première de leurs mots, il fut absolument impossible de parler du matin ou du soir, du printemps ou de l'hiver, sans donner