‹ La mythologieChapitre 73 sur 138 · POLYNÉSIE · texte numérisé non relu

POLYNÉSIE

Nous quittons les mythes sauvages les plus grossiers dont nous ne pouvons donner ici une analyse plus étendue, et nous nous tournons vers des races situées à un niveau un peu plus élevé de civilisation. Parmi celles-ci, les Maoris de la Nouvelle-Zélande et les peuples de la Polynésie se distinguent en général par une mythologie dans laquelle des tentatives anciennes de spéculations philosophiques plus hautes entrent pour une large part. Les Maoris, les Mangéiens et autres peuples ont eu parmi eux des esprits qui n'étaient pas très éloignés de la condition intellectuelle des premiers philosophes grecs, Empédocle, Anaximandre, etc. La façon de concevoir la nature que nous appelons

personnalisme dans les théories les plus imparfaites des physiciens avait, selon toute apparence, commencé à être acceptée en Nouvelle-Zélande avant l'arrivée des Européens.

Dans la mythologie des Maoris, il est plus difficile que d'ordinaire de séparer l'origine du monde de celle des dieux. De vieux hymnes traditionnels nous racontent « une création sortie du néant » et les phases successives du développement de l'univers et des dieux. Au commencement, comme dans les mythes grecs d'Ouranos et de Géa, le ciel, liangi, qui est conçu comme une personne, était uni d'une façon indissoluble à sa femme, la Terre, Papa; ensemble ils engendrèrent les dieux qui étaient condamnés à rester dans l'obscurité. Ces dieux avaient soit la forme de végétaux, soit la forme d'animaux ; des traditions placent parmi eux Tiki le démiurge, qui, comme Prométhée, fit des hommes avec de l'argile. Les descendants de Rangi et de Papa, mécontents d'être ainsi enfermés dans l'obscurité, tinrent conseil pour décider ce qu'ils feraient de leurs parents. Doivent-ils les tuer ou simplement les séparer? Dans la fable d'Hésiode, Cronos sépare le couple céleste en mutilant son père tyrannique Ouranos. Chez les Maoris, le dieu Tutenganàhan coupe les nerfs qui unissent la terre et le ciel et Tane-Mahuta les éloigne l'un de l'autre et les sépare pour toujours. La nouvelle dynastie a maintenant la terre pour

elle ; seul Tawhiramatea, le Vent, demeure dans l'air avec son père. Quelques diçux ont la forme de lézard ou de poisson; les uns vivent sur la terre, les autres sur les eaux.

Comme parmi les Devas et les Asuras des Yédas, il y a beaucoup de guerres dans la race divine; les incantations des Brâhmanas de l'Inde proviennent de ces vieilles pratiques des dieux védiques ; les incantations des Maoris ont une semblable origine. Nous pouvons dire que les divinités de la Nouvelle-Zélande, du moins les plus grandes, ont leurs départements ; chaque personne représente une force physique et est le dieu de cette force. Comme le dit Te-Heu, un chef puissant, il y a une division de travail entre les hommes, qui se retrouve aussi parmi les dieux: « L'un fait ceci, l'autre cela ; Jane fait les arbres, Ru les montagnes, Tanga-Roa les poissons et ainsi de suite 1 . » Ce partage des attributions domine dans le polythéisme des peuples civilisés et nous est familier à tous à cause des exemples grecs.

Nous quittons les grands dieux dont les fonctions sont si étendues et les formes, qu'elles soient de lézards, de poissons ou d'arbres , d'ordinaire si mesquines, et nous arrivons à Maui, le grand héros de la famille surnaturelle en Polynésie. Maui,

1. Taylor, New Zealand and Us inhab liants. Londres, 1855, p. 108.

à certains égards, correspond au chef des Adityas de la mythologie védique ; sous d'autres rapports, il ressemble à Qat, Quawteaht et autres divinités sauvages. Comme le fils del'Aditi védique *, Maui est un enfant rejeté par sa mère, un avorton ; mais plus tard il parvient à la plus haute réputation. De même que Qat apporta la lumière inconnue avant lui, Maui assigna au soleil et à la lune leurs cours respectifs. Il força le soleil à suivre un mouvement régulier, en lui administrant une violente correction. Un exploit semblable est attribué à un fameux chef Peau-Rouge. Ces récits appartiennent plus spécialement à la classe des mythes solaires. Maui lui-même est considéré par M. E. B. Taylor comme une mythe du soleil, mais il paraît difficile d'admettre que le soleil s'inflige à lui-même une punition.

Maui tue des monstres, invente des hameçons pour la pêche, adopte fréquemment la forme de différents oiseaux, accomplit les mêmes actes que Prométhée Purphoros, le ravisseur du feu, tire une île entière du fond de la mer : c'est un grand sorcier et un grand magicien. S'il avait réussi dans sa tentative de passer à travers le corps de la Nuit qui est regardée comme une femme, les hommes auraient été immortels. Mais un petit oiseau, qui

i. Rig-Veda, x, 72, 1, 8. Cf. Muir, Sanskrit Texts, iv, 13, ouest reproduite la légende tirée du Çatapaiha Brâhmana.

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chantait au coucher du soleil, éveilla la Nuit; elle saisit Maui et les hommes durent mourir. On a cru voir ici un mythe du coucher du soleil *, mais le soleil réussit là ou Maui échoue, il passe à travers le corps de la nuit sans rien souffrir. L'aventure est plutôt un de ces mythes de l'origine de la mort qui sont répandus à peu près partout. Maui est certainement regardé comme dieu, mais on ne lui adresse guère de prières \

Le système entier de la mythologie des Maoris, si le mot de système peut ici s'employer , repose évidemment sur les conceptions sauvages que nous avons déjà expliquées. Les fables de la Polynésie différent surtout dans les détails; nous y retrouvons la séparation du ciel et de la terre ; les dieux sous forme d'animaux, le vol du feu, les exploits de Maui et des mythes de moindre importance 3 .

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