DES HÉROS
Les anciens peignaient souvent les hommes illustres comme des géans , ou du moins comme des hommes d'une taille extraordinaire. Homère et les autres poètes leur font employer des javelots que la force ordinaire de quatre hommes n'aurait pu lancer.
Nous avons déjà dit que les Egyptiens étaient dans l'usage déjuger, après leur mort, les rois , les généraux et toutes les personnes considérahles. On conservait leur mémoire, on la respectait ; mais les Grecs furent les premiers à leur rendre un culte. C'est aussi de leur langue que dérive le mot héros. On explique diversement son origine-, quelques anciens font venir ce mot de éros^ amour, pour signifier que les héros étaient les fils des dieux et des femmes mortelles , ou des déesses et des hommes ; mais saint Augustin, dans ses recherches sur 1 idolâtrie, prouve que le mot AeVo vient du mot grec Aé/rt , que portait Junon. L'un des fils de cette déesse s'appelait Ae/o, et son nom fut consacré pour désigner des hommes illustres par leur courage et leurs helles actions. Cette étymologie est la plus généralement adoptée. Ce nom ne fut dahord donné qu'aux enfans des dieux
et des moi^els ; mais par la suite il fut accordé à tous les hommes célèbres.
L'ancienne philosophie enseignait qu'après !a mort des grands hommes leurs âmes allaient habiter le séjour des dieux ; cette opinion donna lieu au culte qu'on leur rendit.
Le culte des dieux et celui des héros n'étaient point le même : on offrait des sacrifices aux divinités, on faisait des libations en leur honneur, et l'on se bornait pour les héros à célébrer leur pompe funèbre, pendant laquelle on chantait leurs exploits les plus brillans.
Dans plusieurs temples dédiés à Hercule , on lui ollrait des sacrifices sous le nom d'Hercule Olympien , et , dans ces mêmes temples, on célébrait ses funérailles en sa qualité de héros.
Les Arcadiens , les Messéniens et les Thébains commençaient par offrir des sacrifices aux dieux , ensuite ils invoquaient les héros de leur pays. On croyait généralement que ces derniers concouraient avec les dieux à punir l'impiété.
Les héroïnes jouissaient des mêmes honneurs que les héros, leurs tombeaux n'avaient aucune différence. On élevait les uns et les autres au milieu de quelque bois , qui dès lors devenait sacré, et se nommait lucus. Il
AVEC l'histoire. 3Î
y avait des temps marq^ués pour aller y porter des présens et faire des libations.
Il est très-difficile de fixer avec précision le temps auquel le culte des héros commença. Les anciens ne disent rien de positif sur ce point. Les savans modernes se réunissent pour croire que son origine remonte à Cadmus. Ils observent que ce prince, ayant rapporté dans la Grèce les lois , les usages et les mœurs d'Egypte et de Phénicie, y introduisit en même temps l'usage d'honorer ou de flétrir la mémoire des personnages considérables. Les Grecs, naturellement imitateurs, aoulurent de même honorer les funérailles de leurs parens par des fêtes, des invocations et des oiïrandes ; ils leur érigèrent d'abord des tombeaux remarquables , sur lesquels ils venaient faire des libations aux jours anniversaires; ils y joignirent ensuite des statues et des autels; et l'on vit enfin les tombeaux se transformer en temples.
Tout particulier avait le droit de rendre des devoirs à ses ancêtres , et même de leur accorder des honneurs , mais souvent leur célébrité ne s'étendait pas au delà de la famille; ils en étaient les dieux pénates , et le reste de l'univers ignorait l'existence de ces obscures divinités. Mais il n'en était pas de même des grands hommes à qui des villes , des royaumes
et des nations immenses croyaient devoir des honneurs , pour reconnaître leurs services et récompenser leurs belles actions. Ils devenaient par des décrets publics les héros protecteurs du peuple parmi lesquels ils avaient vécu; souvent d'autres peuples les adoptaient, et leur culte avait le même éclat et la même étendue que leur renommée.
Les particuliers ne pouvaient élever à leurs parens que de simples tombeaux en forme d'autels et qui n'étaient jamais puJ^lics.
Les monumens élevés aux héros du pays ressemblaient aux temples des dieux , et pour leur rendre un hominage encore plus solennel, on établissait en leur lijonneur des mystères, des cérémonies, et des collèges de prêtres destinés à leur service.
Le nombre des héros et des héroïnes étant presqu'infini , il serait impossible de donner i histoire et même seulement les noms de tous ceuxauxcjuelsla Grèce et l'Italie avaientaccordé un culte religieux ou de grands honneurs ; mais nous aurons soin de faire connaître les plus célèbres, et nous observerons, autan^t (ju'il sera possible^ l'ordre des temps. Nous allons en conséquence commencer par Ihistoire de Persée, dont l'antiquité paraît la plus reculée.
Pa^e 33 .
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