HISTOIRE DE MINOS SECOND; AVEN
TURES DUMINOTAURE, ET COM- MENGEMENS DE THÉSÉE.
Après la mort de Minos premier, Lycaste son fils lui succéda. 3on règne n'eut rien de remarquable. Minos second, son fils, le fît bientôt oublier, et se rendit très-célèbre par sa puissance et ses conquêtes. Jamais , avant lui , on n'avait vu de flottes aussi nombreux ses ; elles servirent à le rendre maître de toutes les îles voisines de son royaume. Ce prince, parvenu au plus haut point de la gloire, vit détruire son repos et son bonheur par l'aventure que nous allons raconter.
La célébration des Panathénées attirait toujours à Athènes les personnes les plus considérables de la Grèce. Minos voulut y envoyer son fils Androgée. Ce jeune prince remporta tous les prix , et s'acquit l'estime et l'admiration générales. Les fils dePallas, frère d'Egée, roi d'Athènes, se lièrent avec lui de la plus tendre amitié. Cette union devint suspecte au roi d'Athènes ; Thésée, son fils et l'héritier de son trône, nélait point encore reconnu. L'amitié d Androgée pour les Pallantides inspira une sorte de terreur à Egée : il craignit de voir INIinos , persuadé par
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les fils de Pallas , employer ses forces pour le détrôner. Voulant se débarrasser de tant de* soins et de crainte, Egée fit assassiner Androgée lorsqu il était sur les confins de l'Attique, et retournait chez son père. Ce crime ne resta point impuni ; Minos prépara ses flottes , et fondit sur l'Attique avant que l'on fût en état de lui opposer des forces.
Nisa, ville voisine d'Athènes, qui tenait son nom de Nisus , frère d'Egée , fut la première à sentir la puissance des armes de Minos ; cependant elle aurait pu résister longtemps sans la trahison de Scylla , fille de Nisus. Elle aperçut Minos du haut des tours de la ville, et conçut pour lui une folle passion. Instruite des secrets de son père et de toutes ses résolutions , elle les fit connaître à Minos ; elle trouva même le moyen de lui faire remettre les clefs de la ville , qu'elle avait dérobées pendant la nuit. Le roi de Crète profita de cette abominable trahison ; il s'empara de la ville ; mais , plein d'horreur pour celle qui l'avait commise , il refusa de la voir. Le désespoir et la honte d'un crime affreux et inutile portèrent Scylla à se précipiter dans la mer.
Les Grecs , honteux de s'être laissés surprendre , voulurent cacher la cause de leur défaite, en publiant que le sort de Nisa tenait
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à un, cheveu fatal que portait Nisus. Ils dirent que Scylla l'ayant coupé par surprise ;, et envoyé à Minos , leur ville était tombée en son pouvoir. Les poètes ajoutèrent à cette fable que Scylla avait été changée en alouette , son père Nisus en épervier, et qu'on le voit occupé sans cesse à poursuivre sa fille , pour la" punir de son crime.
Mégareus n'ayant pu arriver assez promptement pour secourir la ville de Nisa, la fit rebâtir après la retraite de IMinos. La beauté des murailles qu'il fit construire donna lieu de publier cju' elles étaient l'ouvrage d'Apollon , et cette ville porta depuis le nom de Mégare.
La destruction de Nisa ne suffit point à la vengeance de Minos; il alla mettre le siège devant la ville d Athènes. Le ciel lui-même servait sa colère. Une sécheresse extraordinaire désolait toute la Grèce. L'oracle consulté répondit que le seul Eacus pourrait apaiser les dieux par ses prières. Une partie de la Grèce fut soulagée , mais le ciel fut d'airain pour Athènes et le reste de l'Atlique. Les Athéniens efïr.iyés devinrent cruels , et sur la foi d'un oracle qui commandait de sacrifier quelques étrangers , ils violèrent les droits sacrés de l'hospitalité, en immolant les filles du Lacédémonien Hyacinthe, qui, depuis peu de temps,
S était fixé dans leur ville. Ce barbare sacrifice n'adoucit point leur sort : on consulta de nouveau l'oracle ; il répondit qu il fallait donner à Minos une entière satisfaction. Des ambassadeurs, en état de supplians , furent envoyés pour implorer la clémence du vainqueur ; il accorda la paix , mais à la condition que tous les sept ans on lui enverrait en tribut sept jeunes garçons et autant déjeunes filles. Le sort décidait quelles devaient être les victimes. Depuis ce temps les Athéniens, honteux de leur défaite et d'un tribut si déshonorant , s efforcèrent de rendre odieuse la mémoire de Minos second , en publiant une fable qui devint extrêmement célèbre. Suivant celte fable , le roi de Crète enfermait ses prisonniers dans le fameux labyrinthe construit par Dédale^ et là , ils devenaient la proie du Minotaure , monstre moitié homme et moitié taureau , enfanté par Pasiphaé , femme de Minos. Ce monstre n'eut jamais d'existence. L'histoire nous apprend que Minos institua des jeux funèbres en l'honneur de son fils Androsrée. Les Athéniens prisonniers devenaient la récompense de celui qui remportait le prix de ces jeux. Taurus , homnae cruel et superbe , fut le premier vainqueur; il traita très -durement ses nouveaux esclaves ; son nom et ses mauvais traitemens servirent à le faire
peindre de la manière que nous venons de dire.
L'honneur de délivrer les Athéniens de ce tribut honteux était réservé à Thésée. Ce jeune prince aspirait à marcher sur les traces d'Hercule. Il obtint d'Egée, son père, la permission de partir avec les prisonniers , sans y avoir été contraint par le sort. Pendant que 1 on préj)arait le vaisseau qui devait les transporter en Crète , grand nombre de sacrifices furent offerts aux dieux pour se les rendre favorables. Thésée , parvenu au port de Phalère , fît le vœu solennel d'envoyer tous les ans à Delphes offrir un sacrifice en l'honneur d'x\pollon , et l'oracle qu'il consulta lui répondit que l'amour serait son guide. Après les cérémonies, lèvent devint bon ; Thésée fit tendre les voiles , et vint aborder en Crète. Sa beauté , sa jeunesse , son maintien héroïque , frappèrent les regards d'Ariadne , fille de Minos : elle ne voulut point le laisser périr ; elle lui fit donner un peloton de fil , pour l'aider à se retrouver dans les détours du labyrinthe. Thésée, parvenu jusqu'au Minotaure, le combattit , et en triompha. ( Fi g. 72. )
Nous allons à présent dégager 1 histoire des orncmcns de la fable.
Quelques auteurs prélcndont que Thésée ne condiattit point dans le lal)vrinlhe, mais dans
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la place publique où se célébraient les jeux funèbres d'Androgée. La présence d'xVriadne, disent-ils , anima le courage du héros ; il vainquit Taurus , et cette victoire plut à Minos lui-même , parce que linsolence et l'ambition de Taurus commençaient à lui porter omljrage.
D'autres historiens , plus graves et plus d'accord avec les circonstances racontées par la fable ;, disent qu'Ariadne, éprise de Thésée, lui fournit des armes pour combattre Taurus , et lui donna le plan du labyrinthe , après l'avoir obtenu de Dédale. Thésée s'en servit pour échapper après sa vdctoire; Ariadne le suivit , et tous les deux arrivèrent heureusement à l'île de jNaxe.
Une seconde fable des Grecs dit que Thésée abandonna sa libératrice , mais que Bacchus , étant arrivé près d'elle pendant qu'elle se livrait à sa douleur, lui fit facilement oublier celui qu'elle croyait coupable à la fois d'ingratitude et d'infidélité.
L histoire contredit cette fable, et rapporte qu'Onarus , prêtre , ou plutôt confident de Bacchus , enleva cette princesse dans 1 île de Naxe. Illa conduisit à Bacchus, qui parvint h se faire pardonner cette violence , et devint l'époux d' Ariadne. Les poètes ont placé parmi les astres la couronne dont Bacchus lui fît présent.
58 LA MYTHOLOGIE COMPAUÉE
L'histoire , poursuivant son récit , rapporte que de Naxe Thésée se rendit à l'île de Délos, où il consacra une statue de la main de Dédale, c[ui lui avait été donnée par Ariadne , et lui rappelait trop douloureusement le souvenir de cette princesse. Il institua dans cette île une danse que l'on nommait la Grue , dans laquelle on imitait les détours du lahyrinthe.
Thésée , toujours occupé d'Ariadne , et ne pouvant se consoler de son enlèvement, ouhlia la promesse qu'il avait faite à son père Egée à l'instant de son départ. Le vaisseau des prisonniers avait des voiles noires , et Thésée avait promis de faire tendre un pavillon hlanc sil revenait vainqueur. Le vaisseau reparut à la vue d'Athènes sans avoir ,ce signal ; le malheureux Egée, à l'aspect des voiles noires, se précipita dans la mer , et périt dans les flots. Depuis ce temps , la mer d'A thènes se nomma la mer Egée. On consacra le souvenir de ce fatal événement en hâtissant sur le bord de cette mer une chapelle dans laquelle on voyait une victoire sans ailes, pour marquer que le triomphe de Thésée avait été connu trop lard.
Thésée, de retour à Athènes, rendit les derniers devoirs à son père : il institua des fêtes dont les frais étaient payés par les familles des prisonniers ([u'il avait délivrés. 11 fit frapper une médaille sur laquelle on voyait un
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taureau; mais rien ne rendil si célèbre le souvenir de cette victoire , que le soin avec lequel on exécuta toujours, par la suite, le vœu fait par Thésée au dieu Apollon. Tous les ans ou envoyait à Délos des ambassadeurs couronnés de branches d'olivier. Cette ambassade se nommait Tlieoria , ou visite au dieu. On employait pour ce voyage le même vaisseau ({ui avait porté Thésée; et l'on eut tellement soin de le conserver , et de renouveler les pièces qui manquaient , qu'il existait encore près de mille ans après la mort de Thésée.
Depuis 1 instant où le grand-prêtre avait purifié ce vaisseau jusqu'à celui de son retour, on ne faisait mourir aucun prisonnier dans l'Attique.
Après la fuite de Thésée^ Minos voulut punir Dédale d'avoir fiivorisé ce prince ; il le fit enfermer avec son fils Icare dans le labyrinthe que cet habile homme avait lui-même construit. Celui-ci en démêla facilement les détours ; Pasiphaé , femme de Minos , lui en fit ouvrir les portes, et lui procura un vaisseau auquel il attacha des voiles dont lusage était encore inconnu aux Cretois. Un vent favorable lui fit devancer la galère de Minos, qui se mit à sa poursuite avec un grand nombre d'excellens rameurs. Dédale^ échappé à son puissant ennemi , vint aborder dans une île
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éloignée de la terre ferme : là , son fils Icare voulut descendre avec trop de précipitation , il tomba dans la mer, et se noya. Les poètes, pour célébrer cette fuite , publièrent que Dédale s'était formé des ailes , et peignirent la mort d'Icare en disant que, malgré les conseils de son père , il avait voulu s'élever auprès du soleil ; mais que la chaleur fondit la cire qui servait à tenir ses ailes. La mer dans laquelle il se noya se nomme, depuis ce temps, la mer Icarienne.
Dédale étant parvenu en Sicile , trouva enfin auprès de Cocalus un asile qui lui avait été refusé par plusieurs autres princes , parce que tous redoutaient la puissance de Minos. Ce prince le poursuivit en effet jusque dans la Sicile, et somma Cocalus de lui rendre son prisonnier. Cocalus, ne voulant point violer les droits de l'hospitalité envers Dédale, et prévoyant d'ailleurs quil pourrait tirer un grand parti du génie de cet habile homme, fit proposer à Minos de venir traiter cette affaire à l'amiable. Ce prince imprudent accepta la proposition. Cocalus le reçut avec les plus grands honneurs, mais ces honneurs cachaient un piège horrible : il le pria d'entrer dans un bain, et le fit étouffer. Cocalus affecta de montrer les plus grands regrets de la mort de Minos, il rendit son corps à ses soldats , qui
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le firent enterrer secrètement. Pour mieux cacher sa sépulture, ils bâtirent par-dessus un temple à ^"énus qui devint très-célèbre par la suite. Quelques siècles après, on découvrit ce tombeau en bâtissant la ville d'Agrigente ; on recueillit les cendres de ce prince, et on les renvoya dans lîle de Crète.
Ainsi mourut Minos second , qui aurait joui de la réputation d'un des plus grands princes de son temps , sans la haine des poètes tragiques qui cherchèrent toujours à rendre sa mémoire odieuse.
Pour distinguer les deux Minos, que l'on a souvent confondus ensemble ,il faut remarquer cjue le premier était fils de Jupiter Astérius et d'Europe. Le second était fils de Lycaste et d'Ida, fille de Coribas. Le premier avait deux frères , Rhadamauthe et Sarpédon. Le second n'en avait point. Le premier n'eut que deux enfans , Lycaste et Acacallis. Le second fut père d Androgée , de Glaucus, de Deucalion , de Molus,d'Ariadneetde Phèdre. Le premier fut un prince pacifique , aimant la justice et la retraite. Le second aima la guerre , fit des conquêtes, et ses malheurs domestiques ne lui laissèrent pas un instant de repos
Après la mort de Minos second, Deucalion monta sur le trône, et son- fils Idoménée lui succéda. Ce dernier se distingua beaucoup au
siécrede Troie; maiS;, à son retour, il fut forcé de quitter son royaume pour se retirer en Italie, où il fonda la ville de Tarente.
L'illustre auteur de Téléniac|ue a traité cette partie de l'histoire d'Idoménée de manière à l'immortaliser.