ToME I
rites , sur des principes sûrs et des bases solides , qu'elle pourra se mettre à l'abri des (conceptions hasardées et des systèmes trompeurs.
En vain la prétendue philosophie moderne a voulu profiter des ténèbres cjui couvrent les premiers âges du monde, pour en faire la source de ses incertitudes et de ses sopbismes; les vestiges qui restent des temps les plus obscurs prouvent, jusqu'à l'évidence, que tous les hommes ont senti la nécessité d'un Dieu suprême, ordonnateur et créateur de toutes choses. La même nécessité les a forcés de reconnaître qu'ils étaient dans la dépendance de ce grand Être , et qu'ils lui devaient un culte. Les livres saints nous ont instruits que ce culte avait été prescrit par la Divinité même, et les rapprochemcns que nous avons faits dans les chapitres précédens suffisent pour démontrer que la tradition sainte a été altérée à mesure que la corruption s'est répandue sur la terre. Dès que le premier anneau de cette chaîne sacrée a été rompu, on s'est précipité d'erreurs en erreurs; l'imagination des hommes n'a pu suppléer à la sagesse éternelle.
La vanité fut une des premières sources des fables. On ne trouva point la vérité assez surprenante, assez belle ; on la para dorne-
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mens étrangers ; et Ign crut agrandir les héros en leur supposant des actions qu'ils n avaient jamais faites. Peut-être même crut-on porter plus puissamment vers la vertu , en proposant de grands exemples imaginaires; mais on se laissa tellement entraîner par le goût du merveilleux, que l'on finit par ôter aux hommes célèbres tout le mérite qu'ils pouvaient avoir. Par exemple, lorsque Persée tue Méduse , il la surprend pendant son sommeil ; s'il délivre Andromède, il aies ailes de Mercure. Achille est couvert d'armes invulnérables forgées par Vulcain. On alla jusqu'à prodiguer aux héros tous les attributs des dieux. C'est ainsi que la vanité et les autres passions humaines nous aveuglent, et par leurs excès dépassent le but qu'elles veulent atteindre.
Avant que l'usage des lettres fût introduit, les grands événemens et les belles actions n avaient d'autres monumens que la mémoire des hommes, ou tout au plus quelques hiéroglyphes obscurs. La tradition conservait donc le souvenir des grandes actions ; mais 1 expérience nous prouve combien il est rare de ne point mêler aux récits les plus simples des circonstances qui les embellissent. Lorsque , par la suite des temps , on a voulu écrire ces actions , on n'a plus trouvé que des
traditions confuses ; et , en les consacrant dans les histoires , on a , en quelque sorte , éternisé les fables.
La fausse éloquence et l'envie de louer les morts ont aussi produit des fables. Si l'on composait aujourd'hui l'histoire de la plupart des grands hommes d'après les seuls éloges de leurs panégyristes , on verrait souvent la fable rem])orter sur la vérité. Ces fables cependant étaient d'autant plus dangereuses dans les premiers temps , qu'elles s'unissaient presque toujours àdesdevoirs religieux; desorte qu une fois admises elles devenaient sacrées , et 1 on n'osait plus les combattre.
Les poètes et les peintres sont certainement ceux qui ont produit le plus de fables. Cherchant à plaire beaucoup plus qu'à instruire , ils préféraient dingénieux mensonges à des vérités communes. Si quelque prince pleurait la mort d'un fils , la poésie plaçait ce fils parmi les astres. Les écrits restaient, ils étaient imités , et la fable était consacrée. Le succès encouragea les poètes ; on lut leurs ouvrages avec plaisir, leurs fictions furent aimées, et la vérité simple parut sans charmes. Ce fut de là que les bergères furent transformées en nymphçs, en naïades ; les vaisseaux en chevaux ailés , comme dans Bellérophon ; en dragons , comme dans Médée. Les musiciens fu-
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l'ont des Apollons ; les grands médecins , des Esculapes ; les belles voix , des Muses ; les oranges , des pommes d'or; etc.