‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 135 sur 151 · ToME II. g · texte numérisé non relu

ToME II. g

î94 LA MYTHOLOGIE COMPARÉE

fils Apollon , et depuis ce temps l'oracle de Delphes ne parla plus qu'au nom de ce dieu .

Dans les premiers temps de la découverte de cet oracle, tout le monde, sans aucune distinction , pouvait être inspiré. La vapeur de la caverne agissait sur tous ceux qui la respiraient; mais plusieurs de ces frénétiques, dans l'excès de leur fureur, s'étant précipités dans l'ahîme , on chei'cha les moyens de remédier à cet accident assez fréquent.

On dressa sur l'ouverture de la terre une machine , que l'on nomma trépied , parce (fu'elle avait trois barres posées sur le roc. Une femme se plaçait sur cette espèce de chaise , et recevait les exhalaisons sans aucun risque.

Cette prétresse reçut le nom de Pythie , à ciiuse du serpent Python, tué par Apollon. De jeunes filles encore vierges , et choisies avec les plus grandes précautions , exerçaient ce ministère. On prenait ordinairement la Pythie dans une maison pauvre; elle devait avoir vécu sans luxe, sans amour de la parure. La plus extrême simplicité et Tignorance même de toutes choses étaient des titres de préférence pour parvenir à cette dignité. 11 suffisait que la Pythie pût répéter ce que le dieu lui dictait. La coutume de choisir de jeunes vierges dura très-long-temps ; un évé-

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ncment la fit al)oiir. Le jeune Echécratès , Thessalien d'origine , épris de rexlrême beauté de la Pythie, l'enleva. Le peuple de Delphes , pour prévenir de pareils attentats , ordonna , par une loi expresse , qu'à l'avenir on n'élirait que des femmes au-dessus de cinquante ans.

Il n'y avait d'abord qu'une seule Pythie ; mais, dans la suite il y en eut jusqu'à trois.

Les oracles ne se rendaient pas tous les jours. Apollon n'inspirait ordinairement la Pythie que dans le mois Busion , qui répondait au commencement du printemps.

Pendant le reste de Tannée , il était défendu , sous peine de la vie , à la prêtresse , d aller consulter Apollon.

Alexandre , avant son expédition de l'Asie , vint à Delphes pendant le temps du silence. Il pria la Pythie de monter sur le trépied ; elle refusa , et allégua la loi qui l'en empêchait. Ce prince, indigné d'être arrêté par un pareil obstacle , arracha de force la prêtresse de sa cellule, et la conduisit lui-même au sanctuaire , lorsqu'elle s'avisa de lui dire : Mon fils , tu es ins'inciblc. A ces mots , Alexandre s'écria qu'il ne voulait point d'autre oracle ; et il marcha à la conquête du monde.

Avant de consulter l'oracle, on faisait de nombreux sacrifices , toujours avec l'air du

[Ans grand mystère, et avec des précautions infinies pour choisir les victimes, inspecter ]es entrailles et en tirer des augures, La prêtresse se préparait par un jeune de trois jours. Avant de monter sur le trépied, elle se baignait dans la fontaine de Gastalie ; ensuite on lui faisait mâcher des feuilles de laurier < ueillies auprès de cette fontaine.

Après ces préparations, Apollon avertissait lui-même de son arrivée dans le temple par une secousse épouvantable , gui faisait trembler l'édifice jusque dans sesfondemens. Alors les prêtres, que Ion nommait aussi les prophètes, prenaient la Pythie, la conduisaient dans le sanctuaire , et la plaçaient sur le trépied. Dès que la vapeur divine commençait à 1 agiter , ses cheveux se dressaient sur sa tête, son regard devenait farouche, sa bouche écumait , et un tremblement violent s emparait de tout son corps. Dans cet état, elle faisait des efforts pour échapper aux prophètes qui la retenaient par force. Ses cris , ses hurlemens .faisaient retentir le temple , et remplissaient les assistans d'une sainte frayeur. Enfin, ne pouvant plus résister au dieu qui l'agitait, elle s'abandonnait à lui , et proférait par intervalles quelques paroles mal articulées, que les prophètes recueillaient avec soin; il les arrangeaient et leur donnaient, avec la

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forme du vers, une liaison qu'elles n avaient pas dans la bouche de la prêtresse.

Dès que l'oracle était prononcé, on retirait la Pythie du trépied , pour la conduire dans sa demeure , où elle était plusieurs jours à se remettre de ses fati2;ues. Souvent une mort prompte était la peine ou le prix de son enthousiasme.

La Pythie n'était que l'instrument dont les prêtres se sentaient pour découvrir la volonté d'Apollon. Les prêtres ou prophètes étaient chargés de tous les autres soins. C'étaient eux qui plaçaient la prêtresse de manière à recevoir la vapeur qui s'exhalait de labîme que couvrait le trépied. Ils recueillaient ses paroles , et les donnaient aux poètes , autre sorte de ministres, qui les mettaient en vers. Ces vers étaient souvent durs, mal faits, et toujours obscurs , ce qui avait donné lieu à la raillerie cju'Apollon , chef des muses , faisait de très-mauvais vers. Quelquefois la Pythie faisait elle-même ses réponses en vers ; on cite la prêtresse Phémonoé. Par la suite, on se contenta de parler en prose ; et Plutarque observe que ce fut une des causes de la décadence de Toracle.

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