ORACLE DE TROPHONIUS
Quoique Trophonius ne fût qu'un héros, et même, selon quelques auteurs, un brigand, il eut un oracle très-fameux dans la Béotie. Pausanias , qui a pratiqué toutes les cérémonies nécessaires pour consulter cet oracle, ne nous apprend rien sur la vie de Trophonius; il dit seulement que la terre s'étant entr ouverte sous ses pieds , il fut englouti dans la fosse c[ue l'on nomme encore aujourd'hui la fosse d'Agaméde , et qui se voit dans un bois sacré de Lébadée , avec une colonne élevée au-dessus.
Lébadée, dit Pausanias, est une des villes les plus ornées de la Grèce. On trouve auprès de cette ville un bois sacré ; et c'est dans ce bois qu'est le temple de Trophonius , avec sa statue , ouvrage de Praxitèle.
Lorsqu'on vient consulter cet oracle , avant de descendre dans l'antre où Ion reçoit la réponse, il faut passer quelques jours dans une chapelle dédiée au bon Génie et à la Fortune. Ce temps est employé à se purifier. On ne peut se laver que dans les eaux froides du fleuve Hercine. On sacrifie ensuite à Trophonius , à sa famille, à Jupiter roi, à Saturne et à Cérès Europe , nourrice de Trophoniu*.
AVEC l'histoire. U;9
Après ces préparatifs , on montre la statue de Trophonius au consultant , on l'entoure de bandelettes sacrées, et on le conduit à l'oracle.
Il monte sur une montayne , au sommet de laquelle se trouve une enceinte formée de j)ierres blanches , et sur laquelle s'élèvent des obélisques d'airain. Dans cette enceinte paraît une caverne taillée de main d'homme , ayant la forme d'un four. Là se voit un trou assez étroit, dans lequel on descend par degré avec de petites échelles. Une seconde caverne se présente; il faut se couchera terre, et tenir dans chaque main une composition de miel nécessaire à porter ; on passe les pieds dans la seconde caverne, et aussitôt l'on est emporté avec beaucoup de force et de vitesse.
C'était là que l'avenir se déclarait , mais non pas à tous de la même manière : les uns entendaient, d'autres voyaient. On sortait de l'antre comme on y était entré , en se couchant à terre, et les pieds les premiers. Aussitôt l'on demandait au consultant ce qu'il Tivaitvu; on le ramenait encore tout étourdi dans la chapelle du bon Génie; on lui laissait reprendre ses sens ; ensuite il écrivait sur un tableau ce qu'il avait vu ou entendu , et les prêtres alors servaient d'interprètes.
Pausanias ajoute qu'un seul homme était entré dar^ cet antre sans en ressortir. C était
un espion de Démétrius , envoyé pour savoir si ce lieu ne contenait pas des trésors. Son corps fut trouvé loin de là. Les prêtres , probablement instruits de son dessein, le massacrèrent , et firent sortir son corps par l'issue dont ils se servaient eux-mêmes pour entrer sans être aperçus. Pausanias dit positivement : Je suis descendu dans l'antre j et j'ai consulté l'oracle pour ni assurer de la vérité.
On ignore dans cjuel temps l'oracle de Trophonius fut ét.nbli. Pausanias dit seulement qu'une grande sécheresse ayant désolé la Béolie, on envoya consulter l'oracle de Delphes. La Pythie répondit c[u'il fallait recourir à Trophonius, et le chercher à Lébadée. Les députés obéirent. Saon , le plus âgé d'entre eux , aperçut un essaim d'abeilles ; il les vit voler vers un antre; il les suivit , et découvrit ainsi l'oracle. Trophonius , dit Pausanias , prescrivit lui-même le culte qu'il désirait. Il paraît, d'après ce récit, que Saon fut instituteur de cet oracle, et profita de l'occasion de la sécheresse et de la réponse de la Pythie pour obtenir la confiance générale.