DOCTRINE DES DRUIDES ; LEURS SUPERSTITIONS; CÉRÉMONIE DU GUI DE CHÊNE
Toute la doctrine des druides tendait à rendre les hommes sages , justes, vaillans et religieux. Les points fondamentaux de cette doctrine se réduisaient à trois : Adorez les dieux , ne nuisez à personne , et soyez courageux. Leur science, dit Pomponius Mêla, était de connaître la forme et la grandeur de l'Être suprême, le cours des astres et des révolutions ; ils prétendaient connaître l'ensembfe de l'univers , et la retraite dans laquelle ils vivaient leur laissait tout le temps nécessaire pour s'instruire.
On ne peut douter que les druides et les Gaulois n'aient regardé l'âme comme immortelle ; c'était la seule persuasion de ce dogme
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gui leur, faisait regarder Ja mort comme un moyen assuré de parvenir à une vie plus heureuse. Ils mettaient une grande difïérence entre ceux qui mouraient paisiblement au miheu de leurs parens ou amis, et ceux rrui perdaient la vie en servant la patrie. Les premiers étaient enterrés sans cérémonie, sans éloges, sans les chansons composées en l'honneur des morts. On croyait que les guerriers se survivaient à eux-mêmes ; on transmettait eurs noms aux générations futures, et ils allaient goûter un bonheur éternel dans le sein de la divinité. Eux seuls avaient des tombeaux des épitaphes ; mais le dogme de limmortalité de l'âme n'en était pas moins .général ■ il ne peut soufînr de partage, e^ les druides le professaient clairement; mais ou regardait seulement comme entièrement condamnés à l'oubli des hommes ceux qui n'avaient illustré leur vie par aucune action guerrière, éclatante, ou utile au bien ^éné^ rai. Cet usage se fondait sur le génie belhqueux des Gaulois et des autres Celtes, qui ne prisaient rien autant que la profession des armes.
Les druides enseignaient qu'un jour leau et le feu détruiraient toutes choses ; ils croyaient a la métempsycose, qu'ils n'avaient pu apprendre de Pythagore , puisqu'ils l'ensei.
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gnaient long-temps avant que ce philosophe voyageât dans les Gaules.
De temps immémorial ils avaient l'usage d ensevelir les ïiiorts ou de renfermer les cendres dans des urnes. Ils plaçaient dans les tombeaux les armes des morts, leurs meubles précieux, et les cédules de l'argent qu'ils avaient prêté. Ils écrivaient même des lettres à leurs amis, quoique morts. L'une de leurs maximes était que toute lettré jetée dans la tombe arrivait à son adresse.
Les druides communiquaient de vive voix leurs sciences et leur doctrine à leurs candidats , dont le noviciat était extrêmement long. Jamais ils n'écrivaient leurs maximes ni rien de leurs sciences. C'était en vers qu'ils rédigeaient toutes les connaissances, et il fallait les apprendre de mémoire. Ces vers étaient en si grand nombre, qu'il fallait souvent quinze et jusqu'à vingt années pour les apprendre et les retenir. La doctrine des druides, dit Jules César, était mystérieuse, et ne pouvait être connue de personne.
Les druides cultivaient aussi la médecine on leur accordait sur ce point une confiance sans bornes, parce que l'on était persuadé qu'ils connaissaient l'influence des astres, et qu'ils Usaient dans l'avenir Ces sages, si respectés d'abord et si dignes de l'être, finirent Tome ii. I q
par s'adoaner à l'astrologie , à la magie et à ia divination , dans l'espoir d'augmenter leur crédit et leur autorité : ils avaient reconnu que les peuples sont toujours plus amoureux du merveilleux que de la vérité. Ils avaient quelques connaissances de la botanique ; mais ils mêlaient tant de praticpes superstitieuses à la manière dont ils cueillaient leurs plantes , qu'il était facile de voir qu'ils n'en connaissaient qu'un très-petit nombre. Pline rapporte la manière dont ils cueillaient la selage : il fallait l'arracher sans couteau et de la main droite, qui devait être couverte d'une partie de la robe; on la faisait ensuite passer dans la main gauche avec vitesse , comme si on l'avait dérobée, il Aillait en outre être vêtu de blanc, avoir les pieds nus, et avoir offert un sacrifice avec du pain et du vin.
La verveine se cueillait avant le lever du soleil, le premier jour de la canicule ;, après qu'on avait offert à la terre un sacrifice d'expiation, dans lequel on employait des fruits et du miel ; cette plante, ayant élé cueilhe de cette manière, avait, disaient-ils, toutes les vertus. Elle guérissait toutes les maladies. 11 ne fallait que s'en frotter pour obtenir tout ce que l'on désirait; elle avait le pouvoir de concilier les cœurs aliénés par l'inimitié ; tous ceux cjue cette plante pouvait toucher sen-
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taient à l'instant la paix et la gaieté naître au fond de leur cœur.
Il faut aussi lancer au nombre de leurs superstitions leur persuasion qu'à la mort des grands personnages leurs âmes excitaient des orages et des tempêtes. Le bruit du tonnerre , tous les mouvemens extraordinaires et violens de la nature, tous les météores, annonçaient , selon eux , la mort d'un grand per sonnage.
Les druides se plaisaient à laisser croire qu'ils pouvaient changer de forme à leur gré, et qu'ils pouvaient se faire transporter dans les airs; mais la plus cruelle de toutes les superstitions était celle d'immoler des victimes humaines. Cet usage barbare ne put être aboli que par l'extinction du druidisme. Les édits nombreux des empereurs romains contre ce crime prouvent son existence.
V La plus solennelle de toutes les cérémonies était celle de cueillir le gui de chêne. Cette plante parasite naît sur quelques autres arbres ; mais les druides croyaient que Dieu avait principalement choisi le chêne pour lui confier cette plante précieuse. Ils parcouraient les forêts pour la chercher avec le plus grand soin. Ils se félicitaient entre eux lorsquaprès de longues et pénibles recherches ils pouvaient en découvrir une certaine quantité.
On ne pouvait cueillir cette plante quau raois cle décembre et le sixième jour de la lune. Ce mois et le nombre six étaient sacrés pour eus. C'était toujours le six de la lune qu'ils faisaient leurs principaux actes de religion.
Au jour destiné pour la cérémoniede cueillir le gui, on s'assemblait avec le plus grand éclat, on allait en procession vers les lieux où se trouvait la plante; deux devins marchaient en avant en chantant des hymnes et des cantiques. Un héraut, portant un caducée, venait après eux; trois druides le suivaient, et portaient les instrumens nécessaires pour le sacrifice ; enfin le chef des pontifes , revêtu d'une robe blanche, terminait cette procession, et une foule immense marchait à sa suite. Lorsque l'on était paivenu au pied de l'arbre , le chef des druides montait sur le chêne, coupait le gui avec une faucille d or , et les druides le recevaient avec un grand respect dans le sagum , espèce de saie blanche.
Après lavoir reçu, l'on immolait deux taureaux blancs; un festin suivait, et lorsqu'il était terminé, on adressait des prières à la divinité, pour qu'elle attachât à cette plante un bonheur qui put se faire sentir à tous ceux à qui ou en distribuait des parcelles.
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C'était au premier jour de l'an que l'on sacrait le gui et qu'on le distribuait au peuple.
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