DES DRUIDES
César et Tacite se contredisent ; le premier, en disant que la religion des druides avait pris naissance en Angleterre; le second en disant que les Gaulois, en peuplant cette île, y avaient porté leurs mystères.
« Pour concilier les deux auteurs , dit » M. l'abbé Banier , on peut croire que les » Gaulois , en passant en Angleterre , y por- » tèrentleur religion; mais que ces insulaires » plus réfléchis et moins en guerre contre les » autres nations que ne l'étaient les Gaulois, » en conservèrent toute la pureté. Telle est, » ajoute-t-il, l'origine du respect profond que » les druides des Gaules avaient pour ceux de » lAngleterre, qu ils regardaient comme leurs » plus habiles maîtres.
» Le monde, poursuit M. l'abbé Banier, » ne forma d'abord qu'une seule famille et » n'eut qu'une seule croyance. Les hommes , » en se séparant , ont altéré la pureté de leur » religion primitive. Les uns, venus par terre, » du côté du jNord, sous le nom de Scjthes ^ » de Celto-ScjUies et de Celtes^ ont peuplé » les vastes contrées qui nous séparent de » l'Asie; les autres, plus hardis, ont tenté les » périls de la mer. L'histoire prouve que
» les Phéuiciens et les Carthaginois ont pé- » nétré jusqu'au fond de l'Occident; de là, » s.ins doute, cette ressemblance de culte entre » des peuples séparés par tant de mers et tant » de terres. »
Cerapprocliement explique parfaitement le parallèle que l'on a fait si souvent entre les mages et les druides , et prouve que les Gaulois tenaient leur religion des Perses, ou du moins des peuples qui les avoisinaient par le Nord.
Les mages et les druides, également considérés dans leur pays ^ étaient toujours consultés sur les matières de grande importance, Ils étaient les uns et les autres seuls ministres de leur religion. Les mages rejetaient l'opinion qui donne aux dieux une origine humaine, et ne les séparaient point en dieux et en déesses. Il en était de même parmi les druides. Les uns et les autres gouvernaient l'état, les rois les consultaient. Leur habit blanc se ressemblait. Les ornemens dor leur étaient interdits également. Organes et protecteurs de la justice, ils rendaient les sentences et veillaient sur ceux qu'ils cliargeaient de cette auguste fonction. L immortalité de l'Ame était le point capital de la croyance chez les Perses et chez les Gaulois; ni les uns ni les autres n'avaient de temples ni de
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statues. Les Perses adoraient le feu ; les druides entretenaient un feu éternel dans leurs forêts. Les Perses rendaient à l'eau un culte religieux; les (iaulois rendaient les mêmes honneurs à cet élément. Ces ressemblances suffisent pour faire croire que la religion des mages et celle des druides avaient la même origine ; les différences que l'on y trouvait peuvent avoir été causées par les guerres, l'éloignement etle temps.
La religion des Gaulois parait .ivôir été toujours plus pure que celle des autres peuples : leurs idées sur la divinité étaient bien plus justes et bien plus spirituelles que celles des Grecs et des Romains. Tacite, Maxime de Tyr et les autres historiens , nous apprennent que les druides étaient persuadés qu'on doit honorer l'Etre suprême par le respect et le silence autant que par les sacrifices; mais cette première simplicité n'existait plus même avant les conquêtes des Romains. Les druides, oubliant leur première sagesse , s'adonnèrent à la divination, à la magie, et tolérèrent ces horribles sacrifices dans lesquels on immolait des victimes humaines à Èsus et à Tentâtes. Tacite, Lactance et Lucain nous attestent cette cruelle dégradation.
Les conquêtes de Jules César introduisirent de nouveaux dieux dans les Gaules, et
l'on y bâtit alors les premiers temples, tandis que les druides de la Grande-Bretagne continuèrent l'exercice de leur antique religion, au milieu des forêts dont les ombres majestueuses inspiraient une frayeur religieuse. Ces bois étaient si sacrés parmi eiix, qu'il n'était pas permis de les abattre; on ne pouvait s'en approcber qu'avec un respect religieux, et seulement pour les orner de fleurs et de tropbées. On ne pouvait employer aux usages ordinaires certains arbres , même lorsqu'ils tombaient de vétusté. Ce respect tenait h la grande idée qu'ils avaient de la divinité ; ils étaient persuadés que des temples ne pouvaient la renfermer et que des statues ne pouvaient pas la représenter.
Les Gaulois avaient aussi le plus grand respect pour les lacs et les marais , parce qu'ils croyaient que la divinité se plaisait à les habiter; le plus célèbre de ces lacs était celui de Toulouse , dans lequel on jetait l'or et l'argent pris sur les ennemis. On joignait à ce culte celui des fleuves , des rivières, des fontaines et du feu.
Les Gaulois avaient au milieu de leurs forêts des espaces consacrés au culte et aux cérémonies religieuses. C'était là qu'ils enfouissaient les trésors pris sur les ennemis, et que l'on immolait les prisonniers; ou les renfer-
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mait dans des colosses d'osier, on les environnait ensuite de matières combustibles , et le feules consumait. César fit piller ces lieux secrets par les troupes ; c'est de là que des historiens mal instruits ont assuré que les anciens Gaulois avaient des temples. « Ces » peuples , dit Tacite, n'ont pour temple » qu'une forêt , où ils s'acquittent des devoirs rt de leur religion. Personne ne peut entrer » dans ce bois s'il ne porte une chaîne, marque » de sa dépendance et du domaine suprême » que Dieu a sur lui. »
Rien n'est plus célèbre dans l'histoire des anciens Gaulois , que les forêts du pays de Chartres. Les forêts de Marseille et de Toulouse étaient presqu'aussi célèbres. C'était au milieu d'elles cpie se rassemblaient les écoles des druides des Gaules. Chartres était pour ainsi dire la métropole des Gaules; mais ces trois collèges se réunissaient pour reconnaître la supériorité de lumières qu'avaient sur eux les druides de la Grande-Bretatine.
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DES DIFFÉRENTES CLASSES DES DRUIDES ; DE LEUR MANIÈRE DE VIVRE; DE LEURS HABILLEMENS ET DE LEURS FONCTIONS.
Le nom des druides vient sans aucun doute du mot celtique deru , qui veut dire chêne. Ces ministres se divisaient en dilïérentes classes. Les druides composaient la première; ils étaient les chefs suprêmes , et ceux qui les suivaient étaient tellement leurs inférieurs, que . par respect , ils devaient s'éloigner aussitôt que les druides paraissaient. Ils ne pouvaient rester en leur présence qu'après en avoir obtenu la permission. Les ministres inférieurs étaient les bardes., les saronides et les cubages ou vaLes.
Les bardes , dont le nom celtique veut dire un chantre, célébraient en vers les actions des héros, et les chantaient en s'accompagnant avec des harpes. On attachait un si grand prix à leurs vers qu'ils sullisaient pour immortaliser. Ces bardes , quoique moins puissans que les druides , jouissaient d'une si grande considération que, s'ils se présentaient au moment où deux armées allaient en venir au combat, ou l'avaient même commencé, on iléposait les armes pour écouter leursproposi-
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tioiîs. Ils ne se bornaient pas à faire l'éloge des héros; ils avaient aussi le droit de censurer les actions des particuliers qui s'écartaient de leurs devoirs.
Les saronides instruisaient la jeunesse et lui inspiraient des sentimens vertueux.
Les cubages ou vates avaient le soin des sacrifices , et s'appliquaient à lu contemplation de la nature. Par la suite des temps, les druides réservèrent à eux seuls les fonctions de la religion , et les ministres subalternes n'exercèrent plus aucun emploi que par la permission des druides.
L'origine de ces pontifes se perd dans l'antiquité la jîlus reculée. Aristote, Phocion et beaucoup d'autres avant eux , les peignent comme les hommes les plus sages et les plus éclairés en matière de religion. On avait une si grande idée de leur savoir, que Gicéron dit qu ils furent les inventeurs de la mvtholoirie.
Les druides, cachés dans leurs forêts , y menaient la vie la plus austère. G était là que les nations allaient les consulter; et Jules Gésar, qui n'admirait ordinairement que les vertus d'éclat, fut tellement étonné de leur manière de vivre et de leur science, qu'il ne put leur refuser son estime.
Les druides formaient differens collèges dans les Gaules : le plus célèbre de tous était
celui du pays Chartrain ; le chef de ce collège était le souverain pontife des Gaules. C'était dans les bois de cette contrée que s'ofiraient les grands sacrifices, et que les grands du pays et les généraux se rassemblaient.
Après le collège de Chartres , celui de Marseille était le plus considérable ; rien n'était plus renommé que la forêt de ce pays ; et Lucain inspire une sorte de frayeur religieuse lorsqu'il peint la manière dont César la fit abattre.
Les jeunes et les vieux druides avaient tous les mêmes principes et les mêmes règles . Leurs habilleraens cependant différaient un ^eu , selon les provinces où ils vivaient et selon les grades qu'ils occupaient.
tiha. cérémonie de la profession se faisait en recevant l'accolade des vieux druides. Le candidat, après l'avoir reçue, quittait l'habillement ordinaire pour se revêtir de celui des druides , qui était une tunique qui n'allait que jusqu'à la moitié des jambes. Cet habillement désignait le sacerdoce, et jamais les femmes ne pouvaient y être admises.
L'autorité des druides était si grande, qu ou n'entreprenait aucune afïaire sans les consulter. Ils présidaient aux Etats, décidaient la paix ou la guerre à leur gré, punissaient les coupables , et pouvaient déposer les magistrats
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et même les rois , lorsqu'ils n'observaient pas les lois du pays. Leur rang élait supérieur à celui des nobles. Tout pliait devant eux; et c'était à leurs soins que l'on confiait l'éducation de la jeunesse la plus distinguée, de sorte qu'ils la préparaient, dès ses premières années, à se pénétrer de respect pour les druides.
C'était à eux qu'appartenait le droit de créer chaque année les magistrats qui devaient gouverner les cités. Ils pouvaient élever un de ces magistrats jusqu'à la dignité de vergobret , qui égalait celle des rois ; mais ce prétendu roi ne pouvait rien faire sans l'avis des druides. Eux seuls convoquaient le conseil; de sorte que les vergobrets n'étaient vraiment que les ministres et les premiers sujets des druides.
Arbitres suprêmes de tous les difTéreos, de tous les intérêts des peuples , la justice ne se rendait que par leur ministère. Ils décidaient également des affaires publiques et des affaires particulières. Lorsque, dans un procès, ils adjugeaient un bien disputé à celui qu'ils désignaient comme le légitime possesseur , son adversaire devait se soumettre , ou il était frappé d'anathème, et dès lors tout sacrifice lui était interdit; la nation entière le regardait comme impie , et n'osait plus communiquer avec lui.
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Les druides étaient chargés de tous les détails de la religion , ce qui leur donnait un pouvoir sans bornes : sacrifices , offrandes , prières publiques et particulières , science de prédire l'avenir , soin de consulter les dieux , de répondre en leur nom , d étudier la nature; droit d'établir de nouvelles cérémonies, de nouvelles lois, de veiller à l'exécution des anciennes ou de les réformer , telles étaient les fonctions et les pouvoirs illimités dont ils jouissaient sans aucune contestation.
Leur état les dispensait d'aller à la guerre et les exemptait de tout impôt. Le nombre des aspirans à cet ordre était immense, et l'on y admettait tous les états et toutes les professions ; mais l'on était arrêté par les longueurs du noviciat , et par l'indispensable nécessité d'apprendre et de retenir dans la mémoire le nombre prodigieux des vers qui contenaient les maximes sur la religion et sur le gouvernement politique.
Les femmes gauloises pouvaient anciennement être admises au rang des druidesses ; elles jouissaient alors de toutes les prérogatives de l'ordre; mais elles exerçaient leurs fonctions séparément des hommes. Leurs divinations les avaient rendues plus célèbres que les druides eux-mêmes.
Lorsqu'Annibal passa les Gaules, elles
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jouissaient encore des droits suprêmes; car il était dit, dans un traité qu'il fit avec les Gaulois : Si quelque Carthaginois faisait tort à un Gaulois , la cause serait portée au tribunal des femmes, gauloises. Par la suite des temps , les druides les dépouillèrent de cette autorité; mais on ignore l'époque de leur usurpation.
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