‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 19 sur 151 · SATURNE, JANUS, AGE D'OR · texte numérisé non relu

SATURNE, JANUS, AGE D'OR

CoELL's, OU le ciel, que les Grecs nommaient IJranus , était, selon eux, le plus ancien des dieux. De même Vestaprisca, ou Titée , ou Tellus , noms qui tous désignent la terre , était la plus ancienne des déesses. Ils eurent

pour fils Titan et Saturne , qui était le même que le Temps. Le droit d'aînesse assurait la succession du royaume à Titan ; mais ce dernier , pour condescendre au désir de sa mère, céda son droit à son cadet, à la condition qu'il n élèverait aucun enfant mâle. Saturne, pour obéir à cette convention , dévorait ses fils à 1 instant de leur naissance.

Remarquons , avant de poursuivre , que le mot phénicien Balah , employé dans la tradition de cette histoire, signifie également enfermer ei décorer. Cette équivoque a pu suffire pour donner lieu à la fable cruelle d'un jîère qui dévore ses enfans ; mais il existe une autre explication plus naturelle , qui nous vient de Cicéron. Les Grecs regardaient Saturne et le Temps comme le même Dieu. Le nojn Chronos qu'ils lui donnaient signifie Temps; or le temps étant regardé comme éternel et détruisant tout , il dut voir périr ses enfans; c'est de là qu'on a tiré l'allégorie barbare de Saturne dévorant ses fils.

Cependant Cybèle ayant mis au monde Jupiter en même temps que Junon, trouva moyen de le cacher, et le remplaça par une pierre que Saturne dévora. L'explication précédente suffit ; nous nous bornerons à dire que cette prétendue pierre devint par la suite un objet de vénération ; on lui rendit même

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quelquefois les honneurs divins , et on la nomma Ahadir ou Ahdir. Cybèle , voulant soustraire Jupiter à la vue de Saturne , le fit transporter secrètement dans l'île de Crète , et le fit élever par les Corybantes, ou Curetés. La chèvre Amalthée l'allaita , et les deux nymphes Adrastée et Ida, autrement nommées les Mélisses , prirent soin de sa première enfance.

Les poètes racontent que , pour empêcher Saturne d'entendre les cris de Jupiter , les prêtres de Cybèle inventèrent une sorte de danse , pendant laquelle ils frappaient sur des boucliers d'airain. Ces précautions n'empêchèrent point Titan d'être instruit de ce qui se passait , et , voulant conserver à ses enfans leur droit de succession au trône , il déclara la guerre à Saturne, le vainquit et le fit enfermer , ainsi que Cybèle , dans une étroite prison , où ils restèrent jusqu'au temps oiî Jupiter, devenu grand , combattit pour eux , et leur rendit la liberté. Jupiter , avant de délivrer son père , s'était emparé du royaume ; et , craignant que Saturne n'employât tous les moyens pour remonter sur son trône , il le chassa du ciel. Le roi détrôné vint se réfugier en Italie , auprès de Janus , roi du pays , qui l'accueillit favorablement. La contrée soumise à Janus prit son nom de cette aventure , et

fut appelée Latiiim , nom qui vient du mot laiere , cacher.

En mémoire du séjour de Saturne dans le Latium,on célébrait tous les ans à Rome, au mois de décembre , les fêtes des saturnales. Pendant leur durée , le sénat , les écoles publiques , étaient en vacance. On s'envoyait des présens , et les maîtres servaient leurs esclaves. Cette dernière coutume était destinée à conserver le souvenir de l'âge d'or , pend.ant lequel le bonheur avait été universel. Cet heureux temps, que les poëtes ont peint avec leurs couleurs les plus séduisantes , n'eut , hélas ! de durée que celle des règnes de Saturne et de Janus. Les âges suivans furent nommés

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de dire qu'un gouvernement sage , sous la conduite d'un bon prince , est le plus grand bien qu'on puisse accorder à la terre I II n'est que trop nécessaire de le redire aux hommes ; et , pour fippuyer cette vérité sur une plus forte autorité que celle de la fable , rappelonsnous que les Egyptiens ne furent jamais plus grands , plus heureux , que sous leur roi Sésostris. Athènes ne devint la plus brillante des cités qu'au temps de Péri clés , qui n'avait aucun titre , il est vrai , mais qui jouissait de toute la puissance des rois ; et , lorsque dans les annales (Ui monde on veut chercher

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les véritalDles époques du bonheur des hommes , tous les souvenirs et tous les cœurs à la fois nomment les Antonins , les Marc Aurèle , les Trajan , les Titus.

Nous avons précédemment observé que le besoin du bonheur ne peut abandonner 1 homme. Ce fut même pour suppléer à son irréparable perte qu'il imagina l'espérance. Remarquons , en même temps , que les poètes , dans leurs tableaux de l'âge d'or, s'attachaient encore plus à peindre l'innocence et les vertus primitives que l'abondance qui régnait sur la terre. Nous serons alors portés à croire qu'ils devaient leurs descriptions aux souvenirs les plus chers, et par conséquent les mieux conservés , de la plus sainte et de la plus ancienne des traditions.

Saturne , voulant récompenser Janus de son bon accueil , et d'avoir partagé avec lui le souverain pouvoir , le doua d'une rare prudence , à laquelle il joignit le privilège de découvrir l'avenir et de ne jamais oublier le passé, ce que l'on voulut désigner en le représentant avec un double visage : c'est de là que le nom de Bifrons lui fut donné.

L'histoire nous apprend que Janus fut représenté avec deux visages ( P^oj. fig. 2 ) , parce qu'il commandait à deux peuples différens , et parce qu'il partagea son empire avec

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Saturne. Elle dit aussi que ce prince fit frapper des médailles à deux faces, pour annoncer que la totalité de ses états serait gouvernée par les conseils de Saturne et les siens.

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