JUPITER
On s'efïiaie lorsqu'on veut approfondir Tidée que les païens .iraient de ce premier des dieux. La plus grande partie de leurs pliilosoplies croyaient que Jupiter était l'air le plus pur, Vœther, et que Junon , son épouse , élRiiV air grossier qui nous environne.
Ceux qui le regardaient comme un dieu animé , ou comme Fun de ces hommes à qui des actions brillantes avaient mérité les honneurs divins , ne craignaient point de se contredire de la manière la plus forte , en lui attribuant des actions indignes et des crimes énormes. Ils le peignaient à la foi^xomme le maître absolu des dieux et des hommes , comme le principe de toute justice , et souvent comme le plus faible et le plus coupable des hommes. Quelle idée avaient donc de la divinité ces Grecs et ces Romains , si vantés pour la délicatesse de leur esprit?
Ce qui obscurcit encore davantage l'histoire de Jupiter, c'est qu'il y en a eu beaucoup de ce même nom, et que leurs différentes actions ont été attribuées à celui qui avait été roi de Crète, comme étant le plus connu de tous.
Les anciens ne sont nullement d'accord sur le nombre des Jupilers. Diodore de Si-
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cile en reconnaît deux : le premier était un prince Atlantide; le second, beaucoup plus célèbre, était son neveu , qui fut roi de Crète , et qui poussa les limites de son empire jusqu'aux extrémités de l'Europe et de l'Afrique, Cicéron en comptait trois. Le premier, né en Arcadie , était fils de TiEther, père de Proserpine et de Bacchus; le second était fils du Ciel et père de Minerve , à laquelle Cicéron attribue l'invention de la guerre ; le troisième était fils de Saturne ; il était né dans lile de Crète, et Ton y voyait son tombeau. Le nom de Jupiter est beaucoup plus ancien c[ue ne paraissent le croire Diodore et Cicéron. Le premier de tous est le Jupiter Ammon «les Libyens ; il y a tout lieu de croire que cet Ammon était Cliam lui-même, que son fils Mysraïin ou Mesraïin plaça au rang des dieux. On sait que ce patriarche et sa famille allèrent s'établir dans l'Egypte , que l'Ecriture Sainte nomme la terre de Mesrann ou ^ Ammon ou Noanunon. Jupiter Sérapis, adoré dans le même pays , est aussi très-ancien. Jupiter Bélus , dont parle Hérodote , était le Jupiter des Assyriens. Selon le même auteur, le ciel était le Jupiter des Perses. Les Grecs, au contraire, regardaient le Ciel ^ on Uranus ^ comme le grand-père de Jupiter. On doit aussi placer au nombre des plus
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anciens Jupiters celui de Thèbes en Egypte , puisqu'au rapport d'Hérodote ce fut une prêtresse de ce dieu qui alla dans la Grèce établir le premier oracle. Les Scythes avaient leur Jupiter.
Chaque peuple lui donnait un nom particulier. Les Ethiopiens le nommaient ^.v^aZ»!- /m5 ; les Gaulois , Tiiranus ; les hahitans du bas Nil, Apis; les Arabes, Chronos ; les Assyriens , Belus ou Zeiis.
Nous ne donnerons pas la liste complète de tous ces noms, ni l'histoire de ceux qui l'ont porté, puisque, suivant Yarron , leur nombre s'élevait jusqu'à trois cents. Dans les premiers temps , la plupart des rois prenaient ce nom auguste. Cet usage ne cessii,qu'après la prise de Troie. De là vient que tant de peuples difïérens se vantaient que Jupiter était né parmi eux , et presque tous montraient des monumens qui semblaient l'attester. Nous allons distinguer ceux qui ont eu le plus de célébrité.
Celui qui enleva Europe est Jupiter Astérius , père de Minos ; il était roi de Crète , et vivait du temps de Cadmus , quatorze siècles avant l'ère chrétienne.
Celui qui épousa la fille d'Atlas vivait environ cent (juarante ans avant la prise de Troie. Celui qui entra dans la tour de Danaé
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était le Jupiter Proëtus, oncle de celte princesse. Celui qui fut père d'Hercule vivait environ soixante-dix ans avant la prise de Troie ; enfin , celui cjui eut de Léda les deux Dioscures, Castor et Pollux, n'étiiit pas éloigné de cette même épocj^uc.
Nous ne donnerons pas Thistoire de tous ces Jupiters ; il est probable que les événemens arrivés à chacun d^eux ont été les matériaux que l'on a réunis pour en former Tliistoire particulière d'un seul Jupiter. INousnous bornerons à faire connaître ce que la mythologie a cru devoir conserver, et nous abandonnerons aux recherches des savans les différences qui existent entre ces difierens dieux.
L'histoire de Jupiter se trouvant sans cesse mêlée avec celle des autres cUeux , il nous paraît indispensable de la donner .avec ses principaux détails. Nous allons, en conséquence, rapporter ce que la fable a conservé ; nous citerons ensuite les événemens que la tradition et l'histoire nous ont transmis. Nous dirons les noms les plus connus de Jupiter , la manière dont on le représentait , et le culte qu'on lui rendait. En donnant cette étendue à son histoire , nous faciliterons infiniment celle des autres dieux , et l'on saisira beaucoup mieux l'ensemble de la mythologie.