SUITE DE LA FABLE DE JUPITER
Les Titans et les Géans , ayant résolu de se venger de Jupiter, entreprirent de l'assiéger jusque dans le ciel, c'est-à-dire sur le mont Olvmpe, où il faisait sa résidence ordinaire. Ils entassèrent le mont Ossa sur le mont Pélion. Jupiter, effrayé à la vue de ses ennemis , appela tous les dieux et toutes les déesses à son secours. La déesse Styx, fille de l'Océan et de Téthys, arriva la première, accompagnée de ses enfans , la A^ictoire , la Puissance , lEmulation et la Force. Jupiter lui sut si bon gré de sa diligence , qu'il ordonna c£ue tous les sermens faits au nom de la déesse Styx (que l'on confondit depuis avec un des fleuves de l'enfer) seraient inviolables pour tous les dieux et pour lui-même. Ils ne pouvaient manquer à ce serment , sans être déchus des privilèges divins pendant un siècle.
Les Géans , enfans du Ciel et de la Terre ,
étaient d'une taille monstrueuse et d'une force proportionnée; ils avaient le regard effrayant et farouche ; la partie basse de leur corps ressemblait à celle des serpens. Leur demeure ordinaire était aux champs Phlégréens. Dans l'assaut qu'ils donnèrent au ciel, ils lançaient des rochers énormes , des chênes , des pins et d'autres arbres enflammés. Les plus redoutables d'entre eux étaient Porphyrion et Alcionée : celui-ci devait être immortel tant qu'il demeurerait dans le lieu de sa naissance.
Ce qui effrayait le plus Jupiter, c'est qu'il était dit que les Géans seraient invincibles , et qu'aucun des dieux ne pourrait leur ôter la vie si quelque mortel ne venait au secours du ciel. Jupiter alors défendit à l'Aurore , au Soleil et à la Lime, de paraître et de découvrir ses desseins ; il devança la Terre qui voulait soutenir ses enfans , et , d'après le conseil de Pallas, il fit venir Hercule pour combattre avec lui. Ce héros avec ses flèches renversa plusieurs fois le redoutable Alcionée; mais celui-ci comme un autre Anthée , reprenait de nouvelles forces toutes les fois qu'il touchait la terre. Pallas le saisit au milieu du corps, et le transporta au-dessus du cercle de la lune, où il expira.
Pendant ce temps , Porphyrion attaquait à la fois Hercule et Junon; mais ce redoutable
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géant, surpris de la beauté de la déesse, suspendit un instant ses coups pour la considérer; les flèches d'Hercule et les foudres de Jupiter lui firent perdre la vie.
Ephialte et Otus son frère, fils d'Aloëus et d'Iphimédiç , que l'on surnommait les Aloïdes, attaquaient le dieu de la guerre; mais le premier fut mis hors de combat par les flèches d'Apollon et d Hercule qui lui crevèrent les yeux. Eurytus ayant osé combattre Hercule fut tué par ce héros avec une massue de bois de chêne, pendant que Vulcain, avec une massue de fer rouge, terrassait Clytius.
Encelade , voyant les dieux victorieux , commençait à prendre la fuite , lorsque Minerve l'arrêta en lui opposant l'île de Sicile. Polybotès , poursuivi par Neptune , fuyait à travers les flots de la mer , et touchait à celle de Gos , lorsque ce dieu , arrachant une partie de cette île , en couvrit le corps de ce géant , ce qui en forma une nouvelle sous le nom de Nysiros. IMinerve, de son côté, ayant vaincu le géant Pallas , l'écorcha et s'arma de sa peau. Mercure, qui avait pris le casque de Pluton, donna la mort au géant Hippolyte ; Di.ine tua Gration , et les Parques ôtèrent la vie à Agrius et à Thaon.
La Terre , irritée de cette victoire, redoubla d'efforts, et fit sortir de son sein le redoutable
10 j LA MYTHOLOGIE COMPAHÉE
Typhon , qui seul donna plus de peine aux dieux que tous les autres géans ensemMe. De sa tête il atteignait le ciel ; il était demiliomme et demi-serpent; la vue de ce monstre épouvanta tellement les dieux qui étaient venus au secours de Jupiter , qu'ils s'enfuirent du ciel et se sauvèrent en Egypte.
Cette retraite, ayant considérablement alï'ai- Jdile parti de Jupiter, donna lieu de dire que Typhon lui avait coupé les mains avec la même faux de diamant dont Jupiter s'était armé contre lui. Ce formidable ennemi , ne laissant aucun relâche aux dieux, les poursuivit en Egypte, où ils se métamorphosèrent en animaux : Apollon en corbeau , Bacchus en bouc , Diane eu chatte, Junon en vache, Vénus en poisson ;, et Mercure en cygne; c'est-àdire , qu'ils s'embarquèrent sur des vaisseaux qui portaient ces diverses figures à leurs proues.
Typhon, ayant coupé les mains etlesjambes de Jupiter avec la faux de diamant, le porta dans la Cilicie et l'enferma dans un antre , sous la garde d'un monstre moitié fille et moitié serpent. Mercure et Pan, ayant surjjris la vigilance de ce gardien , rendirent à Jupiter ses mains et ses jambes , c'est-à-dire sa liberté ; et ce dieu, étant monté sur un char tiré par des chevaux ailés , poursuivit Typhon à coups
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de foudre jusqu'au fond de l'Arabie. De là il le ramena en Thrace , où le géant ayant déraciné une montagne , la lança contre Jupiter , qui, d'un coup de foudre, la repoussa contre lui. Enfin Typlion , s'étant enfui en Sicile^ v fut accablé par Jupiter sous le mont Etna. Les tremblemens de terre, dit la fable , sont les efforts de Typhon pour soulever la montagne qui l'écrase.
Après la défaite des Titans et des Géans, Jupiter ne songea plus qu'à gouverner l'univers et à veiller au bonheur des hommes.
Hésiode dit que Jupiter se maria sept fois. Ses épouses furent Métis , Thémis , Eurvnome. Gérés, Mnémosyne, Latone, et Junon qui paraît avoir été la dernière de ses femmes , et qui fut la plus célèbre. Il eut un grand nombre d'enfans de ces diverses femmes , et souvent il s'allia avec des mortelles, dont il eut aussi des enfans. Quoique tous ceux nommés par la fable n'appartiennent pas au même Jupiter , nous allons la suivre en les faisant connaître, parce qu'on les retrouvera sans cesse parmi les dieux, les demi-dieux et les héros.
Métamorphosé en cygne, il eut de Lécla Castor et Pollux. D'Europe , fille d'Agénor , il eut Minos et Rliadamantlie ; de Galisto , Arcas ; de Niobé ; Pélass^us ; de Sardane,
i06 LA MYTHOLOGIE COMPARÉE
Sarpéclon ,et ylrgus ; d Alcmène , femme d'Amphitryon, Hercule; d'Antiope , Amphion et Zéthus ; de Danaé , Pcrsée ; d'Iodamé , Deucalion ; de Carné , fille d'Etibulus , Britamarte ; d'une nymphe Sithnide, Mégare ; de Protogénie, Ethlie ^ père d'Endymion, et Memphis , qui dans la suite épousa Lydie j de Torrébie, Arcésilas ; d'Ora, Colaxès ; de Thalie , les dieux Palices ; de Garamantis, lliarbas , Pliilée et Pilumnus ; de Cérès , Proserpine ; de Mnémosyne , pour laquelle il s'était métamorphosé en berger, les neuf Muses ; de Junon , Mars ; de Maïa , fille d'Atlas , Mercure ; de Latone , Apollon et Diane ; de Dioné, Vénus; de Métis ou la Prudence , Minerve^ déesse de la sagesse; de Sémélé , fille de Cadmus , Bacchus.
Cette longue liste des enfans de Jupiter ne doit pas surprendre , en se rappelant qu'un très-grand nombre de personnages diflerens ont porté ce même nom. Le Jupiter de Crète ayant été le plus célèbre de tous , les poètes et les auteurs anciens se sont principalement occupés de lui; ils ont réuni dans son histoire les traits les plus brillans des autres Jupiters. Il serait impossible de rapporter à chacun d'eux les aventures et les faits qui leur appartiennent ; mais nous allons faire quelques citations qui suffiront pour prouver que ces
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nombreuses aventures doivent être attribuées à divers personnages.
Par exemple, l'bistoire de Niobé, fille de Phoronée, appartient à Jupiter Apis, roid Argos , petit-fils d'Inachus , qui vivait près de dix-huit cents ans avant Jésus-Clirist.
Ce fut Jupiter Asterius, roi de Crète, qui enleva Europe ; il régnait du temps de Cadmus, environ quatorze cents ans avant l'ère cbrétienne; il fut père de Minos , premier du nom.
Celui qui enleva Ganymède est Jupitei Tantale , qui régnait treize cent vingt ans avant Jésus-Christ. Ces époques et ces preuves établissent suffisamment la différence des Jupiters.