HISTOIRE DE JUPITER ET DES PRINCES TITANS
L'histoire que nous allons rapporter a été conservée principalement par Diodore de Sicile , qui l'avait prise lui-raême dans Ephémère. Le père dom Pezron l'a mise dans le plus beau jour, en rapprochant, pour la soutenir, tous les passages éparsdans les anciens auteurs.
Les Scythes, descendansdc Magog, second
fils de Japhet, s'établirent d'abord dans les provinces septentrionales de la haute Asie. Partagés ensuite en diliérentcsbranches, quelques-uns allèrent habiter la Margiane , la Bactriane , et la partie la plus orientale de la Sogdiane , pendant que les autres allèrent dans llbérie et T Albanie, entre la mer Caspienne et le Pont-Euxin. Devenus trop nombreux pour le pays qu'ils habitaient , ils cherchèrent de nouvelles demeures. LArménie, selon Strabon, fut la première province dans laquelle ils se jetèrent; ils s'avancèrent ensuite vers la Cappadoce, et, tirant toujours du côté de l'occident, ils s'établirent dans les contrées qu'arrosent le Thermodon et llris , où ils bâtirent la ville d'Acmonie, du nom d'Acraon, fils de Phané leur chef. Le désir des conquêtes conduisit Acnion dans la Phrygie , où il bâtit une seconde ville du même nom d'Acmonie ; et , après s'être rendu maître de la Phénicie et de la Syrie , il mourut pour s'être trop fatigué à la chasse. On le mit au rang des dieux sous le nom de Très-Haut.
Uranus , dont le nom en a^vec siirnifle ciel . fils et succcsseurd'Acmon , épousa Titée ou la Terre , et en eut plusieurs enfans, qui prirent de leur mère le nom de Titans : nom si célèbre dans les anciennes histoires, et qui les a fait regarder comme les enfans de la Terre. Ces
princes, étant plus grands et plus robustes que les autres hommes, furent appelés Géans; et depuis ce temps on a souvent confondu ensemble les Géans et les Titans, quoiquil faille bien les distinguer.
Uranus , selon les anciens , ne fut appelé de ce nom que parce qu'il s'appliquait beaucoup à la connaissance du ciel et des astres; ses descendans, habiles à profiter de tout ce qui pouvait élever leur race illustre , saisirent l'avantage que leur donnaient les noms d'Uranus et de Titée, pour publier qu'ils étaient les enfans du ciel et de la Terre.
Uranus surpassa tellement son père Acmon et ses prédécesseurs , qu'il semble avoir presque effacé dans le souvenir de la j)Ostérité les noms de ceux dont il descendait. Ce prince passa le Bosphore , porta ses armes dans la Thrace , et conquit plusieurs îles , entre autres celle de Crète , dont il donna le gouvernement à l'un de ses frères , qui eut des enfans mâles que l'on nomma Curetés. Uranus se jeta ensuite sur les autres provinces d'Europe , pénétra jusqu'en Espagne, et , passant le détroit qui Ja sépare de l'Afrique , il parcourut la cote de cette partie du monde , d'où, revenant sur ses pas , il alla vers le nord de lEurope, et soumit tout le pays à sa jouissance.
Ce prince eut plusieurs enfans : Titan .
110 LA MYTHOLOGIE COMPAKÉE
Océan , Hypérion , Japet , Chronos ou Saturne; devenus grands, ils cabalèrent contre leur père , qui les fit tous enfermer, à l'exception d'Océan : celui-ci resta toujours soumis. Saturne , délivré par sa mère Titée , rendit la liberté à ses frères , qui , s'étant à leur tour emparés de leur père Uranus , déférèrent , par reconnaissance, l'empire à Saturne leur libérateur. Quelques-uns furent bientôt mécontens et jaloux du pouvoir de Saturne ; mais ils furent vaincus : tout plia , et Uranus, réduit à la condition de simple particulier , mourut de chagrin. Saturne, devenu le maître d'un vaste empire , épousa Rhéa sa sœur , et prit, avec le nom de roi, la couronne et le diadème.
Uranus , avant de mourir , et Titée , indignés de la conduite de Saturne leur fils, lui annoncèrent que ses enfans le traiteraient comme il avait traité son père. Ce prince, épouvanté d'une menace qu'il sentait mériter, la regarda comme une pr-édiction , et , poui' s'y soustraire , il fit enfermer successivement tous ses enfans , sans aucune distinction de sexe. Rhéa, désolée de cette cruauté , eut l'adresse de sauver Jupiter, et de l'envoyer de l'Arcadie , où elle était alors , dans l'île de Crète, où les Curetés , ses oncles, 1 élevèrent dans les antres du mont Ida.
AVEC l'histoire. 111
Telle est l'origine de la fable qui représente Saturne dévorant ses enfans , et celle de la pierre qui lui fut présentée au lieu de Jupiter ; fable expliquée par 1 équivoque du mot phénicien Balah. On peut encore y ajouter que le mot Elben , qui est aussi phénicien , et qui est emploj^é dans cette fable , signifie à la fois un enfant et une pierre.
Cej)endant les Titans, qui voyaient d'un œil jaloux la grandeur de Saturne , se révoltèrent contre lui, se saisirent de sa personne, et l'enfennèrent dans une étroite prison.
Jupiter, très-jeune alors, mais rempli de courage , sortit de l'île de Crète , défit les Titans , délivra son père , le rétablit sur son trône, et revint victorieux dans sa retraite.
Saturne régna encore pendant plusieurs années ; mais l'âge et le souvenir de sa propre conduite envers son père Uranus l'ayant rendu soupçonneux , il consulta l'oracle , qui lui répondit qu'il avait tout à craindre du plus jeune de ses enfans. Dès lors il chercha tous les moyens de se défaire de Jupiter; il lui dressa des embûches , que celui-ci sut éviter ; mais , se voyant tous les jours exposé à de nouveaux ■ dangers, il songea sérieusement à se défendre. Saturne vint bientôt après dans son île de Crète , dont il était souverain , pour attaquer son fils ; mais ceux qui la gouvernaient pour
lui s'étant rangés du côté de Jupiter, il fut obligé de se retirer avec précipitation dans la partie de la Grèce qui, par la suite , porta le nom de Péloponèse. Jupiter l'y suivit , le vainquit, et le força d'aller chercher un asile en Italie , où Janus le reçut favorablement.
Les Titans, alors répandus dans la Grèce , jaloux de la puissance du nouveau conquérant, et sollicités par Saturne, assemblèrent des troupes , et lui présentèrent le combat ; mais , ayant été défaits , ils allèrent avec Saturne se cacher au fond de l'Espagne.
Jupiter commença par délivrer ses frères et ses sœurs ; ensuite il alla chercher les Titans dans le lieu de leur retraite; il les battit uHe seconde fois aux environs du Tartesse^ et ce fut par cette bataille cju'il termina cette guerre qui avait duré dix années. Saturne, ne se voyant plus en sûreté dans un pays dont son fils était le.maître , passa dans la Sicile , où il mourut de chagrin , comme lui-même avait fait mourir son père Uranus.
C'est à cette dernière victoire et à la mort de Saturne que commença le règne de Jupiter. Son véritable nom était Jou ^ c'est-à-dire jeune ^ pour marquer qu'il était le dernier des enfaus de Saturne , et en même temps qu'il s'était extrêmement distingué pendant sa jeunesse. Par la suite, on y ajouta la qualité de
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2)atei\, père , d'où l'on fit Joupater et Jupiter. Devenu le maître d'un vaste empire , il épousa sa sœur , nommée Junon par les Romains , et que les Grecs appelaient ^e/'a ou la maîtresse. On donnait aussi le nom de Jovis à Jupiter ; et l'on y joignit le mot pè/e , pour désigner qu'il était le maître des dieux.
L'impossibilité de régir à lui seul d'aussi vastes états lui fit é tablir différens gouverneurs . Diodore de Sicile nous apprend qu'Atlas gouvernait les frontières d'Afrique; il s'y rendit si célèbre , c£u'il donna son nom à la chaîne de montagnes qui s'étend jusqu'à la mer; elle se nomme encore de même aujourd'hui ; et la partie de mer c[ui baigne cette chaîne de montagnes se nomma , pour la même cause , l'Océan Atlantique. Nous trouvons aussi dans les anciens que Pluton fut gouverneur des parties occidentales de l'empire des Titans , des Gaules et de l'Espagne; ce que nous rappellerons dans Ihistoire de ce dieu. Après la mort de Pluton , le gouvernement fut donné à Mercure , qui s'y rendit très-célèbre , et devint la principale divinité des Celtes. On ignore l'histoire des autres gouverneurs ; on sait seulement que Jupiter s'était réservé tout l'Orient , la Grèce , ses îles , et la partie de l'Asie d où venaient ses ancêtres.
On s'aperçoit sans doute que, dans ces tra-
ditions et ces fragmens de l'histoire , il n'est point question du partage du monde entre les trois frères. Il paraît au contraire que Jupiter demeura seul maître de l'empire, et ne donna que des gouvernemens à ses frères ; mais on observera que les Grecs n'ayant point d histoire certaine pour les guider , leurs poètes ont eu la possibilité de se livrer à leur imagination; et, retrouvant sans cesse à la tète des dieux Jupiter , Neptune et Pluton, ils ont cru pouvoir désigner la portion d'empire échue à chaque dieu. Pour mieux l'établir , ils ont consulté leurs plus anciennes traditions; et ce furent vraisemblablement les anciens souvenirs conservés du partage du monde entre les trois enfans de Noé , qui les guidèrent lorsqu'ils voulurent désigner l'empire de chaque dieu.
Nous devons ajouter cpie le partage du monde entre Jupiter , Neptune et Pluton , n'était point généralement admis parmi les îuiciens. L'Angleterre possède un monument précieux qui prouve cette différence d opinion des anciens , et jette une grande lumière sur ce point de discussion.
A Londres , dans une des plus belles et des plus riches collections du monde , celle de M. Townley , on voit une statue antique de Jupiter, qui représente ce dieu avec la foudre,
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symbole du dieu du ciel ; il la tient dans sa main droite ; dans sa gauche il tient un trident , symbole du dieu de la mer , et l'on voit à ses côtés un Cerbère, synxbole du dieu des enfers. Ce morceau, très-précieux et très-bien conservé , s'accorde parfaitement avec les détails historiques rapportés ci-dessus.
Les anciens qui ont écrit l'histoire de l'île de Crète louent beaucoup le courage , la prudence, la justice et les vertus civiles et militaires de Jupiter. Leurs ouvrages n'existent plus en originaux ; mais les Grecs nous en ont conservé des fragmens. Ils disent qu'il fut excellent législateur, que ses lois étaient justes, et qu'il veillait attentivement à les faire exécuter. Il extermina les brigands qui s'étaient cantonnés dans la Thessalie; et, voulant y avoir une place de défense , il la fit construire sur le mont Olympe : ce qui donna lieu aux poètes de dire qu'il habitait le ciel.
Les lieux qui nous ont vus naître , et ceux où l'on a pris soin de notre enfance , nous sont toujours les plus chers. D'où vient donc le charme qu'ils ont pour nous ? Ne serait-ce point parce 'qu'ils nous rappellent tous les secours qui nous ont été prodigués dans l'âge où nous en avions tant de besoin ? Et ne semble-t-il pas que la Providence a vovilu , par ce pencliant délicieux , nous avertir d'être tou-
jours fidèles au plus juste , au premier des devoirs , à celui de la reconnaissance ? Les soins de l'empire du monde n'empêchaient point Jupiter d'aller souvent dans l'ile de Crète ; c'est là qu'il se livrait au repos ; heureux s'il n'avait point terni sa gloire et ses hcUes actions par son goût immodéré pour le plaisir ! C'est à ce goût qvi'il faut rapporter cette foule d'intrigues coupables et souvent ridicules dont 1 histoire a été transmise sous l'enveloppe de ses différentes métamorphoses. Elles indisposèrent tellement contre lui Junon, son épouse, qu'elle entra dans une conjuration que Jupiter dissipa dès qu'il en fut informé. Ce fut là le dernier de ses exploits : accablé de vieillesse , ce fut dans son île favorite de Crète qu'il alla terminer ses jours. On y voyait son tomljeau près de la ville de Gnosse , lune des principales de cette île , avec cette inscription : Ci git Zan , que l'on nommait Jupiter. Il vécut cent vingt ans ; on comptait soixante-deux ans de règne depuis la déf;\ite des Titans et la mort de Saturne. Les Curetés, ses parens, prirent soin de ses funérailles.
L'empire de Jupiter eut le sort des grands états , dont la splendeur survit rarement aux souverains qui les ont créés. A])rès sa mort, il fut divisé en un grand nombre de petits royaumes , gouvernés par une suite de prin-
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ces dont la plupart nous sont'inconnus. Ce qui reste de leur histoire ne mérite pas d'être rapporté. L'île de Crète fut la portion de cet empire qui subsista le plus long-temps. Crès , fils de Jupiter , y régna après la mort de son père.
Les anciens nous apprennent aussi que Deucalion , fils de Prométhée, et de la race des Titans , s établit dans la Thessalie , où ses enfans régnèrent long-temps. Telle est l'histoire des princes Titans et de Jupiter . le plus grand dieu des Grecs et des Romains : histoire fondée sur d'anciennes traditions, autorisée par Hésiode , par Diodore de Sicile, par Sanchoniatou , par Eusèbe , par Lactance. On peut ajouter que l'Ecriture Sainte donne une grande idée des Titans, puisque Judith, remerciant le Seigneur de la mort d'Holopherne , dit : Ce n'est point un de ces hommes puissan s qui lui a été la vie; cène sont point les Jlls des Titans, les Géans ; c'est une femme.
Au reste, on ne prétend point renfermer dans ces fragmens d'histoire toutes les traditions répandues dans la Grèce au sujet de Jupiter et de sa famille ; mais ou a préféré celle qui avait le plus de vogue.
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EXPLICATION DE QUELQUES-UNES DES FABLES CONTENUES DANS UHISTOmE ET LA FABLE DE JU- PITER.
Nous nous bornerons à donner l'explication des traits principaux ; ils serviront à répandre plus de clarté sur l'histoire de Jupiter.
Pour entendre la fable où il est dit que Jupiter précipita dans les enfers son père Saturne , il faut observer que , parmi les Grecs , les pays situés à l'orient étaient regardés comme les lieux les plus élevés du monde. Ceux au contraire situés à l'occident passaient pour les plus bas. Il n'en fallut pas davantage pour entraîner l'imagination fertile des Grecs ; les pays orientaux furent désignés par le nom de ciel , et les pays occidentaux ou inférieurs par celui d'enfer.
C'est d'après cette idée , comme nous le verrons dans l'histoire de Pluton , qu'on plaça les enfers dans l'Espagne, ou dans l'Italie, ou dans lEpire , ou dans les pays situés à l'occident de la Grèce. Les Titans ayant été forcés de se réfugier dans l'Italie et dans l'Espagne, les poètes dirent qu'ils avaient été plongés dans les enfers. De même ils donnèrent le nom de Tartare au Tartese, fleuve
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de l'Espagne ; et , les Titans ayant été battus près de ce fleuve et noyés en partie dans ses eaux, on publia qu'ils avaient été plongés dans le Tartare. Quelques-uns d'eux ayant été rappelés d'Italie ou d'Espagne, on dit qu'ils avaient été délivrés des enfers. Ils recommencèrent une nouvelle conspiration en s'alliant au parti de Saturne. Jupiter les battit, les poussa au fond de l'Espagne , et , pour garder les passages , il y plaça des troupes fidèles et aguerries , ce qui donna lieu à la fiction des bécatonchires ou géans à cent bras.
Il faut expliquer de même la fable du dieu Neptune qui emprisonnait les Titans par la mer. Ce frère de Jupiter commandait ses flottes ; il se rendit maître des ports de l'Espagne, et ferma tous les passages par lesquels les Titans auraient pu s'écbapper.
Nous avons dit c{ue Jupiter détruisit les brigands qui dévastaient la Tbessalie ; on les peignit comme des géans redoutables. L'Écriture Sainte fait observer que le mot nephilim , qui a été traduit par celui de géant ^ signifie aussi des bommes livrés à toutes sortes de débaucbes , des brigands , des scélérats. Cependant il est généralement reconnu qu'il y a eu des bommes d'une grandeur extraordinaire , et le passage de Judith que
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nous avons rapporté plus haut prouve que les Titans étaient de ce nombre.
Jupiter avait fait construire sur le mont Olvmpe une citadelle inaccessible ; les poètes la représentèrent comme le ciel même , et les travaux que les ennemis de Jupiter firent pour attaquer cette forteresse furent dépeints par la fable du mont Ossa entassé sur le mont Pélion.
Dans le combat des Titans , on peint Polybotès acca])lé par Neptune sous une partie de l'île de Cos. Cette fable signifie que l'amiral le poursuivit jusque dans cette île où il le fit périr. On voit par tous les fragmens qui restent de cette histoire , que Jupiter fut attaqué par mer et par terre.
Parmi les fables conservées sur 1^ manière dont Jupiter fut élevé dans 1 île de Crète, il est dit que des colombes prirent soin de le nourrir. Cette fable doit son origine au mot phénicien ou arabe himan ou lieman , qui signifie également prêtre ou colombe. Cette équivoque suffit pour faire confondre ensemble les prêtres curetés et les colombes.
Les Curetés ont acquis une si grande célébrité , qu'il est indispensable d'en parler. L'antiquité porta sa vénération pour eux jusqu'au point de leur élever des autels et des temples. On leur attribua l'invention de for-
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^er le fer et les métaux. L'Ecriture Sainte la donoa à Tulbalcaïn ; il est possible cependant qu'ils en soient les premiers inventeurs dans la Grèce; et sur les marbres de Paros , nommés aujourd'hui à'^rundel , on apprend l'événement c[ui donna lieu aux Curèt<;s de faire cette utile découverte. Leurs inscriptions portent que le feu prit dans la foret du mont Ida, soit par le tonnerre, soit par quelque autre accident , et que la violence du feu mit en fusion une quantité considérable de fer et d'autres métaux. Les Curetés sentirent tout l'avantage qu'ils pouvaient tirer de cette expérience, et trouvèrent moyen de la renouveler et de se l'approprier. On voit sur les marbres d'Arundel que cet événement arriva sous le règne de Minos premier. Les Curetés employèrent les métaux à se faire des armes particulières. Dans leurs danses ils niêlaient le bruit des tambours et des sonnettes à celui de leurs armes , et frappaient en cadence sur leurs boucliers , ce qui donna aux Grecs la première idée de la mesure dans la musique. Il paraît certain que c'est à l'un de ces Curetés ou Dactjles Idéens , nommé Hercule Idéen , qu'il faut attribuer la première institution des J€ux olympiques. Un fragment d'histoire rapjîorte que cet Hercule, suivi de trois de ses compagnons, quitta le mont Ida, situé dans Tome i. 6
J'île de Crète , et qu'il vint jusque clans TElide. Ce fut là qu'en mémoire de la guerre entre Saturne et Jupiter il établit une course , et régla que celui qui remporterait le prix aurait une couronne d'olivier pour récompense. Après avoir fondé de cette manière ces jeux devenus si célèbres, le même Hercule lit élever dans l'Elide un autel à Jupiter Olympien. Nous ajouterons aux explications que nous avons données plus baut , que Typhée ou Typlian , représenté si formidable dans le coml)at des géans contre Jupiter, n'est autre chose que le Typhon des Egyptiens. Les Grecs s'étaient emparés de cette fable égyptienne , qui n'était elle-même c[u'une allégorie, pour représenter un tyran cruel qui avait fait longtemps le malheur de l'Egypte, On lui trouve encore un autre sens beaucoup plus vraisemblable : les Egyptiens le peignaient sous la forme d'un monstre horrible , qu ils disaient avoir été produit par les exhalaisons pestilentielles du Nil, Ce fleuve, en se débordant sur la portion de l'Egypte cjui forme aujourd'hui le Delta , ne sembla d'abord qu'un immense marais , et pendant long-temps ses vapeurs le rendirent inhabitable ; mais , lorsque le temps et les travaux de la culture eurent changé ce vaste accroissement de terre en plaines les plus fertiles du globe, les Egyptiens consacrèrent
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îe souvenir de son état primitif dans la fable de leur Typhon , et les Grecs l'ajoutèrent à toutes celles qu'ils ont placées dans l'histoire de leur Jupiter.