‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 39 sur 151 · HISTOIRE ET FABLE D'APOLLON · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET FABLE D'APOLLON

Jupiter , aj'^ant abandonné Junon polir La-' tone , en eut deux enfans , Apollon et Diane. Avant leur naissance , Junon suscita contre sa rivale un effroyable serpent, que l'on nomma Python. Ce monstre, disent les poètes, avait été formé avec le limon laissé sur la terre par les eaux du déluge.

Cette fable ressemble beaucoup à celle du serpent produit par les exhalaisons pestilentielles du Nil ; et tout porte à croire que les Grecs ont imagine leur Apollon d'après Horus., fils d'Osin's ., que les Egyptiens confondaient avec le Soleil.

Nous allons donner la fable d'Apollon , telle que les potites nous l'ont transmise.

Junon , poursuivant partout sa rivale , obtint de la Terre qu'elle ne lui donnerait aucun asile; Latone, dont le nom signifie caché., se réfugia dans l'Archipel, sur une île flottante que la mer couvrait souvent de se&

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eaux. Elle se nommait Délos. Neptune, par pitié pour Latone , fit surnager cette île , et la rendit stable. Ce fut là qu'elle mit au monde Apollon et Diane. La crainte de Junon l'empéclia de s'y fixer; elle fuyait sans cesse d'un lieu dans un autre. Un jour qu'elle parcourait la Lycie, elle arriva près d'un marais où des paysans travaillaient. Epuisée de fatigue et de soif , elle leur demanda de r€au pour se désaltérer : Vous me conserverez la vie, leur dit-elle ; mais les Lyciens , inspirés par Junon , lui refusèrent ce léger secours , et l'insultèrent. Latone , indignée , les métamorphosa en grenouilles, pour les punir de leur brutale inhumanité.

Nous ne donnerons point l'histoire suivie de Latone et d'Apollon; elle se trouve dans toutes les poésies anciennes et modernes. Nous nous bornerons à faire connaître les traits principaux et les fables les plus intéressantes.

Apollon portait beaucoup d.€ noms différens. Il se nommait Délais , à cause de Tile de Délos, où il avait pris naissance ; Phœhus^ pour faire allusion à la lumière du soleil ( Phoïbos si^mûe clair j pur) ; Pjthius, à cause de sa victoire sur le serpent Python, victoire qu'il faut attribuer au soleil, qui, en éclairant la terre et desséchant le limon, fait périr les reptiles venimeux. On le nommait ^ctiacus , à cause

du promontoire (ïActium, si célèbre par la victoire qui rendit Auguste maître de Rome et du monde; Palatijius , parce qu'Auguste lui fît bâtir sur le mont Palatin un temple auquel il joignit une bibliothèque.

Apollon fut banni du ciel pour avoir mis à mort, à coups de flèches , les Gyclopes, qui forgeaient les foudres de Jupiter. La fable rapporte à ce sujet qu'Es'culape, fils d Apollon , avait si bien réussi dans la médecine , sous la conduite de son père et celle du centaure Chiron , qu'il était parvenu à ressusciter Hippolyte, fils de Thésée, dont nous rapporterons l'histoire à l'article des héros. Jupiter, irrité qu'un mortel usurpât ses droits, foudroya le médecin trop habile. Apollon, ne pouvant se venger sur Jupiter lui-même, tua les Gyclopes à coups de ilèches.

Rien n'était plus redoutable que ces flèches d'Apollon ; il s'en servit avec plus de justice contre le serpent que Junon avait suscité contre Latone et contre lui La défaite de ce monstre donna lieu à l'établissement des jeux Pythiens, si connus dans la Grèce. On les célébrait tous les quatre ans. Pendant ces jeux, on s'exerçait à chanter, à danser et à jouer des instrumens ; le vainqueur obtenait une couronne de laurier.

Il est nécessaire de faire connaître 1 idée

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que les Grecs , et généralement les anciens , avaient des flèches d'Apollon. Elles représentaient les rayons du soleil. On leur reconnaissait un si grand pouvoir, qu'on leur attribuait toutes les morts subites. Homère en avait cette opinion , avec cette dilïerence que la mort des femmes lui paraissait une venc:eance de Diane, ou de la Lune, et celle des

hommes une vengeance d Apollon , ou du Soleil. L'histoire des enfans de Niobé , tués par Apollon et- Diane, prouve combien l'on croyait à 1 influence du soleil et de la lune.

La fière Niobé , picjuée de ce que l'on rendait à Latone un culte religieux , tandis qu'on la délaissait , quoique par sa naissance et le grand nombre de ses enfans elle crût mériter le même honneur , courut à Thèbes , et fit tous ses efforts pour interrompre les sacrifices cjue l'on offrait à Latone. Cette injure attira sur elle la colère d'Apollon et de Diane ; ils percèrent avecleursflcchesles enfans de Niobé, pendant qu'ils faisaient leurs exercices dans les plaines voisines de Thèbes.

Nous allons expliquer cette fable , en la rapprochant de l'histoire. Niobé , fille de Tantale et sœur de Pélops , suivit son frère lorsqu'il passa dans la partie de la Grèce qui prit de lui le nom de Péloponèse. Elle épousa

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Amphion, prince célèbre par son éloquence. Il venait de faire construire les murailles de Thèbes , en persuadant à ses sujets qu^ils devaient sacrifier quelques portions de leurs Liens pour mettre leur ville en état de défense. Le même prince, amateur de la musique, avait ajouté trois cordes aux quatre que la lyre avait auparavant. Ces deux circonstances firent publier c[u'il avait bâti les murailles de Thèbes au son de sa lyre.

Le mariaij^e d'Ampbion et de Niobé fut très-beureux par sa fécondité : ils eurent quatorze enfans ; mais une peste cruelle ayant ravagé le pays, ils périrent tous; et, comme on attribua cette peste à une chaleur extrême que la nuit même ne pouvait tempérer, on imagina la fable de leur mort, telle que nous l'.tvons rapportée plus haut. C'est par une suite de cette même opinion , qu'Homère a dit que la peste survint dans le camp des Grecs aussitôt qu'Apollon eut lancé ses flèches. Toutes les fois qu'on voulait peindre Apollon irrité , on le représentait armé de ses flèches; et, pour exprimer qu'il était apaisé , on mettait une lyre dans sa main. Pendant les maladies contagieuses , on plaçait des branches de laurier devant sa maison , dans l'espoir que le dieu épargnerait ceux qui rendaient cet honneur à la nymphe Daphnéquil

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avîiit aimée, et qui avait été métamorphosée en laurier.

Homère dit que les enfans de Niobé restèrent sans sépulture pendant neuf jours ; mais que les dieux, après ce terme , les ensevelirent eux-mêmes. L'histoire dit que ces princes étant morts de la peste , on fut long-temps sans oser les approcher. Les Thébains, effrayés pour eux-mêmes , parurent insensibles aux malheurs de la reine, ce, qui fit dire qu'ils avaient été changés en pierres. Cependant quelques hommes plus dévoués leur donnèrent la sépulture , et , pour flatter le désespoir de Niobé, on publia que les dieux les avaient enterrés. Amphion mourut presque aussitôt de chagrin ou de la peste. îsiobé , que rien ne pouvait plus consoler , retourna dans la Lydie, au pied du mont Sypile, où le chagrin termina bientôt ses jours. On publia qu'elle avait été changée en rocher , parce que l'excès de ses peines, la rendant en quelque sorte immobile, ne lui laissait plus même la force de faire entendre ses plaintes,

Jupiter vengea la mort des Cyclopes en exilant Apollon du ciel ( c'est - à - dire du royaume dont il lui avait confié le gouvernement); la cour dAdraète lui servùt d'asile : ce prince le reçut favorablement , et lui donna la souveraineté de la partie de ses états Tome i. 8

qui était située sur les bords du fleuve Amphrise. Dans ces temps reculés, les noms de pasteur et de roi étaient souvent svnouymes. La fable peignit Apollon comme le pasteur des troupeaux d'Admète, et le fit reirarder comme le dieu des bergers. Elle ajoute que Mercure l'ayant aperçu dans cette nouvelle condition , lui enleva adroitement une vache. Apollon, pour punir le larcin, eut recours à ses traits ; mais il les trouva dérobés. Ce fut pendant cet exil que Daphné, fille du fleuve Pénée, fut métamorphosée en laurier, dans l'instant où sa course trop faible ne pouvait plus la faire échapper aux poursuites d'Apollon. Le dieu voukit que cet arbre lui fût consacré , et que son feuillage servît à couronner ceux qui excelleraient dans la poésie et dans les jeux pythiens.

Pline le naturaliste assure que le laurier a la propriété de n'être jamais frappé par la foudre. Un fragment d'histoire rapporte que Daplmé, fille d'un roi de Thessalie nommé Pénée, poursuivie par un jeune prince sur les bords d'un fleuve qui portait le même nom, tomba dans ses eaux et s'y noya. La grande quantité de lauriers qui croissaient le long de ce fleuve , fit dire que la jeune princesse avait été métamorphosée en laurier.

Ce fut peu de tem])s après qu'Apollon tua,

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sans le vouloir, le jeune Hyacinthe qii il aimait beaucoup. Zéphire, qui aimait cet enfant , fut jaloux de le voir jouer au palet avec Apollon. 11 souilla sur le palet du dieu avec tant de violence, qu'il alla briser la tête du malheureux Hyacinthe. A])ollon le raétamorpliosa en la fleur qui porte son nom. Ses regrets inutiles de ce meurtre involontaire n'apaisèrent point les parens d'Hyacinthe ; ils poursuivirent le meurtrier de leur fils. Il alla se réfugier à Troie auprès de Laomédon , qui lui demanda son secours pour bâtir les murailles de cette ville. Ce fut là cju'il rencontra Neptune, qui , disgracié comme lui par Jupiter , parcourait la terre. L'ingrat Laomédon , après les avoir employés l'un et l'autre, leur refusa leur salaire ; pour se venger , Neptune détruisit les travaux en les inondant, et une peste horrible fut la suite de la colère d'Apollon. L'oracle, consulté sur les movens d'apaiser le ciel, répondit que tous les ans il fallaitexposerunejeunefille troyenne surles rochers, pour servir de pâture aux monstres de la mer. Le sort tomba sur Hésione , fille de Laomédon. La puissance de son père et sa beauté ne purent la sauver : il fallut obéir à l'oracle ; mais Hercule vint à son secours , et tua le monstre. L avare Laomédon osa refuser les deux beaux chevaux qu'il avait pro-

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mis à Hercule. Le héros indigné le mit à mort , embrasa la ville , et emmena prisonnier Priam, fils de Laomédon. Ces fables se trouvant jointes à l'histoire d'Hercide, nous donnerons leur explication lorsqu'il sera question de ce demi-dieu.

Quelque temps après ces aventures , Apollon fut rappelé dans le ciel et rétabli dans ses droits. Jupiter lui confia le soin de conduire le char du soleil et de répandre la lumière sur la terre.

Cicéron distinguait quatre Apollon : les trois derniers étaient des princes grecs; le plus ancien de tous était Horus , fils d'Osiris et d'Isis. Cette reine d'Egypte lui donna Latone pour nourrice; et, pour le dérober aux persécutions de, Typhon, elle le cacha dans lîle de Chemnis j située dans un lac auprès de Butés. Latone était née dans cette dernière ville. Nous avons déjà fait observer qu'Osiris était le symbole du soleil chez les Egyptiens : Horus, son fils , le fut de même après lui. Les grecs confondaient presque toujours Osiris avec leur Jupiter, il n'est donc nullement surprenant qu'ayant donné le nom d ApoUon à plusieurs de leurs princes, ils les aient confondus avec WJpollon ée^yptien.

Parmi les dieux du paganisme , il n en est aui un dont les poêles aicul publié plus de

merveilles. Ils le peignirent comme l'inventeur de la poésie , de la musique et de 1 éloquence. Aucun dieu ne possédait mieux l'art de pénétrer dans l'avenir. Ses oracles étaient sans nombre. Il unissait à tous ces avantages la beauté , la grâce , et le j^ouvoir de charmer par son esprit et les sons harmonieux de sa lyre. Le dieu du jour, par le seul éclat de son nom, efiace tous les éloges que 1 imagination la plus brillante voudrait lui donner.

Parmi les princes grecs qui ont porté le nom d Apollon, 1 un d'eux aima Glytie, nymphe de 1 Océan : il l'abandonna pour Leuco^ thoé, fille dOrchame, roi de Babylone. Le désespoir de Clytiel entraîna jusqu à se laisser mourir de soif et de faim. Les poètes s'emparèrent de cette aventure, et voyant que l'héliotrope ou tournesol a toujours sa fleur penchée vers le soleil , ils publièrent que Glytie avait été métamorphosée en héliotrope , et que sa nouvelle forme ayant pu détruire sa sensibilité , elle se tourne encore vers le soleil pour lui reprocher son inconstance.

Les poètes voulurent de même donner une origine au cyprès , arbre lugubre et sans feuilles : ils publièrent que l'enfant Cyparisse, aimé par Apollon , tua , sans le vouloir , un cerf qu'il aimait beaucoup ; le regret de sa ])erle le fît mourir de chagrin. Apollon chan-

gea cet enfant en cyprès , et voulut que cet arbre fût consacré aux funérailles.

Il n'y eut point de dieu plus honoré qu'Apollon. Ses tenij)les étaient sans nombre dans la Grèce et dans l'Italie. Dans tous , on consultait ses oracles. La ville de Délos attirait les habitans de toutes les parties du monde par la magnificence des fêtes qu'elle célébrait en son honneur. Toutes les cérémonies de son culte avaient rapport au soleil, dont il était le symbole. L'éjiervier et le loup lui étaient consacrés , parce qu'ils ont la vue perçante ; le corbeau, la corneille et le cygne, parce qu'on leur croyait le don de prévoir l'avenir, et parce f[u'ils servaient d'augures.

La fable imaginée sur le corbeau mérite d'être rapportée. Son plumage fut d'abord blanc ; mais Apollon le noircit pour le punir d'un indiscret avis qu'il lui donna sur une infidélité de Coronis. Les transports de la jalousie sont terribles et souvent aveugles. Apollon fit périr cette nymphe, et s'en repentit trop tard. Il la métamorphosa en corneille , et voulut que son ]dumage lugubre et celui du corbeau fussent à la fois la preuve de ses regrets et de sa vengeance.

Le temps a conservé beaucoup de monumens qui représentent ce dieu. Les rayons qui brillent autour de sa tête , sa jeunesse, sa

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