‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 43 sur 151 · Tome If · texte numérisé non relu

Tome If

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Les bergers de Thessalie se vanUient de faire descendre la lune sur la terre par la force de leurs encliantemens. Lorsqu'elle venait à s'éclipser, ils assuraient qu'elle venait sur la terre,, et s y rendait à leurs ordres.

Diane naquit avec son frère Apollon , et surle-cbamp, dit la fable, elle servit de sagefemme à sa mère Latone. Les douleurs qu'elle lui vit soufïrir, Teneauèrent à demander à Jupiter le don de la virginité , et de présider aux accouchera ens ; l'un et l'autre lui furent accordés. Les filles qui se mariaient croyaient devoir apaiser la déesse, et lui consacraient leur ceinture ; ce c£ui la fit surnommer Tisiphone , on Détache-ceinture. On la nommait aussi Trwia , parce qu'elle présidait aux grands cbemins. 11 y avait en Egypte une autre Diane, nommée Buhastès .- elle était fille d Osiris et d'Isis ; on lui donnait , comme à sa mère, le nom de Diane. Elle partageait avec Junon le nom de Luciue. Les femmes près d'accoucher les invoquaient également l'une et l'autre sous ce nom. La plupart des autres noms donnés à la déesse venaient des lieux où elle était particulièrement honorée. Elle eut deux temples d'une extrême célébrité; celui d'Ephèse , l'une des sept merveilles du monde , et dont nous donnerons la description à l'article des temples , fut brûlé

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le 6 de juin , jour de la naissance d'Alexandrele-Grand. Erostrale, coupable de cet incendie, voulut rendre son nom immortel en commettant un crime que Ton ne put oublier.

Le second temjîle était situé dans la Chersonèse taurique (aujourdhui la Crimée). Sa plus grande célébrité venait de ce que l'on y offrait des victimes humaines à Diane. Tous les étrangers que la tempête jetait sur ces côtes , ou que le hasard y faisait aborder , servaient de victimes dans ces barbares sacrifices. Oreste et Pylade, si connus par leur tendre amitié, tuèrent le pontife Thoas, emportèrent la statue de la déesse , et A'inrent la déposer en Italie, où elle fut appelée Phazelis, parce qu'ils la cachèrent dans un fagot de bois.

Sur la terre, Diane présidait à la chasse. Soixante nymphes , filles de 1 Océan , et vingt autres filles, avaient soin de son équipage. On la représente ordinairement chaussée d'un cothurne , portant un arc et un carquois. Son front est orné d'un croissant , et son char est tiré par des biches. ( Fi g. ii.)

Diane était regardée comme la déesse de la chasteté. Les nymphes de sa suite devaient l'imiter, et les fautes, même involontaires, étaient sévèrement punies. Le malheureux Actéon, conduit par Junon , ennemie de sa famille, pénétra, sans le vouloir, jusqu'à la

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grotte solitaire où Diane et les nymphes de sa suite prenaient le bain : clans l'instant même , la déesse le métamorjîhosa en cerf, et il fut dévoré par ses propres cliiens.

Calisto , nymphe d'Arcadie et favorite de la déesse , ne put éviter sa yengeance. Jupiter, pour la séduire, avait pris la forme de Diane elle-même. Cette excuse ne la garantit point ; la déesse la chassa de sa cour, et l'abandonna à la jalousie de Junon , qui la métamorphosa en ourse. Réduite à se cacher au fond des bois, elle ne put toujours échapper aux poursuites des chasseurs. Arcas , son propre lils , ayant atteint Tàge pendant lecpiel on trouve tant de charmes à la chasse , rencontra sa mère sans la reconnaître. Calisto , retrouvant en lui tous les traits de Jupiter, c[u'elle nd pouvait oublier, ne songea plus à fuir; ses yeux se fixèrent sur le jeune prince, qui s'apprêtait à la percer d'un dard. Jupiter, poiu" empêcher ce crime horrible , le métamorphosa en ours , et les plaça l'un et l'autre dans le ciel. Telle est la fable que les poètes ont imaginée sur la constellation composée de sept étoiles , que l'on nomme aujourd'hui la grande Ourse ou le Chariot. L'étoile nommée Bootès ou le Bouvier , qui suit la grande Ourse , représente le fils de Calisto.

Près du pôle arctique , on aperçoit aussi la

petite Ourse, connue par les astronomes sous le nom de Cjnosure : elle sert de guide aux nautoniers. Les étoiles qui la composent représentent les n^anplies qui prirent soin de 1 enfance de Juj^iter.

Diane , aussi fière que Junon , ne soulîrait pas que l'on osât se comparer à elle. Dédalion, fils de l'astre du matin nommé Lucifer ^ fut changé en épervier , parce que Chioné sa fille ayant eu la témérité de préférer sa beauté à celle de Diane , la déesse h\ perça d'une flèche. Dédahon , ne pouvant se consoler de la mort de sa fille , se précipita du haut d'une tour. Apollon en eut pitié, et le changea en épervier.

Une fable dit que Diane avait aimé Endymion , roi dElide, et que, toutes les nuits, elle descendait de son char, pour aller le voir dans les montagnes de la Gaiùe. Cette fiction , oiïensaiite pour Diane , n'est fondée que sur le goût d Endymion pour 1 astronomie, et sur son attention à observer tous les luouvemens de la lune. Ce prince aimait à se retirera Latma, dans une grotte des montagnes de Carie; il y passait souvent les nuits, ce qui fit imaginer la fable dos visites de Diane. Son application constante à 1 étude , et son insensibihté ])our les ])laisirs firent dire aussi qu'il avait obtenu de Jupiter le don de dormir éternellement. On voit encore

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sur le mont Latmus une espèce de caverne que Ton appelle toujours la grotte d'Endymion.

Le char du soleil était d'or, et celui de la lune était d'argent. On peignait la marche tranquille de ce dernier, en disant qu'il s'avançait sans bruit au milieu des ombres de la Nuit, divinité particulière que l'on disait fille du Chaos. Elle passait pour la plus ancienne des déesses , afin d'exprimer que les ténèbres avaient existé avant la lumière. On représentait la Nuit montée sur un char d'ébène, accompagnée par les étoiles, environnée d'un grand voile noir ; elle tenait un flambeau renversé , comme si elle voulait l'éteindre. Les poètes donnaient à la Nuit un grand nombre denfans , mais tous étaient métaphoriques : la Douleur, la Crainte, l'Amour^ l'Envie, la Vieillesse, etc., etc.

Nous parlerons dans un autre article de toutes ces divinités particulières, leur histoire interromprait trop celle des grandes divinités.

On donnait à Diane le nom ôi^ Hécate , originaire d'un mot grec qui signifie/zàppe/' de loin ; on voulait exprimer par ce surnom la rapidité avec laquelle ses rayons arrivent du ciel sur la terre. On donnait à ces rayons le nom àe flèches, comme on le donnait à ceux

du soleil. L'influence des uns et des autres était également redoutée.

Quelques auteurs font dériver ce nom de Diane du mot grec éhaton , c[ui servait à désigner le nombre cent, parce que, dans les sacrifices offerts à cette déesse pour l'apaiser, on immolait cent s^dctimes , ou parce que c'était par ses ordres que les âmes des corps privés des honneurs de la sépulture restaient errantes autour des enfers pendant cent a?inées.

Les noms de Phœbus et de Phœhc , que portaient Apollon et Diane , à cause de la lumière qu'ils répandent sur la terre , avaient une seconde origine , qu'il est utile de connaître ; ils venaient de la mère de Latone , qui portait aussi le nom de Phœbé. Sa naissance inconnue la fit regarder comme fille de la Terre. Cette première Pliœbé devait sa plus grande célébrité à l'oracle situé au pied du Parnasse, que lui céda la Terre sa mère. Apollon et Diane partagèrent d'abord cette espèce d héritage , mais bientôt on n'y consulta plus que le dieu du jour.

Cet oracle étant celui de Delplies , il est indispensable d'en connaître l'origine.

Diodore de Sicile rapporte que des chèvres , qui paissaient dans les vallées du mont Parnasse, firent découvrir cet oracle. Dans Tune de ces vallées , on apercevait une ouverture

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très-étroite; quelques chèvres, ayant voulu brouter les herbes qui croissaient à l'entour, éprouvèrent une sorte divresse qui leur fit faire des bonds extraordinaires.

Le berger qui les gardait , surpris de cet elFet , s'approcha pour considérer cette ouverture ; Tair qui s'en exhalait lui causa une sorte de délire qu'il regarda lui-même comme un enthousiasme sacré. Le bruit de cette merveille attira les h.abitans du voisinage.

L'essai mille fois répété produisit mille fois la même ivresse. Surpris d'un prodige que les connaissances physiques de ce temps ne pouvaient expliquer, les habitans du pays supposèrent qu'une divinité faA^orable , ou la Terre elle-même , rendait ses oracles par cette ouverture , et donnait à ceux qui s'en approchaient le pouvoir de lire dans l'avenir. Dès lors ce lieu fut regardé comme sacré ; on y établit une espèce de sanctuaire où l'on ne pouvait pénétrer sans payer de riches tributs à la divinité que l'on voulait consulter. Par la suite des temps un temple magnifique environna ce sanctuaire, et l'affluence de ceux qui s'y rendaient multiplia tellement les habitations, qu'elles servirent à former la ville de Delphes. Cette ouverture était placée vers le milieu du Parnasse , montagne de la Phocide, en descendant du côté du midi.

Le temple et la ville de Delphes acquirent de si grandes richesses , qu'on les comparait à celles des rois de Perse. Nous ne terminerons point cet ouvrage sans traiter plus en détail l'intéressant article des oracles.

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