HISTOIRE DE MARS
Le dieu Mars, que les Grecs nommaient ylves, était fils de Jupiter et de Junon. La fable que nous avons rapportée précédemment sur sa naissance, dans l'histoire de Junon, a été imaginée par les seuls poètes latins. Elle était entièrement inconnue aux Grecs et aux anciens. La nouveauté de cette fable sert à prouver cpelle n'était qu'une allégorie des Latins, pour peindre la jalousie qu'éprouva Junon en voyant la manière dont Jupiter avait enfanté la sagesse.
Junon confia l'éducation de Mars à Priape, l'un des Titans ou Dactyles Idéens. Cet habile instituteur , remarquant les heureuses dispositions de son élève, lui donna Ihabitude des exercices du corps et du maniement des armes. Il sut le préparer à devenir un grand capitaine, et lui apprit qu'en se couvrant de doire il pourrait nwnter au rang des dieux fes plus illustres, et s'élever au-dessus de la foule de petits dieux parmi lesquels sa naissance le plaçait. C'était par reconnaissance et pour rendre hommage aux soins habiles de Priape , qu'on lui donnait la dîme des dépouilles consacrées au dieu Mars.
11 y eut beaucoup de princes de ce nom ,
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et par la suite j)resque tous les peuples voulurent avoir leur Mars. Nous allons citer les principaux.
Diodore de Sicile dit que le premier de tous, auquel on attribue l'invention des armes et l'art de ranger les troupes en bataille , fut Belus; l'Ecriture-Saintele nomme Nemrod, et le peint comme un fort chasseur devant le Seigneur. Il exerça d'abord son adresse contre les bêtes féroces ; ensuite il s'en servit contre les hommes ; il parvint à les subjuguer. La gloire et la force étonnent toujours. Les peuples , après avoir d'abord craint et admiré Nemrod, reconnurent combien il était capable de les protéger et de les défendre. L'exécution de ses ordres assurait les triomphes et produisait la sûreté de tous; on sentit l'utilité d'un chef suprême ; la couronne orna son front , et les descendans de ces mêmes peuples en firent un dieu.
Le savant Hjgin nous apprend que le nom de Belus fut donné à ce roi de Babylone, parce qu'il fut le premier qui fit la guerre aux animaux féroces.
Le second IMars était un ancien roi d'Egypte. Le troisième était roi de Thrace, et se nommait Odin. Il se distingua tellement par sa force, sa valeur et ses conquêtes , qu il mérita parmi ce peuple , le plus belliqueux
du monde, le nom de dieu delà guerre; le même Odin s'appelait souvent Mars Hyyerboréen.
Le quatrième Mars était celui de la Grèce , que Ton surnommait Ares ; et le cinquième était le Mars des Latins, qui passait pour être le père de Romulus et de Rémus.
Les Gaulois avaient aussi leur Mars , qu'ils nommaient Hesus , et qu'ils croyaient honorer en lui sacrifiant des victimes humaines. Les Scythes , avec leur simplicité ordinaire , adoraient le dieu de la guerre sous la forme d'une épée; et les Perses, en faisant l'apothéose du fameux Nemrod, lui donnèrent le nomd Orioii , et le regardèrent comme le dieu des combats. Les Grecs, toujours jaloux d'orner l'histoire de leurs dieux , attribuèrent à leur Mars les aventures de tous ceux que nous venons de citer.
Le célèbre tribunal de V Aréopage fut institué pour juger le dilierent survenu entre Neptune et Mars, ou Ares. Ce dernier ne voulut point consentir au mariage àAlcippe, sa fille, avec Alljrotius , fils de Neptune. Ce jeune insensé , n'écoutant que sa passion, eut l'audace de l'enlever. 11 ne put échapper au dieu de la guerre , et sa folle témérité lui coûta la vie. Neptune , désespéré de la mort de son fîls , appela Mars en jugement. Les
plus braves Atlicniens s étant rassemblés pour juiïer cette affaire, déclarèrent Mars innocent, et le purgèrent h. la manière accoutumée.
Le lieu du jugement, situé sur une hauteur, fut nommé Aréopage, des deux mots Jr'cs etpagos , roche de Mars. L'établissement de ce tribunal si respecté poLir sa justice , doit être placé , selon les marbres àyl~ rundel , quinze cent soixante ans avant l'ère chrétienne , sous le règne de Cranaûs.
Le récit de cet événement fut embelli pa l'imagination des poètes ; ils délaissèrent la noble simplicité de l'histoire pour les brillans atours de la poésie. On publia que Mars avait été absous par les douze grands dieux , parce que les juges, au nombre de douze, avaient été choisis dans les familles les plus illustres d'Athènes.
Les noms donnés au dieu Mars avaient différentes significations. Celui i^ylrcs signifie dommage, et représentait les malheurs de k guerre. Peut-être vient-il aussi du mot hébreu ytrisLs , fort et terrible. Les Latins l'appelaient Gradi\-us j^cndanl la paix, et Quirinus pendant la guerre.
Romulus, regardé par les Romains comme fils de Mars, obtint le nom de Quirinus. lorsque l'on fit son apothéose. IN Fars portait
le nom de SUvestrc et de père , lorsqu on l'invoquait pour qu'il préservât les campagnes des ravaces de la euerre. Les Grecs le nomniaient Corjlaïx^ remuant son casque , pour le peindre sanguinaire et terrible.
Dans les tableaux, on voit son cbar conduit par Bellone ; ses chevaux ;, fils de Borée et d'Erinnys , se nommaient la Teneur et la Crainte. Sur sa cuirasse, on remarque plusieurs monstres ; les poètes ajoutent que la Fureur et la Colère surmontent son casque , et que la Renommée précède toujours ses pas.
Mars avait plusieurs temples dans Rome ; Auguste lui en fît élever un magnifique après la bataille de Pliilippes, sous le nom de Mars venseur.
Les prêtres de ce dieu se nommaient Saliens ; ils gardaient les anciles ou boucliers sacrés , dont voici l'origine. La rencontre, d'un bouclier dune forme inconnue jusqu'alors fît croire qu il était tombé du ciel ; l'oracle consulté , dit que l'empire du monde était destiné à la ville qui conserverait le bouclier. Numa Pompilius, pour mieux assurer sa garde ;, le fît imiter de manière à ne pouvoir distiniïuer le véritable. La forme des anciles était ovale , avec une petite écbancrure. Leur longueur était d'environ deux pieds et demi. Le nombre des anciles., ainsi que celui des
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prêtres saliens , était de douze. Tullius Hostilius en doulda le nombre.
Pendant la fête des anciles , qui commençait aux calendes de mars , et durait treize jours , on les portait en procession en dansant et en chantant des vers qui avaient rapport à la solennité. Pendant la durée de ces fêtes , on ne pouvait entreprendre aucune expédition militaire , aucun voyage , aucune affaire importante.
Les anciens monumens représentent ordinairement le dieu Mars sous la figure d'un homme très-fort, armé d'un casque, d'une pique et d'un bouclier. {Fi'g. ?.5.) Quelquefois il est nu, quelquefois il est couvert d'un habit militaire et d'un manteau. Mars vainqueur porte un trophée ; Mars Gradivus est dans l'attitude d'un homme qui marche à grands pas .