DE SILENE ET DE MIDAS
Silène, nourricier de Bacchus , était le plus célèbre des Satyres. Nous allons donner riiistoire et la fable de ce personnage , extrêmement fameux dans l'antiquité. La fable s'unira quelquefois à la vérité , mais nos lecteurs sauront très-facilement distinguer l'une (le l'autre.
Pindare assure que Silène naquit à Malée , ou du moins qu'il y fut élevé. On le représentait ordinairement monté sur un âne [Fig. 38), presque toujours ivre, ayant bien de la peine à se soutenir, et suivant Bacchus dont il était le compagnon inséparable. Telle est l'idée que les poètes donnent ordinairement de Silène; mais les plus graves auteurs en parlent d'une manière beaucoup plus
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avanUtgeuse. Silène , disent-ils , était un pin losopbe plein de sagesse et de lumières ; son ivresse, presque continuelle, était mystérieuse, et ne servait qu'à désigner l'attention profonde avec laquelle il méditait.
L'aventure qui le fit rester quelque temps auprès de Midas donna lieu à beaucoup de
fables.
Bacchus, après avoir abandonné la Thrace, . où les Baccliantes avaient décbiré le malbeureux Pentbée, était venu dans la Lydie, auprès du mont Tmolus, où croissaient d'excellens vins. Silène se prom.enait dans le pays, monté sur un âne, et venait souvent méditer ou se reposer auprès d'une fontaine. Midas , roi du pays , connaissant ses grands talens, désirait depuis long-temps converser avec lui ; il le fit enlever pendant qu'il se livrait au sommeil; mais, étant lui-même initié aux mystères de Bacchus, il reçut Silène avec le plus grand respect , et le garcL» près de lui pendant dix jours et dix nuits, pour lui demander ses instructions et célébrer les orgies. Après ce terme, il voulut l'accompagner et le ramener lui-même à Bacchus. (Ici recommence la fable.) Le dieu, charmé de revoir son nourricier, dont 1 absence l'avait fort inquiété , promit à Midas de lui accorder sa première demande. Ce
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prince, avide de richesses, lui demanda le pouvoir de convertir en or tout ce qu'il toucherait. Sa demande fut accordée; mais Lientôt elle lui devint funeste. Sous sa main, les arbres et les pierres devinrent or; mais il en fut de même lorsqu'il toucha les mets de sa table. Pressé par la faim , il recourut ix Bacchus. Le dieu lui dit de se laver les mains dans le Pactole, et depuis ce temps ce fleuve roule de l'or jjarmi ses sables. Telle fut la manière dont les poètes travestirent l'histoire. Nous allons la débarrasser de son voile , et lui rendre sa simplicité.
Midas était roi du pays où coule le Pactole. Devenu possesseur du royaume , après la mort de Gordius son père, il fît présent au temple de Delphes d'une chaîne d'or d'un prix inestimable. Les jardins de ce prince avaient de la célébrité ; Silène voulut les voir, et passa quelques jours auprès de Midas. Ce prince , économe jusqu'à l'avarice , régnait sur un pays fort riche. La vente de ses grains , de ses bestiaux , de ses vins , lui rapportait un produit immense : ce qui donna lieu à la fable qu'il changeait en or tout ce qu'il touchait. Ayant appris par Bacchus et par Silène que le Pactole roulait de l'or parmi ses sables , sa cupidité changea d'objet : il abandonna les soins de la campagne , et fit retirer par ses
sujets Tor qu'entraînait ce fleuve : ce qui fil (lire qu'en se lavant les mains clans le Pactole , illui avait communiqué la propriété de produire de For. Midas , malgré son amour pour les richesses , ne négligeait rien de ce qui tenait à la religion , aux bonnes lois et au bonheur de son royaume. Pour s\acquérir plus de confiance et d'autorité , il assura que Silène , nourricier de Bacchus, l'instruisait des mystères célébrés dans les orgies ; il profitait eftectivement de ses lumières, et le prenait pour guide en formant ses établissemens politiques et religieux.
Pour mieux veiller à la police de son royaume, Midas avait des espions ou des Rurveillans fidèles : on dit d'abord c^u il entendait de loin, et les mécontens le peignirent avec des oreilles d'âne. Il commanda le silence , et quelques punitions arrêtèrent ces propos insultans : on fit une seconde fable allégorique , dans laquelle on publia que son barbier, n'osant dire hautement qu'il avait des oreilles d'âne , avait été confier son secret dans un marais, et que bientôt après les roseaux agités par les vents faisaient entendre : Midas a des oredles d'âne. On s'aperçoit que ces deux fables sont allégoriques.
Le goût de Silène pour le vin , et l'établissement des orgies dans la Lydie , fait par lui ,
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le firent représenter sous la forme d'un homme ivre. Les plus graves auteurs disent que 1 ane qu'on lui donnait pour monture, servait à représenter les pas lents , mais assurés, de la philosophie.
Quelques auteurs confondent ensemble Silène et Marsyas ; ce dernier était le célèbre joueur de flûte qu'Apollon ëcorcha après l'avoir vaincu. Cette erreur vient de ce quon les peignait 1 an et l'autre en Satyres , et de ce qu'ils vivaient dans le même temps. Après la mort de Silène , on Ihonora comme demidieu ; son culte était indépendant de celui qu'on rendait à Bacchus.
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