‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 81 sur 151 · DE CARON , DE CERBÈRE ET DES FLEUVES DE L'ENFER · texte numérisé non relu

DE CARON , DE CERBÈRE ET DES FLEUVES DE L'ENFER

Caron, selon les poètes , était fils d'Erèbe et de la Nuit. vSon nom signifie colère. Son humeur était triste et sévère. Les dignités , les richesses , n'obtenaient de lui aucun égard. Chargé du soin de passer les ombres dans les enfers , il refusait celles qui étaient privées des honneurs de la sépulture. [Fig. 46.) Elles erraient sur le rivage pendant cent ans, avant d'être admises dans la barque fatale. On était si persuadé qu'il exigeait un droit de passage , que l'on plaçait toujours une pièce de monnaie sous la langue du mort. Cette pièce s'appelait naidage , celle des rois était ordinairement d'or.

Il fallait aussi avoir une attestation de bonne vie et de bonnes mœurs , signée par un grand-prétre. Les anciens nous ont conservé la forme de ces attestations.

« Moi, soussigné, Amitius Sextus, pon- » tife, j'atteste que M. a été de bonne vie et » de bonnes mœurs. Que ses mânes soient » en ])aix. »

Cette coutume était une imitation complète de celle des Egyptiens.

Cerbère , gardien des enfers , avait trois

têtes ; des couleuvres au lieu de poil environnaient son cou. Il était fils de Typhon et d'Écliidiia. Orpliéc Tendormit au son de sa lyre , lorsqu il alla demander à Pluton de lui rendre Eurydice. Lorsque Hercule descendit dans les enfers , pour en délivrer Alceste , il enchaîna Cerbère et s'en fit suivre. On dit qu'en passant dans la Thessalie , la vue du jour lui fit vomir son venin sur l'herbe, ce qui la rendit mortelle pour les animaux qui la goûta, ent. Cette fable fait allusion à la grande quantité d'herbes vénéneuses que produit ce pays. La fable de Cerbère fut encore imaginée d'après l'usage qu'avaient les Égyptiens de faire garder leurs morts par des dogues.

L'enfer avait cinq fleuves principaux. Le premier s'appelait l'Achéron. Il fut repoussé dans les enfers , parce qu'il avait apaisé la soif des Titans pendant leur combat contre Jupiter. Son nom veut dire aTigoisse ou hurlement. Ce fleuve est dans la Thesprotie , prend sa source dans le marais de Yylchéruse .^ et son embouchure est dans le golfe Adriatique, près d'Ambracie.

Le se<:ond est le Cocjte , dont le nom signifie pleurs, gèmissemeiis ; on le disait formé par les larmes des coupables. Ce fleuve coulait aussi dans l'Epire, ou plutôt dans la Thés-

protie, et se jette dans le marais Achéruse ; ce n'était qu'un marais bourbeux et non pas un fleuve.

Le Styx est le troisième. C'est une fontaine d'Arcadie, qui coule d'un rocher et forme un ruisseau qui se cache sous la terre ; soji eau était mortelle ; voilà pourquoi les poètes en ont fait un des fleuves de l'enfer. La fable a fait du Styx une fille de l'Océan, dont la Victoire était fille. Elle secourut Jupiter dans la guerre des Titans. On dit qu'elle fut mère de l'Hydre. Son nom inspirait tant de terreur, que le serment le plus inviolable était de jurer par le Styx. Les dieux eux-mêmes ne pouvaient l'enfreindre. Si quelques dieux y manquaient, Jupiter ordonnait à Iris de leur présenter une coupe pleine de l'eau empoisonnée de cette fontaine ; il les éloignait de sa table pendant un an , et les privait même de la divinité pour neuf années. Lorsque les dieux juraient parle Styx, ils devaient avoir une main sur la terre et l'autre sur la mer. Le nom de Styx signifie eau du silence. On se servait de l'eau de cette fontaine pour faire subir des épreuves aux coupables. Telle est la principale origine des fables sur ce fleuve d'enfer : ses eaux coulaient dansl'Epire, que l'on regardait comme une partie du royaume de Pluton. En général, toutes les eaux dont

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les qualités étaient mauvaises , étaient regardées comme des fleuv^es d'enfer. 11 en était ainsi du Ijxc ^4uenie^ placé en Italie près de PouzoUes, et du Létlié , ou Fleuve. d'Oubli , situé dans l'Afrique. Les fables attribuaient à ce dernier le pouvoir de faire oublier les événemens passés. Ce fleuve était le quatrième. Le Pblégéton , ou le cinquième fleuve , roulait des torrens de feu. Les eaux de ce marais exhalaient des vapeurs sulfureuses, et son limon était brûlant. Cette projDriété le fit placer au nombre des fleuves de l'enfer.

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