‹ La mythologie comparée avec l'histoire;Chapitre 9 sur 151 · DIVISION DES DIFFERENTES FABLES · texte numérisé non relu

DIVISION DES DIFFERENTES FABLES

On peut distinguer les fables inventées par les poètes en six sortes : les historiques , les philosophiques , les allégoriques , les morales, les mixtes , et celles inventées à plaisir.

Les historiques sont d'anciennes histoires auxquelles ont été mêlées des fictions ; telles sont celles qui parlent d'Hercule , de Jason. Au lieu de dire que le premier dessécha le marais de Lerne que mille ruisseaux inondaient , on représenta ce marais sous la figure de l'hydre dont Hercule fut le vainqueur. Au lieu de dire que Jason alla redemander les trésors que Phryxus avait emportés dans la Colchide , on imagina la fable de la toison d'or. Cependant les Grecs , malgré leur penchant pour les fictions , ne s'en contentaient pas ; souvent ils ne voulaient qu'embellir leurs histoires , en leur prêtant les ornemens de la poésie.

Les plus grands hommes de l'antiquité ont toujours regardé les anciens poètes comme les premiers historiens. Alexandre n'eût point autant admiré Homère , et n'aurait point envié le sort d'x^chille d'avoir eu un pareil panégyriste, s'il ne l'eût regardé que comme un con-

teur de fables. Il savait très-bien que le poëte conservait les récits des événemens principaux , et peignait le véritable caractère de ses héros.

Les fables philosophiques sont celles que les anciens ont inventées comme des paraboles propres à envelopper les mystères de leur philosophie ou de leur physique. Ainsi l'on disait que l'Océan était le père des fleuves , et que la lune , en épousant l'air , devint mère de la rosée.

Les allégoriques étaient aussi des paraboles qui avaient des sens cachés , comme la fable où il est dit que le plaisir naquit des richesses et de la pauvreté , pour exprimer que la pauvreté n'exclut point le bonheur, et que la richesse ne suffit pas pour l'assurer.

Les fables morales sont celles qui servent à donner quelques préceptes propres à régler les mœurs. Telle est celle qui dit que Jupiter envoie les étoiles sur la terre, pendant le jour, pour s'informer des actions des hommes et lui en rendre compte. Les fables d'Esope , de La Fontaine , et généralement les apologues , sont de ce genre.

Les fables mixtes sont mêlées d'allégories et de morale , sans avoir rien d historique , comme celle d'Até , rapportée par Homère, Elle était fille de Jupiter, mais elle ne s'occu-

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pait qu'à faire du mal. Objet de la haine des dieux et des hommes , Jupiter la saisit par les cheveux, la j^récipita du haut des cieux, et jura qu'elle n'y rentrerait jamais. Le poëte a voulu , par cette fable , représenter la pente des hommes vers le mal. Cette fille, dit-il, parcourt toute la terre avec une célérité incroyable ; ses sœurs , filles de Jupiter comme elle , et que l'on nomme les Prières , vont toujours après elles , pour corriger , autant qu'elles le peuvent , ses détestables œuvres : mais, étant malheureusement boiteuses, elles vont moins vite que leur sœur : ce qui signifie que le mal est toujours plus prompt et plus réel que la réparation et le repentir.

Les fables inventées à plaisir sont celles qui n'ont d'autre but que celui de plaire ou de faire briller l'imagination et l'esprit. Celles que l'on nommait milésiennes étaient de ce nombre, ainsi que les sybaritides, qui prenaient leur nom des habitans de Sybaris , peuple le plus occupé de ses plaisirs.

Telles sont à peu près les différentes sortes Je fables ; mais il faut se souvenir qu'il y en a très-peu, dans les anciens poëtes , qui ne renferment qu€lques traits historiques. Lorsque Homère dit qu'Eole donna à Ulysse les vents renfermés dans une peau , et que ses compagnons les laissèrent échapper , c'est un trait

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d bis Loire qui nous apprend que ce prince avait averti Ulysse de se garantir du vent qui devait souffler violemment dans quelques jours ; maisles compagnons d'Ulysse voulurent pour^ suivre leur route, et firent naufrage, pour n'avoir pas cédé aux conseils d'Eole. De même Atlas était un prince astronome, qui se servait d'une sphère pour étudier le mouvement des astres ; la fable le représente portant le ciel sur ses épaules. Protée était un prince sage, prévoyant, éloquent, artificieux; on peignit son caractère en disant qu il avait le pouvoir de changer à son gré de figure.

Dédale inventa les voiles pour les vaisseaux au lieu de rames , et il évita par ce moyen la vengeance de Minos ; on a dit qu'il s'était fabriqué des ailes : expression vive qui désigne la légèreté des vaisseaux à voile. C'est ainsi que les poètes ont défiguré les histoires , en cherchant à les embellir par les charmes de la poésie. Tel a été surtout le génie des Orientaux , d'où nous sont venues la plupart des fables. Cet esprit règne encore parmi eux ; et même aujourd'hui leurs livres , remplis de paraboles, prouvent qu'ils sont ce quêtaient les Grecs dans les temps les plus fobuleux. N'oublions point cependant que les poètes ne se bornaient point à peindre des chimères. Ils trouvaient dans la mémoire des hommes et

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dans l'histoire du monde des événemens étonnans à raconter: ils en faisaient le fondement de leurs ouvraires ; mais ils y joignaient tous les ornemens qu'ils croyaient cajDaHes de les embellir et d'intéresser.

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