PROGRES DE L'IDOLATRIE
Les premiers hommes , en se séparant , tombèrent bientôt dans la barb.^rie la plus grossière. Les Grecs , qui par la suite devinrent si
spirituels et si polis, ne durent leurs lumières qu'aux colonies qui vinrent les policer. Cependant le commencement de l'idolâtrie ne fut point un système raisonné, rien n'était plus simple que la religion et les cérémonies des premiers idolâtres. Du temps de Cécrops, les Athéniens n'oflraient à Jupiter que de simples gâteaux. Les premiers Scythes adoraient un cimeterre ; les Arabes , une pierre brute. Daus l'île d'Orcade , l'image de Diane était un morceau de bois non travaillé. A Gytheron Jufion-l/iesjjia nétiùt qu'uji tronc d'arbre coupé; celle de Samos une simple planche. Mais l'invention des arts rendit rapides les progrès de l'idolâtrie. Des statues bien faites attirèrent le resj^ect; on commença à croire que les dieux qu'elles représentaient se plaisaient à les habiter. Par exemple, ou ne comptait que trois muses. Trois sculpteurs différens les ayant représentées , leurs statues parurent si belles que les neuf furent consacrées, et ce fut ainsi qu'on augmenta le nombre de ces déesses.
Du culte des astres on passa à celui du ciel, des élémens, des mers, des fleuves, etc. ; l'on parvint enfin jusqu'à placer les grands hommes parmi les dieux. L'invention d'un art utile , la beauté d un ouvrage, la reconnaissance pour des bienfaits , la tendresse
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d'une épouse pour son époux , firent élever des temples, des autels, honorer des portraits, consacrer des bois , des asiles : cette sorte de culte commença dans l'Egypte peu de temps aprè5 la mort d'Osiris et d'Isis. L'un et l'autre s'étant extrêmement distingués par leurs belles actions , par 1 invejntion de plusieurs arts utiles, on ne crut pouvoir reconnaître les biens qu'on leur devait qu'en les élevant au rang des dieux ; mais comme on ne pouvait , sans ridicule , nommer immortels des êtres qui venaient de mourir, ou publia que leurs âmes avaient été se réunir aux astres d'où elles étaient sorties pour venir animer leur corps ; ce fut ainsi qu'ils furent regardés comme le soleil et la lune, et Ion confondit leur culte avec celui de ces deux astres. 11 paraît que c'est jusque-là qu'il faut remonter pour trouver l'origine de la métempsycose , idée dont on abusa si étrangement dans la suite.
Presc[ue dans le même temps, les Chaldéens mirent leur Bélus au rang des dieux. Les Phéniciens , les Syriens , et , après eux , les Grecs et les Romains , imitèrent les Egyptiens, de sorte que le ciel se trouva peuj^lé de mortels déifiés ; on publiait que leurs âmes étaient attachées à quelques étoiles qu'elles choisisgaient pour leurs demeures.
Après avoir adoré les astres , on voulut adorer la nature en détail. On fit présider une divinité à chacune de ses parties. La terre fut «dorée sous les noms de Rhéa , de Tellus , d'Ops , de Cybèle, de Proserpine , de Maïa , de Flore, de Faune, de Paies, etc; le feu , sous ceux de Vulcain , de Vesta ; 1 eau de la mer et des fleuves, sous ceux d Océan , de Neptune , de Nérée , des Néréides , des Nymphes , des Naïades ; l'air et les vents , sous ceux de Jupiter et d Eole ; le soleil , sous ceux d'Osiris , d'Apollon , etc. ; la lune , sous ceux de Diane , d'Isis , etc. Bacchus fut le dieu du vin ; Cérès , la déesse des récoltes ; chaque fleuve , chaque fontaine eut sa divinité tutélaire ; les montagnes eurent leurs nymphes , leurs satyres ; Pluton fut le dieu des enfers, etc., etc. On divinisa les passions , les affections , la jeunesse , la clémence , la concorde , la justice , la miséricorde , la sagesse , la pudeur , l'honneur , le courage , la vérité , la paix , la liberté , dont les noms désignent assez les emplois. Ces détails suflnsent pour indiquer la marche et les progrès de l'idolâtrie.
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