ET DES HÉROS
REFLEXIOISS PRELBIINAIRES.
JNous avons déjà dit, dans nos réflexions préliminaires sur l'origine de 1 idolâtrie, que les premières familles se séparèrent, et que des colonies très-nombreuses , après s'être avancées dans l'intérieur des terres avec l'espoir d'y trouver plus de repos et de bonheur, tombèrent bientôt dans la barbarie la plus grossière. Elles n'avaient emporté avec elles que des souvenirs 'confus des anciennes traditions. Chaqiie jour altéra de plus en plus la connaissance du vrai Dieu : les mouvemens impétueux des passions devinrent leurs seuls gui- ToME n. 1
2 LA M\THOLOGIE COMPARÉE
des, et l'homme, ainsi dégradé, se précipita d'erreur en erreur ; il parvint enfin à ce point funeste où la croyance au Dieu juste et puissant , qui récompense et punit , n'est plus qu'un tourment affreux pour le coupable. Ce lut alors que l'impie , eflKtyé à chaque coup de foudre , à chaque danger, crut s'arracher à son état cruel en invoquant le doute, et proféra cet horrible blasphème : // n'est point de Dieu.
Après avoir rompu ce dernier frein, l'ignorance et la barbarie achevèrent ce que le crime avait commencé. Des pères corrompus produisirent des générations plus corrompues encore. La vertu, la vérité , ae trouvèrent plus d'asile sur la terre; elles remontèrent dans le ciel, et furent remplacées par tous les vices. On n'écouta plus que ses désirs, on n'employa plus que la force pour les satisfaire. Ces races coupables , après avoir oublié jusqu'au Dieu qui les avait créé.es , ne formèrent plus que des peuplades de brigands, qui s'égorgeaient entre eux; et la faiblesse, ne trouvant aucun appui pour la défendre, ne put se soustraire aux lois arbitraires de la force.
Ccpejidant , comme le crime n'a d'autre propriété que celle d'ajouter sans cesse à ses propres maux , et celle de llétrir tout ce qu'il louche, l'expérience et la lassitude du mal-
heur vinrent enfin rendre quelque moralité au monde.
On sentit la nécessité de chercher une protection plus puissante que celle des hommes , on espéra la trouver dans le ciel ; mais le vrai DieEi n'étant plus connu, les élémens , les astres, et tous les événemens qui s'élevaient au-dessus de la foice humaine , furent adorés.
Ces divinités imaginaires ne purent suffire ; on crut ajouter à leur pouvoir en les multi" pliant. L'homme , conservant tout son orgueil au milieu des maux qui 1 accahlaient , porta sa folie jusc[u'à rendre des honneurs divins à ceux de ses semblables qui se faisaient redouter, ou qui le secouraient dans ses besoins. Bientôt les abus de la force réduisirent à se réunir contre elle ; la guerre naquit, et 1 homme ajovita ce fléau terrible aux maladies , aux besoins , à tous les maux par les^£uels la nature semble vouloir à chac|ue instant lui ravir sa fragile existence.
Dans les premiers combats, le courage attira tous les regards, et la faiblesse craintive ne prétendit point alors disputer le premier rang ni les dangers à celui qui seul avait le pouvoir de la défendre ; mais , après la victoire , la cupidité , l'orgueil , l'ambition , reprenaient leur empire. L'homme triomphant et courageux ne voulait plus rentrer dans la
foule ; son élévation blessait ; l'envie d'une part , l'ingratitude de l'autre , excitaient la fureur ; de nouveaux combats ensanglantaient la terre ( et combien ne fallut-il pas de meurtres pour contraindre à reconnaître qu'il fallait d'autres lois que les mouvemens féroces des passions ! Bientôt il ne fut que trop prouvé que les guerres seraient éternelles; on en fît le plus terrible des arts. Chacun sentit la nécessité de sacrifier une partie de son orgueil au besoin beaucoup plus pressant d'être protégé; on assigna des récompenses au vainqueur; la force et le courage marquèrent le rang que chacun devait occuper. Ce fut alors que l'émulation naquit. Elle est inséparable de la gloire ; et la gloire , c[ui veut toujours être juste lors([u' elle distribue ses dons , força l'admiration et la reconnaissance à couronner celui qui rapportait le plus grand nombre de trophées , et s'était montré le plus capable de se défendre. Telle est la véritable origine des rois et des héros que la folie des hommes prétendit par la suite élever au rang des dieux .
Il faudrait une plume beaucoup plus éloquente et plus exercée que la nôtre , pour bien tracer l'histoire des premiers momcns où les hommes se civilisèrent et sentiront la nécessité d obéir à des lois sages qui çombattaieni
leurs désirs et leurs passions. Ce tableau nous entraînerait trop loin de notre sujet ; nous nous bornons à faire observer que, dans ces temps horribles où la vie n'était qu'un tissu de crimes et de malheurs, le premier des mortels qui consacra sa force et son adresse à protéger l'innocence et la faiblesse , dut nécessairement obtenir l'admiration et la reconnaissance ; tandis que celui qui n'usa de la victoire que pour assouvir ses désirs , ne dut inspirer que l'effroi. Un bonheur réel récompensa le premier , tandis que le «^rond ne pouvait trouver un instant de repos. Ce fut ainsi que l'expérience conduisit les hommes à reconnaître que le crime punit celui qui le commet , et que la vertu récompense celui qui la suit.
Aussitôt que cette grande vérité fut admise, la terre offrit le spectacle de quelques familles heureuses; leur exemple entraîna; les associations se formèrent ; l'amitié vint doubler le nombre , la force et le bonheur de ces familles privilégiées , et les qualités sociales durent s'accroître à mesure qu'elles se multiplièrent.
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b ^ LA MYTHOLOGIi; COMPAREE
NOTIONS GÉNÉRALES SUR L HIS- TOIRE DE LA GRÈCE, ET SUR LES TEMPS NOMMÉS HÉROÏQUES.
G EST clans la Grèce que l'héroïsme a pris naissance r c'est dans son histoire qu il en faut chercher l'origine : car il est généralement reconnu que les Egyptiens n'avaient aucun culte pour les demi-dieux. Ils n'accordaient ce titre à personne , et se hornaient à louer la îBémoire des grands hommes.
Ici se pré; -Jîitc rmo nouvelle carrière , et disparaissent les ténèhres cjui enveloppaient lesfahles des dieux. Nous rencontrons encore des fahles à chaque pas, mais elles seront moins ahsurdcs; et ce temps, tout fahuleux qu'il est, laisse entrevoir une sorte de lueur historienne , cpi sert à développer les fictions. Des tomheaux rappellent , par des traditions suivies , le souvenir des grands hommes dont ils renferment les cendres. Des monumens héroïc[ues et des cérémonies annuelles remettent devant les yeux l'histoire de ceux dont ils perpétuent la mémoire. On reconnaît sur-^ tout que ces héros ont véritahlement existé, en voyant célébrer dans des temps marqués les jeux f^u'ils avaient eux-mêmes institués.
Nous crovons inJispensahle de fixer peu-
clant quelques momens l'attention de nos lecteurs sur l'origine tlu peuple le plus célèbre de 1 univers. Si la Grèce présente d'abord l'aspect de l'ignorance et de la barbarie , on la voit bientôt se civiliser et s'accroître, former des raonarcbies , et surtout s'illustrer en cultivant les sciences et les arts. C est par les Grecs que la poésie , l'éloquence , l'architecture , la sculpture et la peinture, ont été portées au plus haut point de jjerfection où elles puissent atteindre. C'est à ce peuple enfin que nous devons nos plus parfaits modèles dans tous les genres.
En jetant un coup d'œil rapide sur les comniencemens des Grecs , on les voit passer de l'état de barbarie à une vie plus douce et plus convenable. Ife abandonnent bientôt les cavernes , les creux des arbres et les forets , pour venir habiter des cabanes , des bourgs , des villes. Quelques chefs de colonies civilisées leur apportent les sciences , les arts ,des lois , un culte religieux. Habiles à profiter des leçons de leurs maîtres, ils les surpassent en peu de temps , et voient naître parmi eux des héros dont les noms sont immortels. G est alors que l'on parvient à l'histoire de Persée , Bellérophon , Hercule, Thésée, Castor et Pollux, et mille autres, dont les actions prodigieuses ont été chantées par leurs poètes , et
sont encore représentées sur nos théâtres. On apprend en même temps comment furent institués ces jeux et ces fêtes c[ui rendirent la Grèce si célèbre.
Le pays que nous connaissons aujourd'hui sons le nom de Grèce n'a pas toujours eu la même étendue c£u'il avait lorsqu^il fut soumis aux Romains ; il a même souvent chanaé cle nom. Partout le texte hébreu de 1 Ecriture- Sainte le nomme pays de Jauaji , et la version des Septante le nomme Hellas ou Hellenus ^ ^Hellen , fils de Deucalion , qui régna en Phthiotide , pays de la Thessalie, et donna son nom à toute la Grèce.
Il est remarquable que le nom hébreu Javan n'ayant rien qui détermine sa prononciation , ressemble à celui d'/o« ; et les premiers Ioniens connus étaient dans la Grèce. Ils en furent probablement les premiers habitans. Bientôt les Phéniciens , les plus grands navigateurs du monde, y portèrent le commerce, et surtout l'écriture, qu'ils furent les premiers à connaître. Les Egyptiens y envoyèrent aussi des colonies. Ce peuple sage , qui jouissait de tous les biens que procure un bon gouvernement, et de tous les avantages que l'on peut retirer des sciences et des arts, leur apprit à chercher le repos sous la conduite d'un monarque. 11 leur fît sentir la nécessité des
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bonnes lois , et celle d'inspirer aux hommes la crainte de la divinité. Malheureusement il était lui-même dans l'erreur ; il n'apporta que sa religion et ses faux dieux.
Nous avons déjà parlé dans cet ouvrage de l'ignorance des Grecs sur leur origine. Leur vanité n'était pas moins grande; ils prétendaient être le plus ancien et le premier des peuples. En conséquence , ils se disaient Autlioctliones , c'est-à-dire, ;îe5 dans le pays même , et se regardaient conmie les pères et les instituteurs de tous les autres peuples. La ressemblance des noms de leurs héros avec ceux de ces peuples qui leur étaient étrangers , paraissait à leur amour - propre une preuve suffisante. Ce qu'on sait avec certitude , c'est que Javan , fils de Japhet , connu par les Grecs sous le nom Clapet , eut l'Occident pour son partage. C'est de lui que sont sortis tous les Ioniens et tous les Grecs. Cet ancien patriarche conduisit sa colonie dans l'Occident, après la séparation arrivée à la tour de Babel; mais on ignore le lieu particulier qu'il choisit pour sa demeure. On croit qu'il s'arrêta dans l'Asie Mineure , d'où ses descendans traversèrent probablement le Bosphore de Thrace pour se rendre dans la Grèce.
Voilà sans contredit les premiers habitans
de ce pays , et quel était l'Tapet dont les poètes et les historiens ont tant parlé.
Selon Pausanias ^ Pélasgus lut le premier homme extraordinaire qui parut dans ce pays.
11 surpassait les autres hommes en grandeur, en force , en courage , en bonne mine et par les qualités de son esprit. 11 demeurait dans l'Arcadie; il apprit à ce peuple à se faire des caLanes , pour se défendre de la pluie, du froid, de la chaleur; il leur fit contracter l'usage de se vêtir de peaux d'animaux , de se nourrir du fruit que porte le hêtre. Pour prix de ses services, il fut toujours regardé comme le chef et le roi du pays. Sa mémoire fut tellement respectée , que la contrée où il vivait ffarda le nom de Pélasgie. Ses enfans , témoins de sa gloire , le prirent pour modèle , et le peuple , reconnaissant , laissa tout le pouvoir entre leurs mains. Trois générations après Pélasgus , une immense population et un grand nombre de villes couvraient l'Arcadie. Voilà , suivant Pausanias, les premiers haliitans de la Grèce.
Quelque temps après, les colonies égyptiennes et phéniciennes vinrent chan2:er les mœurs , les coutumes et la religion de ce pays.
Les descendans d'Iavan et ceux des Pélasges ne suffisaient point pour peupler cette belle et va«te contrée. La Phénicie et l'Egypte ,
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%oisines des lieux où s'étaient faits les premiers établissemens des enfans de Noé , envoyèrent des colonies de leurs trop nombreux babitans ebereber de nouveaux climats : ils vinrent dans l'Occident , apportant avec eux leurs arts , leurs coutumes , leurs lois , leur religion. L'idolâtrie la plus grossière régnait alors dans la Grèce; les dieux cfu'on y adorait n'avaient pas même de noms ; de sorte qtie les babitans du pays s'accommodèrent sans peine des divinités de ces mêmes peuples orientaux , auxq^uels ils devaient leur civilisation et plus de bonbeur.
Parmi les conducteurs de ces colonies, les plus connus sont Inacbus, Cécrops , Deucalion, Cadmus, Pélops et quelques autres. Les différentes colonies formèrent les royaumes d'Argos , de Sicyone , d'Atbènes , de Tbèbes et de Lacédémone.
Une bistoire exacte et générale des commencemens de la Grèce dépasserait les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet ouvrage; elle nous écarterait même de notre but. Nous nous bornerons donc à donner des notions suffisantes j)Our prouver que les demi-dieux et les béros les plus célèbres de la fable ont existé.
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